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Espaces sur dalle : le défi d’une mise au vert

Aline Gillette |  le 24/05/2013  |  BâtimentHaute-SavoieParisInternationalAménagements extérieurs

Projet paysager -

Les quartiers sur dalle seront-ils les espaces verts de demain ? Malgré les contraintes pour planter en sol artificiel, quelques réhabilitations en prennent la voie, tentant de redonner une qualité d’usage à ces lieux.

L’urbanisme « sur dalle » des années 1960 proposait une généreuse utopie : dissocier les circulations routières et piétonnes en offrant une dalle surélevée aux piétons, les véhicules restant au-dessous. Mais les quartiers qui ont épousé ces principes, dans les villes nouvelles ou en frange d’agglomération ont en général mal vieilli. Problèmes d’étanchéité, parkings sous-utilisés, commerces en difficulté ont rendu nécessaires d’importantes réhabilitations. Parmi les reprises à effectuer - clarifier les accès, renforcer la structure, rénover les parkings -, une tendance se dégage : « verdir » la dalle, pour améliorer sa perception et y développer de nouveaux usages. Ainsi en va-t-il des 5 ha de Beaugrenelle à Paris, dont la rénovation va augmenter les espaces plantés de 20 %. « La possibilité de marcher 1 km sans croiser de voiture est un atout, déclare Ariane Bouleau-Saide, directrice de l’aménagement à la SemPariseine, propriétaire de la dalle et maître d’ouvrage. Hormis la refonte des accès et revêtements, le principe est, pour chaque îlot, d’étirer au maximum les jardins. »

Souvent peu épaisse et fragilisée par l’usure, la dalle supporte mal les charges pour planter en pleine terre. Paysagistes et bureaux d’études rivalisent alors d’ingéniosité pour s’adapter. Substrats et remblais allégés, espèces idoines, appuis sur les points forts de la dalle se combinent pour faire émerger un projet paysager, en dépit des difficultés techniques. Comme le résume Jean-Louis Knidel, paysagiste à l’agence APS : « Même si cela n’est pas visible dans le résultat final, tout a été guidé par les contraintes liées à la structure : position et choix des végétaux, matériaux du revêtement et du mobilier. » Rien ne semble trop coûteux pour cette mise au vert exigeante !

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ANNECY Esplanade Paul-Grimault - Ambiance alpine sur un parking délaissé

A cinq minutes du vieil Annecy (Haute-Savoie), l’esplanade Grimault n’avait que peu de rapport avec le centre-ville animé et commerçant. « C’était un entre-deux sans qualité, où l’on passait rapidement », se rappelle Jean-Louis Knidel, paysagiste chargé de sa rénovation à l’agence APS. La construction du nouveau Conseil en architecture urbanisme et environnement (CAUE) a été l’occasion de rénover ces 3 100 m² de parking désaffecté. En écho aux vues dégagées vers la montagne, l’agence y a distingué trois espaces, renvoyant à un univers alpin particulier. Au centre, une « terrasse urbaine » de 18 x 66 m, revêtue de bois composite et de béton rainuré, rappelle l’ambiance des chalets de montagne. En complément d’un mobilier en acier Corten propice à la détente, 19 cerisiers (prunus shirotae) plantés en bacs y sont positionnés sur les murs ou poteaux porteurs du parking souterrain. « Malgré leurs 4 000 kg à maturité, ils pourront tenir sans souci sur ces points solides de la dalle », explique Jean-Louis Knidel. Le même ressort est utilisé pour les pins sylvestres de « l’esplanade végétale », au nord, qui pourront atteindre 11,5 t chacun. Glissés entre les ondulations d’un béton matricé, dont les failles imitent la géographie du plateau calcaire (voir ci-contre), ils sont accompagnés de vivaces et de graminées. « Ces plantes à connotation alpine, rustiques et résistantes, conviennent bien au site, où il fait froid en hiver et chaud en été. La partie végétale va prendre de l’ampleur et adoucir le reste de l’esplanade plus minérale », précise le paysagiste. Dans le même esprit, les extrémités de la terrasse font alterner, à la manière de touches de piano, des bandes d’acier Corten et des bandes plantées d’arbustes (saules, lauriers) et de vivaces (chardons, achillées, arnica…). Côté sud, une butte artificielle a été créée entre les escaliers qui mènent de la dalle à la ville, afin de mieux relier les deux niveaux. Elle sert à la fois de cheminement accessible aux personnes à mobilité réduite et de jardin d’agrément. Afin de limiter le poids porté par la dalle, ce glacis repose sur un remblai allégé en polystyrène, surmonté de terre allégée (terre végétale et pouzzolane). Des cheminements en béton et galets poursuivent les escaliers au nord. Le jardin privé d’une résidence a enfin été étendu, dans cette même idée de « couture urbaine » visant à intégrer la dalle à son environnement.

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Annecy. Maîtrise d’œuvre : Agence APS, paysagiste-urbaniste mandataire ; Cap Vert Infra, BET VRD. Entreprises : Entreprise Mithieux, génie civil, étanchéité, VRD ; Entreprise Sols Alpes, sols bétons ; Serrurerie Munoz, serrurerie, platelage, mobilier ; Cholat Jardins, plantations. Calendrier : résultat du concours : juillet 2009 ; études : sept. 2009-juin 2010 ; travaux : mars.-nov. 2011. Superficie : 3 100 m², dont 1 000 m² de surface végétale. Coût travaux : 1 million d’euros HT.

Beaugrenelle (Paris XVème) Vega - Sol allégé pour des jardins au naturel

Pour la deuxième phase de rénovation de la dalle de Beaugrenelle, après Cassiopée-Orion livré en 2008 (photo ci-contre), les habitants souhaitaient une végétation discrète. « Après les 770 arbustes de Cassiopée, qui lui ont donné une allure fertile, les résidents voulaient un espace plus dégagé, explique Ariane Bouleau-Saide. Le principe d’une dalle verte est resté, mais avec une série de jardins plutôt qu’une végétation continue. » L’un des jardins, dit « des bonsaïs » se distingue autant par sa pelouse (740 m 2 ) que par les arbres de sa jardinière centrale (pins et parroties). « Nous avons pu planter ici en pleine terre, avec une épaisseur de 1,20 m, détaille Isabelle Schmit, paysagiste chargée de la réalisation à SLG Paysage. La jardinière a aussi été réétanchée et ses bordures chapeautées d’acier. » L’épaisseur de terre a été ponctuellement augmentée sous les arbres, formant des buttes d’allure naturelle. Au nord-est, le « jardin des jeux » accueille des jardinières modestes, avec des végétaux de couvre-sol adaptés (campanules, iris, pachysandra). Dans le « jardin des fleurs » , les cerisiers à fleurs sont plantés en bacs. La terre des jardinières existantes a partout été vidée et remplacée par 70 % de terre franche et 30 % de terreau. « D’un poids saturé de 1 200 kg/m², ce mélange allégé mais fertile confortera les plantations », précise Isabelle Schmit.

Seule exception à ce renouvellement : les « jardinières parapluies », en limite de dalle, en forme de tétraèdre inversé, où ont juste été abattus quelques sujets et replantés des géraniums et des jasmins.

Fiche technique

VEGA Maîtrise d’ouvrage : SemPariSeine. Maîtrise d’œuvre conception : Paysages, paysagistes ; B & R Ingénierie, BET TCE ; ZigZag Architecture, architectes. Maîtrise d’œuvre réalisation : C & E Ingénierie, BET structure mandataire ; SLG Paysage, paysagiste ; BTP Consultants, sécurité/santé ; Socotec, contrôle technique. Entreprises : Eurovia, mandataire, avec POA, TPI et SDEL. Etudes : janv. 2008-sept. 2010 ; Travaux : avr. 2011-déc. 2012. Coût travaux : 6 114 000 € HT. Superficie : 6 000 m² (hors bâtiments, non couverte), dont 3 400 m² d’espaces verts.

Beaugrenelle CENTAURE-VERSEAU (Paris XVème) - 30 % d’espaces verts malgré une dalle fragile

« Notre préoccupation principale pour cet aménagement a été ce qu’il y avait sous la dalle, et par conséquent, le poids maximal qu’elle pouvait admettre », rappelle Marie Ross, paysagiste à l’agence Trait Vert chargée du projet. « On avait tantôt des trames connues, grâce aux plans et aux sondages, comme des poteaux réguliers côté dalle sur rue ou sur parking. Mais à d’autres endroits, il manquait des informations structurelles, ce qui, compte tenu des charges calculées par le BET, n’a pas rendu possible de planter. » Une surface de 800 m² est ainsi restée libre de plantation. Entre le Monoprix et l’îlot Cassiopée-Orion, elle fera office d’espace de circulation . Seuls ont été placés des bacs à arbres, d’une épaisseur de terre de 1,4 m, positionnés au niveau des poteaux-poutres pour éviter toute altération (six à même le sol, 15 dans des jardinières, voir ci-dessus). Les contraintes de charge ont aussi guidé le choix de l’espèce : des prunus accolade, « très aériens et légers », précise la paysagiste. Devant la tour Panorama, les jardinières existantes ont été réutilisées et replantées dans un vocabulaire de jardin frais (buis, viornes, fougères) en raison de l’ombre. Autour de l’esplanade, des jardinières en bande, plus ensoleillées, accueillent des espèces sèches (prunus pandora en bac, chèvrefeuille, osmanthe, et des vivaces et graminées). Partout, les végétaux sont résistants, pour s’adapter à de faibles épaisseurs de terre : environ 30 cm dans les nouvelles jardinières, 80 cm devant Panorama. « Cette épaisseur a été calculée en fonction du poids maximal à saturation d’eau. » Comme à Vega, le mélange (ici, terreau, tourbe et laine de roche) résulte d’un équilibre entre poids minimal et fertilité. Pour résister au vent, parfois violent et irrégulier entre les immeubles, les arbres tige ont été évités, au profit de cépées. « Nous atteignons 30 % d’espaces verts, en dépit des contraintes », résume Marie Ross. L’aménagement sera livré cet été. Il devra encore attendre quelques saisons pour s’étoffer.

Fiche technique

CENTAURE-VERSEAU Maîtrise d’ouvrage : SemPariSeine. Maîtrise d’œuvre : OGI, BET infrastructure mandataire ; Trait Vert, paysagistes-urbanistes. Entreprises : Linea BTP, mandataire, avec Razel-Bec et Espace Deco. Etudes : juil. 2006-juin 2011. Travaux : fév. 2012-juin 2013. Coût travaux : 4 060 000 € HT. Superficie : 6 225 m² (hors bâtiments, non couverte) dont 1 950 m² d’espaces verts.

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