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Essais transformés au plateau de Saclay
Préfiguration. Sur 1,5 hectare, le jardin des essais a préfiguré l'ambiance d'un campus vert du Grand Paris - © © Agence Michel Desvigne

Essais transformés au plateau de Saclay

Laurent miguet |  le 01/03/2016  |  Matériel de chantier

Le jardin des essais n’aura même pas fini sa seconde année, mais il inspirera pour longtemps l’aménagement du plateau de Saclay. Sur un carré de 120 m de côté livré au printemps 2014 dans le quartier de l’école Polytechnique, l’agence Michel Desvigne a préfiguré les concepts développés ensuite à grand échelle sur les 11 000 hectares dont elle coordonne l’aménagement.

L’histoire s’est accélérée par des voies imprévues : le jardin des essais occupe le site initialement pressenti pour une gare du Grand Paris, dont la construction devait marquer le point final de l’aménagement du secteur. L’évolution du projet a changé ce scénario : le carré d’1,5 hectare doit laisser la place aux bases vie des chantiers universitaires les plus urgents urgents - Agroparistech et l’Institut Mines Télécom.

Echelle sans précédent

Cet aléa n’invalide pas la démarche, dont se félicitent deux acteurs majeurs sur le plan technique et conceptuel : Sol paysage pour le calage d’une méthode de gestion des sols et des écoulements pluviaux ; l’agence Devigne pour fixer l’ambiance d’un campus vert à l’échelle du Grand Paris. Certes, il ne s’agit pas d’un concept totalement nouveau : « Le jardin provisoire de l’Ile Seguin a joué un rôle précurseur, d’où est sortie une charte des essais publics et une palette de matériaux. Surtout, il a offert au public une première démonstration du potentiel du site », explique Martin Basdevant, qui a contribué à expliciter ce concept au sein de l’agence.

Plus éloigné des foules et à l’échelle du plus grand projet urbain français jamais confié à un concepteur paysagiste, Saclay n’en a pas moins profité de la méthode : « Malgré les aléas mal anticipés qui conduisent aujourd’hui à en rac­courcir la vie, cet espace a permis de construire la vision partagée de l’écriture paysagère des campus et a convaincu les parties pre­nantes de la pertinence d’une forte densité végétale », se réjouit Ségolène Merlin-Raynaud, chef de projet à l’agence Michel Desvigne.

Nappes perchées

Outre l’échelle, la spécificité du site tient à sa géologie et à son statut dans la machine hydraulique du Grand Paris : recouvert de limons déposés par le vent à la suite du plissement alpin, le sous-sol argileux stocke des nappes perchées qui composent un paysage de marécages. Louis XIV s’est servi de ce sol hydro-morphe pour alimenter les Grandes eaux de Versailles, détournant au passage les écoulements du plateau vers l’ouest. Le projet de Michel Devigne s’appuie sur le réseau de rigoles et d’étangs mis en place à cette occasion, mais avec des objectifs nouveaux : « Préserver les paléoreliefs », énonce Xavier Marié, gérant de Sol Paysage. La systématisation des drainages par surverse constitue le corollaire de cette obligation.

Deux trames multispécifiques

Cette configuration hydrogéologique a pesé lourd sur l’ingénierie du jardin des essais : « Missionnés pour livrer un jardin provisoire en avril 2014, nous sommes arrivés en décembre sur un trou de deux hectares rempli d’eau », témoigne Xavier Marié. L’ingénieur rend hommage au « courage » du terrassier Vallois qui a mené avec succès la course de l’assainissement contre la pluie. Après excavation sur 50 cm, les plantations périphériques du jardin ont pris place sur des bandes de 30 cm de terre amendée, alternant avec des espaces composés d’un fin mélange terre pierre, reposant lui-même sur de gros granulats, afin de rendre possible la marche au sec entre les alignements d’arbres ou d’arbustes.

Le jardin provisoier a permis de tester des alignements d'arbre pour les grands boulevards et les rues transversales.
Le jardin provisoier a permis de tester des alignements d'arbre pour les grands boulevards et les rues transversales.

La disposition de ces derniers a prolongé l’allotissement en deux marchés : le groupement d’intérêt économique Pépinières franciliennes a occupé le nord et l’est avec des tiges de calibre 10-12 à 16-18, tandis que Lappen a remporté le lot des 16-18 à 30-35 au sud et à l’ouest. Ces deux angles du carré ont abouti à valider deux trames d’alignement multi-spécifiques et indigènes : les grands sujets pour les grands boulevards les arbustes pour les rues transversales. L’intérieur du jardin a joué son rôle non seulement pour tester les aménagements préconisés par l’agence Devigne, mais aussi pour ceux d’autres concepteurs.

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