Des cultures d’aromatiques sur la skyline parisienne
Sur 800 m2, le jardin de Grand Central Saint-Lazare produira des infusions pour les 2700 salariés - © Julien CRESP

Des cultures d’aromatiques sur la skyline parisienne

le 28/10/2019  |  ToitureParis

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Entre la gare Saint-Lazare et les immeubles haussmanniens qui l’entourent, un jardin de 800 m2 coiffe l’immeuble translucide Grand Central, en cours de livraison. Maître d’ouvrage du projet de 23 600 m2 conçu par Ferrier Marchetti Studio sur huit étages, Carlyle, a confié la conception, la réalisation et l’exploitation de la toiture terrasse à la jeune entreprise Mugo : un coup de maître pour l’un des premiers projets conduits par l’ingénieure agronome Erika Kerisit.

La brise tiède de ce matin d’automne euphorise les promeneurs, au-dessus du huitième étage de Grand Central, dans le jardin qui domine la gare Saint-Lazare. Pauline Marchetti et Jacques Ferrier, architectes, Blaise Relier-Dubosq, directeur de Carlyle Real Estate Advisors France, Antoine Guibourgé, directeur du Studio Mugo, le bureau d’études de l’entreprise de paysage Mugo, éclairent le petit groupe de visiteurs sur les  ressorts d’un projet épique qui a suscité quatre ans d’études et autant de chantier.

Modèle intégré

La maître d’œuvre du jardin de 800 m2, livre ici l’un de ses premiers projets, à faire rêver tous les pionniers de l’agriculture urbaine. Vers le sud, la promenade de plus de 100 m de long domine la grande verrière classée de la gare, immortalisée par Claude Monet. Vers le nord, une ligne horizontale conduit le regard vers le sommet de la butte Montmartre et le Sacré cœur.
Blaise Rellier-Dubosq résume le cahier des charges du jardin, un marché d’environ 100 000 euros : « J’ai tout de suite cru dans le modèle intégré proposé par Mugo, de l’idée jusqu’au sachet de thé en passant par l’exploitation, avec une production dimensionnée pour les 2700 salariés appelés à travailler ici ».

arceaux jardins grand central st-lazare
arceaux jardins grand central st-lazare - © Julien CRESP

Les paysagistes et les architectes ont uni leur savoir-faire pour affiner la silhouette de la serre et des arceaux

Agronomie et architecture

Le maître d’ouvrage et son architecte ont offert sa chance à l’entreprise de paysage née en 2010. Erika Kerisit est arrivée au bon moment pour transformer l’essai. Peu après avoir empoché son diplôme d’Agrocampus Ouest, l’ingénieure agronome a coulé le projet nourricier dans le dessin de sa coéquipière Malvina Bali, paysagiste conceptrice au studio Mugo.

Le suivi du chantier l’a familiarisée avec le vocabulaire et les exigences de l’architecture et de l’urbanisme : affiner le dessin des serres et des arceaux sur lesquels elle accrochera bientôt du houblon, du chèvrefeuille et des rosiers ; réussir en beauté la première application de la nouvelle disposition du plan local d’urbanisme parisien autorisant les dépassements de hauteur maximale de toiture, pour des projets d’agriculture urbaine.
Pour soutenir le dialogue et jouer sa partition, l’agronome a dû assimiler la règle professionnelle des toitures végétalisées, formalisées par l’association française des toitures et façades végétales Adivet : avec sa portance limitée à 250 kg/m2, la toiture en bac acier n’offre pas le support le plus confortable pour une végétalisation semi-intensive qui interdit les ligneux et les graminées. Un platelage en caillebotis d’acier galvanisé offre la solution légère qui autorise l’accessibilité de la terrasse.

Epreuve caniculaire

Pour ne pas dépasser la capacité maximale en eau (CME) de 1050 kg/m3 exigée par la règle, le substrat à dominante minérale cherche lui aussi la légèreté. Le choix s’est porté sur l’offre d’Ecovégétal. Bientôt, deux ruches viendront compléter la production et donner sa dynamique écosystémique au jardin. « Avec une production étalée de janvier à décembre, le projet cherche à fédérer les utilisateurs tout en intégrant les fonctions techniques de la toiture, comme les exutoires de désenfumage », souligne Erika Kerisit.
Mission accomplie : « Le jardin s’adapte à des températures extrêmes et à des vents violents », se réjouit l’ingénieure. A l’issue des travaux entamés à la fin 2018, les plantations sont sorti indemnes d’un premier été caniculaire, grâce au réseau d’arrosage automatique équipé de doseurs Dosatron, qui permettent d’intégrer des amendements organiques.

toit grand central st-lazare
toit grand central st-lazare - © Julien CRESP

Le toit terrasse de Grand Central offre l'une des plus belles vues possibles sur Paris

De l’extérieur à l’intérieur

Dans quelques mois, les salariés pourront tester la récolte : dans l’exploitation protégée des piétinements par des garde-corps, Erika Kerisit a calculé une production annuelle de 6000 infusions et 3000 doses d’eau infusées au fenouil, à la menthe, à la mélisse, à la camomille ou à l’agastache …. Parmi les salariés, les membres d’un club de jardinage à créer bénéficieront de 20 m2 pour des plantations potagères auxquelles les initieront les jardiniers animateurs de Mugo. En attendant les rhubarbes, quelques choux marquent déjà cette deuxième fonction du jardin.
Passés les moments de bonheur qui accompagnent la livraison, Erika Kerisit prépare la prochaine étape : le futur locataire de Grand Central a commandé à Mugo l’aménagement intérieur d’une partie des espaces communs, dont le restaurant inter-entreprises et la cafétéria. « Nous chercherons à diversifier la palette standard du paysagisme d’intérieur avec des plantes dépolluantes », annonce l’ingénieure.

Seuil urbain

 

Thème phare du centre de recherche intégré à l’agence d’architecture Ferrier Marchetti Studio, le seuil urbain trouve une application magistrale dans le projet Grand Central. L’agence de paysage TER a interprété le concept.


« A la place d’une cour technique inaccessible, nous créons un espace public dans un des lieux les plus congestionnés de Paris », souligne Jacques Ferrier. La continuité entre le projet architectural et l’aménagement paysager frappe au premier regard : les agrégats ocre, gris et bleu du sol se prolongent dans la paroi des bacs où poussent les arbustes et graminées.

Ces teintes reflètent elles-mêmes celles de la façade vitrée qui joue avec les couleurs changeantes du ciel : l’architecte a retrouvé les nuances de la verrière de la gare Saint-Lazare, peintes par Claude Monet. « Le ciel entre dans l’espace et enchante la promenade »,  commente Jacques Ferrier.

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