Bâtiment

Equipements et usages : les maillons faibles de la basse consommation

Mots clés : Conjoncture économique

Les consommations dépassent les prévisions, malgré des enveloppes étanches : le Centre d’études techniques de l’Equipement de l’Est dresse un bilan perfectible des 22 pionniers lorrains de la basse consommation.

Les consommations de chauffage causent les principaux écarts entre les performances calculées et réelles des bâtiments à basse consommation. Missionné par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, le centre d’études techniques de l’Equipement de l’Est aboutit à cette conclusion, après deux ans de suivi des 22 bâtiments lorrains qui ont anticipé l’entrée en vigueur de la réglementation thermique 2012 dans le cadre du programme d’expérimentation du bâtiment (Prebat).

L’examen détaillé de deux bâtiments type étaye l’analyse. Dans l’immeuble passif de 1100 m2 comprenant 13 logements sociaux et un centre de loisirs à Raon-l’Etape (Vosges), les locataires âgés maintiennent sept jours sur sept une température de 23 à 24 °C. Pour transformer l’ancien foyer pour personnes âgées, le Toit vosgien, entreprise sociale pour l’habitat, était parti de l’hypothèse d’une température de 19°C  maintenue en semaine pendant les deux tiers de la journée, conformément aux calculs réglementaires. Les écarts comportementaux s’ajoutent aux performances insuffisantes des panneaux solaires thermiques et de la chaufferie à plaquettes : le taux de couverture solaire observé n’atteint qu’une moyenne de 11 % dans l’année, au lieu des 40 à 50 % attendus ; le rendement de la chaudière ne dépasse pas 80 %, au lieu des 92 % annoncés par le constructeur pour un volume de 110 m3 apparent plaquette (MAP).

 

Double pénalité pour la pompe à chaleur

 

Second cas type, le siège du bureau d’études Fluid’Concept, développé sur 390 m2 à Neufchâteau (Vosges) pointe également l’équipement technique comme un maillon faible : au lieu du coefficient de performance (Cop) déclaré égal à 4,37, et qui devrait correspondre à une valeur annuelle moyenne de 3,87, les sondes du Cete de l’Est mesurent un « vrai cop » de 2,33 à 2,37, pour la pompe à chaleur (pac) air/eau. L’écart des performances s’ajoute aux réalités climatiques, plus rudes que le modèle réglementaire, et surtout aux plages de fonctionnement défavorables à la pac : compte tenu de l’étanchéité de l’enveloppe et de l’efficacité des apports solaires, celle-ci ne se met en marche que lorsque la température extérieure descend sous les 5 °C.

 

 

A Neufchâteau comme à Raon-l’Etape, le Cete a vérifié l’efficacité des enveloppes étanches à l’air. Les performances énergétiques globalement satisfaisantes se traduisent, pour les locataires de Raon-L’Etape, par des charges de chauffage limitées à 140 euros/an. Complémentaire de l’isolation, la ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux explique l’insuffisance du taux d’humidité de l’air, généralement inférieur à 30 %. Cette donnée contribue à justifier l’étude commandée par la Dreal au Cete, sur l’impact sanitaire de la basse consommation. Le volet sociologique des investigations lorraines révèle un autre défaut des installations aéroliques : elles génèrent de nombreuses situations d’inconfort, parmi des exploitants et usagers le plus souvent incapables de gérer les systèmes de rafraîchissement et de chauffage associés.

 

Impact maximal pour le gros oeuvre

 

Outre l’évaluation des projets pilotes de la basse consommation, l’étude lorraine contribue aux tests du logiciel Elodie. Le Centre scientifique et technique du bâtiment développe cet outil dans la perspective des futures certifications « HQE Performance » qui prendront en compte l’analyse du cycle de vie des bâtiments. « Pour des durées de vie de 50 ans comme de 100 ans, les composants contribuent à 80 % de l’impact écologique global de l’échantillon de bâtiments étudiés », note Marine Jouany, chargée de ces tests au Cete de l’Est. Le logiciel compare les impacts respectifs de l’eau, du chantier, des consommations d’énergie et des composants, depuis la production jusqu’à la déconstruction, en passant par la mise en œuvre et l’exploitation. L’analyse de sept lots, conduite sur trois bâtiments, identifie les plus forts impacts dans le gros œuvre, la charpente et l’électricité.

Les deux ans de suivi de la première génération de bâtiments BBC incitent le réseau scientifique et technique de l’Etat à peaufiner son approche des mesures : un groupe de travail inter Cete récemment constitué s’est donné pour objectif de finaliser la doctrine française dans un guide programmé pour 2013.

 

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    Théorie et Pratique

    Résultats surprenants? Ce n´est pas en 2 ans qu´on rattrape 20 ans d´expérience de nos voisins européens! Il est bien évident que les personnes âgées ne supportent pas une température de 19°C surtout dans des régions froides comme les Vosges. Que ceux qui ont créé cette réglementation en fasse l´expérience pratique. Ils verront que cette hypothèse est dilettante.
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