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Etanchéité à l’air : une nouvelle priorité énergétique
Etanchéité à l’air : une nouvelle priorité énergétique - © PATRICK BONNEAU/LE MONITEUR Patrick BONNEAU/LE MONITEUR

Etanchéité à l’air : une nouvelle priorité énergétique

Jean-Charles Guézel |  le 05/05/2009  |  Second œuvreEnergieProduits et matérielsFrance Rhône

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Longtemps négligée par rapport à l'isolation thermique, l'étanchéité à l'air représente désormais une bonne part de la marge de progression possible en matière d'économies d'énergies. La maîtrise de ce paramètre est essentielle pour l'obtention des principaux labels qualité de la construction.

De véritables passoires ! « En France, deux maisons individuelles sur trois présentent une perméabilité à l'air supérieure à 1,3 m3/m2.h. En période de chauffage, c'est un peu comme si les gens posaient un convecteur de plusieurs centaines de watts au milieu de leur jardin », tonne Bernard Loriot, patron du bureau d'études thermiques AET-Loriot. Avec raison. Selon le Cete (centre d'études techniques de l'équipement) de Lyon, les transferts aérauliques non maîtrisés dans les logements induiraient un gaspillage compris entre 10 et 20 kWh/m2.an.
Rapporté à la consommation totale, le surcoût généré par les infiltrations est évalué à 10 % dans le cas d'un bâtiment équipé d'une VMC simple flux, et même à 25 % dans le cas du double flux. Sans parler d'autres désagréments comme la perte de confort (thermique et acoustique), l'apparition de moisissures (condensation sur les parois froides) ou l'entrée des poussières. Avec les conséquences que l'on sait sur la santé... Bref, les fuites sont une plaie qu'il convient de soigner.

Respecter les DTU

« En faisant les choses correctement, c'est-à-dire en respectant les différents DTU, il est possible d'assurer une meilleure étanchéité à l'air sans dépenser beaucoup plus d'argent. Les produits spécifiques peuvent aider mais ne sont pas indispensables », soutient Bernard Loriot. Malheureusement, beaucoup d'entreprises ne l'entendent pas de cette oreille. C'est ce qu'a constaté l'architecte Patrice Liard, lors de la construction d'un bâtiment administratif à Fougères (Ille-et-Vilaine) : « En apprenant que le projet devait être labélisé Minergie et qu'il y aurait donc des exigences en matière d'infiltrations d'air, certains artisans ont préféré se tenir à l'écart. »
Il est vrai que l'étanchéité peut faire peur tant elle touche à l'ensemble des lots. Les études montrent que les fuites récurrentes se situent dans plus de 40 % des cas au niveau des menuiseries (liaisons murs/fenêtres, seuils de portes, coffres de volets roulants...). Mais l'appareillage électrique (prises, interrupteurs, tableaux, gaines...) est presque aussi souvent impliqué, tandis que les trappes (accès aux combles ou aux gaines techniques) sont fautives dans un cas sur huit. Le reste concerne le plus souvent les liaisons plafond/murs extérieurs, les doublages au sol ou encore la pénétration des canalisations.

Tester le bâtiment

Pour juger de l'ampleur des défauts, il n'y a guère d'autre solution que le test. « Une opération à effectuer une fois l'enveloppe du bâtiment terminée, indique Hubert Maciak, spécialiste en infiltrométrie. Mais aussi, si possible, à une étape intermédiaire du chantier, de façon à pouvoir réparer plus facilement les défauts. »
En pratique, après avoir obturé les sorties d'air « volontaires », l'organisme de contrôle met le bâtiment sous une certaine pression, qu'il mesure, au moyen d'un ou de plusieurs ventilateurs calibrés pour en extraire une quantité d'air connue. Plusieurs systèmes sont envisageables, comme le Permeascope d'Aldes, conçu pour des volumes allant jusqu'à 1 000 m3, ou les portes soufflantes étanches (blower doors) que l'on trouve chez Infiltec, Retrotec ou encore Wincon.

Lorsque ces matériels limités à 8 000 m3 environ ne suffisent pas - cas du tertiaire notamment - il est possible de faire appel au banc d'essai « grand volume » (jusqu'à 30 000 m3) dont dispose le Cete de Lyon. Réalisé conformément à la norme NF 13 829, ce test permet de tracer une courbe indiquant le débit de fuite en fonction de la pression. « La valeur importante est le n50 (exprimé en vol/h) ou volume de fuite sous 50 pascals rapporté au volume chauffé, précise Jean-Michel Pouvreau, de Climat Conseil. On peut en déduire le volume de fuite par m2 de paroi froide (hors plancher bas) sous 4 pascals, dit I4 (en m3/m2.h), qui est la grandeur utilisée dans la RT 2005. » Les correspondances entre ces deux valeurs ne sont pas évidentes à établir, puisqu'elles intègrent la « compacité » du bâtiment, mais le Cete estime que les déperditions thermiques par défaut d'étanchéité se situent entre 2 et 7 kWh/m2.an par unité de n50, et entre 5 et 25 kWh/m2.an par unité de I4. Les labels PassivHaus et Minergie-P exigent ainsi un n50 maximum de 0,6 vol/h. Pour le label BBC-Effinergie, le seuil de la valeur I4 est fixé à 0,6 m3/m2.h dans le logement individuel. Une fois les valeurs obtenues, les défauts doivent être localisés, ce qui peut se faire tout simplement avec la main ou au moyen d'un anémomètre, d'une poire à fumée ou d'une caméra infrarouge selon les cas. Il est généralement assez facile de les colmater dans le neuf au moyen de joints acryliques ou de mousses expansives. « Attention toutefois au-delà de 0,8 m3/m2.h, prévient Bernard Loriot, car cela peut être le signe de problèmes diffus plus difficiles à traiter. Avec des conséquences financières potentiellement lourdes pour les candidats au label BBC (bâtiment basse consommation)... »

Démarche de qualité

D'où l'importance d'une bonne conception du bâti et du soin apporté à toutes les étapes de la réalisation. Les entreprises en sont bien conscientes et commencent, quoique timidement, à s'engager dans la démarche de qualité d'étanchéité à l'air du bâtiment décrite dans l'annexe VII de la RT 2005.
« En novembre 2008, nous avons obtenu un agrément ministériel attestant d'un niveau l'étanchéité à l'air de 0,8 m3/m2.h pour les maisons en maçonnerie de parpaings de la marque CTVL », se félicite Virginie Mahérault, responsable du service travaux du groupe Fousse Constructions.
Obtenu après dépôt et instruction d'un dossier faisant état d'une trentaine de tests réalisés par un organisme certifié ISO 9001 (en l'occurrence AET Loriot), cet agrément vaut pour un système constructif bien précis et très détaillé au niveau des schémas d'exécution. Il reste par ailleurs soumis à des vérifications portant sur 5 % de la production annuelle de l'entreprise.
« Par le passé, nos pavillons étaient déjà dans les clous. Mais ce que nous exigeons aujourd'hui de la part des artisans, c'est le strict respect de procédures, comme la reconstitution de l'isolation sous les prises et les interrupteurs », indique Virginie Mahérault. Rodée sur le parpaing, la démarche devrait prochainement être étendue aux autres types de construction du groupe.

Etanchéité à l’air : une nouvelle priorité énergétique
Etanchéité à l’air : une nouvelle priorité énergétique - © PATRICK BONNEAU/LE MONITEUR Patrick BONNEAU/LE MONITEUR
Le test d’étanchéité en bref

- Ce qu'on mesure : la perméabilité à l'air, c'est-à-dire les écoulements aérauliques non liés au système de ventilation. Dans la RT 2005, elle est exprimée en m3 par heure et par m2 d'enveloppe sous une pression de 4 pascals.
- Les valeurs de référence de la RT 2005 : 0,8 m3/m2.h pour les maisons individuelles ;
1,2 m3/m2.h pour les autres bâtiments d'habitation ou à usage de bureaux, d'hôtellerie, de restauration, d'enseignement et les établissements sanitaires.
- Les valeurs adoptées par défaut se situent à 0,5 m3/m2.h au-dessus des précédentes, les seuils BBC-Effinergie étant quant à eux placés à 0,2 m3/m2.h au dessous (sauf tertiaire : 1,7 m3/m2.h).

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