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Equipements de protection individuelle Plus beaux, plus sûrs

DOMINIQUE LE ROUX, LAURENT MIGUET |  le 26/10/2001  |  EntreprisesApprentissage BTPTravailChantiersBas-Rhin

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Grâce aux progrès ergonomique et esthétique, le port des équipements de protection individuelle (EPI) se généralise sur les chantiers.

«L'idéal serait, à terme, que nous parvenions à organiser un mini-salon du prêt-à-porter des équipements de protection individuelle. » Si cocasse qu'apparaisse cette proposition d'un entrepreneur, elle reflète bien l'évolution du marché des EPI. Elle n'a en effet rien de saugrenue : un défilé de mode des EPI s'était déroulé lors du salon Batimat, sous l'égide de l'OPPBTP, l'organisme en charge de la prévention dans le secteur.

Protecteurs, les EPI doivent l'être. Mais cela ne suffit plus. Fabricants et entreprises proposent aujourd'hui aux salariés des vêtements, casques, chaussures... ergonomiques et esthétiques. « Initialement, les EPI poursuivaient exclusivement un but de protection, rappelle Pierre Picart, ingénieur au service technique de l'OPPBTP, en charge notamment des EPI. Il y a dix ans, l'ergonomie est apparue. Ces dernières années, le souci esthétique est devenu essentiel. Un look branché incite les jeunes à porter effectivement leurs EPI. Les équipements de protection ne doivent plus être vécus comme une contrainte. »

Casser l'image d'un métier sale et dangereux

Là réside le fond du débat. Faire en sorte que les salariés portent effectivement leurs équipements de protection pour améliorer la sécurité sur les chantiers et changer l'image de la profession, celle d'un métier sale et dangereux.

Pour les fabricants, cela suppose qu'ils soient à l'écoute des besoins des utilisateurs. Guy Sheyen, directeur export de Heckel Sécurité, fabricant de chaussures profes- sionnelles à La Walck (Bas-Rhin) résume parfaitement cette tendance de fond. « L'ouvrier de chantier a besoin de chaussures stables. Souvent accroupi, il lui faut également de la souplesse. Il évolue sur des surfaces très chaudes, mais aussi dans des conditions météorologiques très froides. Les semelles des années 70 privilégiaient la sécurité, et donc le nitrile résistant aux hautes températures. Avec les années 80, les exigences de confort ont conduit à adopter le polyuréthane haute densité, résistant aux grands froids. Avec la mise au point de semelles en nitrile double densité, susceptibles de résister à des températures comprises entre -40° et + 30°, la chaussure a franchi en 2000 son premier saut technologique depuis vingt ans. » Mais l'innovation technique ne suffit plus : lancée en 2000, la dizaine de modèles de la gamme MACsole (Multi-usage, Adhérence et Confort) se décline en trois looks : « cybertechno », « trekking outdoor » et « sport ».

De leur côté, les entreprises évoluent. Jean-Louis Marotel, responsable prévention d'Eiffage Construction, en est convaincu : « Les ouvriers doivent participer au choix de leur équipement. » Fabrice Leoni, son homologue de Brezillon, partage cet avis : « Nous devons toujours parvenir à un consensus avec les ouvriers sur le choix des EPI. Cela suppose qu'ils les aient testés au préalable. A charge pour nous, ensuite, de faire part aux fabricants des améliorations que nous souhaitons. »

«Une marque de reconnaissance du compagnon»

Autre évolution notable des politiques d'entreprise, personnaliser les équipements de protection individuelle pour faciliter leur appropriation par les compagnons. « Chaque salarié dispose d'un harnais de sécurité nominatif, assure Joël Jaskowiec, responsable de Sdel Océane, entreprise de réseau électrique. Bateg, entreprise de bâtiment, alloue, chaque année, à chaque compagnon, un paquetage comprenant notamment un casque Iris avec le nom et le prénom du salarié. C'est une marque de reconnaissance du compagnon. »

Car, au travers des EPI, c'est l'image même du chantier et de la profession que les professionnels tentent d'infléchir. Et cela commence dès l'entrée en formation. Le CCCA, organisme en charge de l'apprentissage dans le secteur, a conclu en 1999, avec Elis, un contrat de location sur trois ans visant à fournir à chaque apprenti du BTP des tenues de travail entretenues et nettoyées. De même, le CCCA a financé 36 120 paires de chaussures de sécurité pour les apprentis de cinquante CFA.

Voir aussi nos produits en page 123.

En 1999, il y a eu 119 828 accidents avec arrêt dans le BTP et 155 accidents mortels.

DESSINS :

Les 6 principales causes d'accidents avec arrêt de travail dans le BTP en 1999

1) Objets en cours de manipulation : 31 369

2) Chutes de plain-pied : 24 873

3) Chutes en hauteur : 21 328

4) Objets en mouvements accidentels : 10 057

5) Objets en cours de transport : 8 238

6) Outils individuels et mécaniques tenus à mains :10 309

Le siège des blessures et nombre d'accidents en 1999

Les yeux : 5 288

Lea tête : 4 897

Les bras : 13 640

Le tronc : 24 153

Les mains : 30 602

Les jambes : 23 368

Les pieds : 7 460

Localisations multiples : 8 682

GRAPHIQUE :

Nature des plaies et blessures les plus fréquentes

Fractures : 9 069

Entorses : 12 984

Douleurs, lumbagos : 22 219

Plaies, coupures : 25 380

Contusions : 24 882

Les obligations en matière d'EPI

POUR LES FABRICANTS

Ils doivent mettre sur le marché des équipements dotés du marquage CE (qui prouve leur conformité à la réglementation européenne) et accompagnés d'une notice d'information.

POUR LES ENTREPRISES

Elles doivent évaluer les risques, tenter de les éliminer ou de les réduire en utilisant des procédés ou des produits moins dangereux. A défaut, elles doivent équiper leurs salariés d'équipements de protection individuelle dotés du marquage CE, adaptés au risque et vérifiés régulièrement. Après consultation du CHSCT, les entreprises doivent déterminer les conditions d'utilisation des EPI.

Les salariés ont leur mot à dire : SDEL OCEANE - Les salariés gèrent eux-mêmes leur budget EPI Rien ne sert d'imposer un EPI, si performant soit-il, aux salariés. Il faut les associer dans le choix de l'équipement. Exemples au travers de 4 initiatives.

« Casques trop lourds, vêtements perméables... les salariés n'étaient manifestement pas satisfaits de leurs EPI », se souvient Joël Jaskowieck, responsable de Sdel Océane (filiale GTIE), entreprise de réseau électrique de 60 personnes. Fin 1999, une commission EPI est créée.

Des groupes de travail, associant des ouvriers, leur hiérarchie et des membres du CHSCT, ont élaboré, par EPI, un cahier des charges, listé des fournisseurs et mis à disposition des ouvriers des échantillons d'équipements à tester. Dès 2000, de nouveaux EPI, choisis par les salariés eux-mêmes, ont été achetés : coût de l'opération : 75 000 francs

(11 434 euros).

« Avec ce nouveau cahier des charges, nous avons multiplié par deux et demi le budget EPI », explique Joël Jaskowieck. « Mais je n'en entends plus parler, se réjouit-il. Régulièrement, nous réalisons des audits sécurité pour vérifier que les équipements sont effectivement portés sur les chantiers. Pour cela, j'ai souhaité que les salariés s'approprient le choix de leurs EPI.

Ils gèrent eux-mêmes, avec le concours du CHSCT et sous mon contrôle, leur budget.

La commission EPI se charge du suivi et de la veille technologique. En 2001, nous poursuivons l'opération. Nous avons, par exemple, acheté des sacs de rangement. Chaque salarié dispose de son paquetage. » En 2002, l'accent sera mis sur les vêtements d'hiver.

Les salariés ont leur mot à dire : SOPAC - Tester l'EPI sur les chantiers pour obtenir l'adhésion des salariés

Pour Alexandre Gallier, il n'y a rien de pire qu'un équipement de protection individuelle, si bon soit-il, qui reste dans le placard. « Il est aujourd'hui obligatoire d'obtenir l'adhésion des compagnons si nous voulons qu'ils utilisent les EPI sur les chantiers. » Depuis maintenant quatre ans, l'animateur prévention de Sopac (200 salariés, filiale d'Eiffage Construction), travaille

à l'amélioration de la tenue

de travail des compagnons de l'entreprise.

« Nous voulions des tenues de protection conformes à la recommandation de la Cnam. Nous sommes allés au-delà pour y ajouter des accessoires de confort qui assurent une meilleure ergonomie au poste de travail. » Après avoir doté les vestes de renforts molletonnés aux épaules, utiles notamment

en cas de port de charge, Sopac s'est intéressé au fameux pantalon Hygrovet, doté de protections aux genoux.

« Nous l'avons proposé en CHSCT. Nos

130 compagnons en ont été dotés. Parallèlement, nous avons bâti un questionnaire très simple que le médecin

du travail a renseigné avec les salariés.

L'exploitation des résultats a mis en évidence un problème concernant

le réglage de la protection. Nous nous sommes adressés à notre fournisseur. »

En 2001, Sopac

a commandé quelque 500 pantalons

(4 par compagnon) dotés d'un tel réglage.

Les salariés ont leurs mots à dire : BATEG - Un paquetage complet personnalisé par salarié

1 500 francs (environ 230 euros) par ouvrier : tel est le coût du paquetage que Bateg donne chaque année à ses compagnons (1). Pour Emmanuel Musche, ingénieur prévention de l'entreprise (400 salariés, filiale de Sogea Construction),

« tout bon EPI

a un prix. Le paquetage d'un compagnon est important.

C'est très fort en termes d'image et de reconnaissance. »

Là encore, il est vital pour l'entreprise de

s'assurer que les équipements conviennent aux salariés. Début 2001,

il joint à chaque bulletin de paie un questionnaire pour

évaluer les éléments du paquetage. « A la place du classique casque Brennus (21 francs pièce), nous avons doté chaque compagnon d'un casque Iris

personnalisé (avec le nom du salarié) et doté de toutes les options (185 francs pièce). 60 % des compagnons en étaient satisfaits ; mais 40 % l'estimaient trop lourd. » Fallait-il en changer ? « Après consultation du CHSCT, nous avons finalement décidé de reconduire le casque Iris. Les chaussures, en revanche, ont été changées ; 20 % des salariés s'en plaignaient. C'était trop. » A ce paquetage s'ajoutent les EPI « consommables » (masques respiratoires, gants, protections auditives...) pour lesquels l'entreprise s'est dotée d'un guide facilitant l'acte d'achat pour le chef de chantier : « pour chaque produit, nous avons conçu une fiche recto verso.»

Les salariés ont leur mot à dire : GROS OEUVRE - La profession se mobilise pour utiliser les bons gants

Sur l'initiative de l'Union de la maçonnerie et du gros oeuvre (Umgo), une vingtaine d'entreprises du gros oeuvre ont testé, cet été, sur les chantiers, différentes paires de gants sélectionnées en partenariat avec l'OPPBTP (l'organisme en charge de la prévention dans le BTP), le Synamap (le syndicat regroupant les fabricants d'EPI) et le centre d'information sur le ciment et ses applications (Cimbéton). Objectif : revaloriser l'image de la profession et inciter les compagnons à porter les gants sur les chantiers.

« Dans nos métiers, il n'y a pas un gant pour protéger les compagnons, mais plusieurs, rappelle Laure Ravot, responsable de l'opération pour l'Umgo. Nous avons listé les principales activités, nous nous sommes rapprochés des fabricants et avons proposé en tests différentes paires de gants à un panel d'entreprises. » Thierry Courtin, directeur maçonnerie de l'entreprise de maçonnerie-couverture Delacroix

(27 salariés), est le chef de file des entreprises testeuses. «Nous avons testé différentes paires. Finalement, nos salariés ont jeté leur dévolu sur quatre types de gants par activité. Je vais maintenant prendre contact avec nos fournisseurs pour équiper les salariés. Ce type d'opération est très bénéfique car nous sommes certains de disposer de gants adaptés à notre activité. Surtout, ce sont les ouvriers qui les ont choisis ; nous sommes assurés qu'ils les utilisent. »

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