Construction Numérique

Et voici la première maison d’habitat social imprimée en 3D

Mots clés : Architecte - Logement social

Cette maison de 95m² et 5 pièces, construite en quelques mois avec le procédé Bâtiprint3D pour Nantes Métropole Habitat, par un consortium de partenaires scientifiques, industriels et publics, sera habitée à partir de juin. En attendant, une résidence d’architectes s’y installera pendant 6 semaines pour travailler sur le thème du numérique.

Moins d’un an après le lancement du projet dans le cadre de Nantes City Lab, Yhnova, la première maison d’habitat social construite en France par un robot-imprimante 3D a été inaugurée en présence de Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole.

Conçue par l’agence nantaise d’architectes Tica avec notamment Egis Bâtiments Centre-Ouest (structure et fluides), cette maison de 95 m2, et 5 pièces qui sera habitée par une famille à partir de juin, est la mise en application du procédé Bâtiprint3D, une technologie d’impression 3D robotisée pour la construction, développée à l’Université de Nantes par des enseignants-chercheurs des laboratoires LS2N et GeM implantés à l’IUT de Nantes et l’IUT de Saint-Nazaire et coordonnés par Benoît Furet.

Pour que ce projet puisse voir le jour, un consortium a été créé. Il réunit de nombreux partenaires publics, privés et scientifiques: Université, Ouest Valorisation, Caisse des dépôts, Nantes Métropole, BA Systèmes, Bouygues, Lafarge, etc.

 

Deux épaisseurs de mousse polyuréthane

 

Les promoteurs de ce projet ont dû surmonter de nombreux obstacles tant techniques qu’administratifs. Neufs brevets ont été déposés. Et après quelques concessions (armatures supplémentaires, gabarits imposés pour les ouvertures, etc.), toutes les étapes administratives et normatives ont pu être franchies.

L’ouvrage est classé M1 au feu, il bénéficie d’une Atex de type B pour l’ensemble du système constructif et est assuré par SMA. A la différence d’autres expérimentations en impression 3D, le procédé Batiprint3D s’inspire de la technique du coffrage isolant. Le principe est le suivant: sur une dalle parfaitement lisse et ferraillée, un robot industriel polyarticulé vient déposer deux épaisseurs de mousse polyuréthane, qui serviront de coffrage isolant sur une hauteur de 40 cm.

 

Scientifiques et BTP, le choc des cultures

 

Après l’élévation de ces parois structurelles isolées, des techniques plus traditionnelles ont pris le relais pour la couverture et le second œuvre. Si le chantier robotisé a été assez exemplaire, il est malheureusement retombé dans les travers inhérents au secteur (problème de coordination, livraisons tardives de matériaux, problème de finition, etc.) durant la phase de second œuvre. «Nous avons été témoin d’un véritable choc des cultures entre la rigueur des scientifiques et l’à-peu près de certains professionnels du second œuvre» assure un acteur important du chantier.

Cette phase de second œuvre aura tout de même été l’occasion d’expérimenter de nouvelles techniques comme un système domotique piloté à partir d’une application sur smartphone, deux salles de bain préfabriquées par le Vendéen Bodet ou une peinture chauffante développée par France Innov (Saint-Brieuc).

Pour profiter au mieux de cette expérience, Nantes Métropole Habitat a doté la maison de multiples capteurs (qualité de l’air, humidité, température, etc.) et d’équipement afin d’évaluer et analyser l’évolution des matériaux, la qualité thermique et acoustique. Une demande de labellisation E+C- a même été entreprise, même si le recours au polyuréthane pénalisera inévitablement le projet.

 

Et maintenant ?

 

L’aventure devrait maintenant se poursuivre. Chacun des partenaires est bien décidé à poursuivre ses recherches: autour de la santé et sécurité pour Bouygues avec un robot spécialisé dans le désamiantage; la préfabrication complexe robotisée pour Lafarge; et, pour l’Université de Nantes, l’évolution de BatiPrint3D en travaillant sur des maisons à étage ou des matériaux biosourcés comme la terre crue.

«Une start-up portée par un ancien étudiant de doctorat du labo LS2N est en création» a déclaré Benoît Furet. Elle est incubée par l’Université de Nantes avec la Satt Ouest Valorisation en Atlanpôle. Une activité R&D spécifique au domaine de la robotique de chantier est par ailleurs en cours de développement au sein de l’Université.

Sur le territoire, des études et des chiffrages ont été lancés pour de nouveaux projets comme un bâtiment d’accueil de 350 m2, ou encore un lotissement périurbain avec des maisons individuelles de tailles et de formes différentes.

Dans l’immédiat, l’aventure Yhnova va se partager. La maison sera ouverte au public le 7 avril. Enfin, dans le cadre de l’appel à projets «10 résidences d’architectes en France», la Maison régionale de l’architecture a invité cinq architectes parisiens du Studio Dièse à s’installer dans la maison durant 6 semaines pour intervenir auprès des trois écoles du quartier sur le thème «architecture et numérique», à travers notamment l’utilisation de jeux vidéos.

 

Vidéo: les étapes de la construction (source: Ville de Nantes)

 

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  • - Le

    Dur pour la durabilité

    Outre le bilan écologique qui reste à faire. La durabilité de cette technologie a peut de chance de démontrer que le cycle de vie de « l’ouvrage » est positif. Les mousses de PUR n’ont pas la réputation de durer…
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  • - Le

    Tech no sens

    Bonjour, A mon avis le type de technique et surtout de produit utilisé noircissent tout de même sérieusement le tableau. Faire avancer la recherche et l’utilisation de fabrications additives, pas de sujet en soit, bien au contraire. La question du sens type « quel intérêt pour l’humanité et la planète »? reste tout de même lourde. Des grilles de critères type HQE, E+C- mériteraient d’être appliquées ici. De très nombreuses solutions biosourcées montrent bien plus de pertinence, et pourraient être développées. (la questions des enduits terre via bras/impression 3D par exemple).
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