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Equipement des villes Aires de jeux : les atouts du sur-mesure
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Equipement des villes Aires de jeux : les atouts du sur-mesure

Cyrille Véran, avec margot guislain |  le 21/11/2008  |  EnergieImmobilierArchitectureAménagementParis

Alternative aux produits sur catalogue, les aires de jeux sur-mesure s’appuient sur la singularité de leur site d’implantation et visent à stimuler l’imaginaire des enfants.

Dans l’univers des aires de jeux pour enfants, celles qui sont conçues sur mesure, très rares il y a quelques années, sont aujourd’hui en plein développement, même si les collectivités locales, dans leur majorité, préfèrent encore s’en remettre aux fabricants et à leurs produits standardisés. « Si elles agissent ainsi, c’est parce qu’elles ignorent qu’une aire de jeux peut se concevoir comme un projet de paysage ou d’architecture. On peut obtenir des environnements très intéressants à partir de ce type de programme, pourtant considéré généralement comme peu important », explique l’architecte Isabelle Devin, spécialiste en la matière. Les aires de jeux sur mesure sont donc réalisées le plus souvent dans les grandes villes et les parcs urbains majeurs. Celles des jardins de la Villette à Paris, conçues dans les années 1990 – notamment le jardin des dunes et des vents – constituent une référence du genre.

En lien avec la géographie

« Depuis deux ans, on voit cependant apparaître sur le marché davantage de conceptions de jeux sur mesure », confirme Freddy Morel, ingénieur-conseil de la société Prélud. En faisant appel à des concepteurs, les villes obtiennent des réponses plus adaptées à la complexité de leurs territoires et aux particularités d’un site. « Les produits sur catalogue sont conçus le plus souvent pour des terrains plats », observe le paysagiste Clément Willemin de l’agence de paysage Base. Et le travail d’adaptation sur un site est parfois tel qu’il vaut mieux partir de zéro et envisager une conception sur mesure, comme dans le parc de Belleville à Paris (voir ci-dessus). « Le jeu doit être appréhendé comme un territoire, un environnement, en lien avec sa géographie et non comme un objet de design. »

Un autre enjeu de ces conceptions sur mesure, pour les collectivités, est de répondre précisément aux attentes des usagers. Ces projets sont donc en général précédés de concertations avec les habitants, les usagers et les associations de quartier. Pour l’équipement du parc de Belleville, la concertation menée par le Codej (Comité pour le développement de l’espace pour le jeu) a permis de dégager trois thématiques d’activités, intégrées au cahier des charges : l’exploration, le risque et la recherche d’autonomie. La Ville de Paris a reconduit cette concertation pour les trois aires ludiques qui seront installées dans le nouveau jardin des Halles (voir encadré page suivante).

Ces environnements, très éloignés de l’offre sur catalogue, doivent cependant répondre aux normes en vigueur qui imposent des hauteurs de chute acceptables en fonction des revêtements de sol, des distances de sécurité, des inclinaisons maximales, des matériaux et des assemblages résistants… (voir encadré ci-contre).

Analyse des risques

« Ces normes s’appliquent aux jeux classiques. Dans les cas particuliers, il faut réfléchir à leur esprit, comprendre dans quel but elles ont été rédigées pour les adapter », explique Gérard Chopinet de la direction des parcs, jardins et espaces verts à la mairie de Paris.

Une dizaine de laboratoires de contrôle, en France, se charge d’homologuer à la fois les produits des fabricants et ces aires de jeux particulières. L’agrément doit porter sur chaque jeu et sur l’aménagement dans sa globalité. « Pour les aires de jeux sur mesure, notre travail consiste en une assistance technique auprès du concepteur. Nous validons ses propositions après les avoir soumises à une analyse des risques et donnons, le cas échéant, des pistes de recherche. Il y a donc tout intérêt à commencer cette collaboration dès le début des études », estime Freddy Morel.

Ces équipements, plus complexes à mettre en œuvre, rencontrent toujours un franc succès auprès du public. Ils ne renvoient pas aux environnements imagés des produits sur catalogue – bateau de pirate, train, dinosaure… –, mais invitent les enfants à devenir acteurs de leurs jeux, parfois avec leurs parents. Exit l’usage prédéfini et ultracontrôlé, place à l’imaginaire.

Montfermeil Quatre tapis noirs dans les airs

Sous la houlette d’Ursula Kurz, paysa­giste du parc arboretum de Montfermeil, Isabelle Devin a conçu quatre « tapis noirs », comme des montagnes russes qui offrent aux enfants des points de vue à hauteur des arbres. Les matériaux choisis sont mis en œuvre de la façon la plus brute et la plus naturelle possible : les bandes de caoutchouc armé s’étirent en longueur, fixées aux fondations par des tirants ; les portiques inclinés, qui évoquent de grandes échasses en marche, sont en acier galvanisé, sans nécessité d’entretien ; les lisses sont faites de cordages armés de torons d’acier ; et, pour amortir d’éventuelles chutes, le sol est recouvert d’une épaisseur de 40 cm d’écorces de pins. Un matériau naturel aussi efficace et bien moins cher que les sols coulés en epdm (polymère), et qui ici se trouve en parfaite harmonie avec l’arboretum. Pour Isabelle Devin, « ce ne sont pas les motifs décoratifs ou les couleurs qui attirent en premier les enfants, mais plutôt tout ce qui bouge, fait bouger et qui permet de grimper… »

Maître d’ouvrage : Ville de Montfermeil.

Maîtrise d’œuvre : PasoDoble (paysagiste mandataire), Isabelle Devin (conceptrice jeux).

Surface de l’aire de jeux : 300 m2.

Coût HT : 70 000 euros.

Paris Des surfaces enchevêtrées à flanc de colline

Totalement reconstruite en 2008, l’aire de jeux du parc de Belleville ne renvoie à aucune image clairement identifiable. C’est une structure sur mesure de 1 000 m2 accrochée à la forte pente – 30° sur 12 mètres de dénivelé –, qui se présente sous la forme de surfaces inclinées et enchevêtrées en bois, béton, écorce et résine. On y glisse, dérape, escalade… La situation du jeu lui-même, sur les hauteurs de Paris, amplifie la sensation d’équilibre précaire. Les anfractuosités ménagent des cachettes et des observatoires. Les paysagistes de l’agence Base ont puisé leurs références dans l’échafaudage, l’alpinisme, le ski et la navigation : des univers qui renvoient à l’exploration, à la recherche d’autonomie et à la prise de risque. Mais une prise de risque calculée, puisqu’on ne peut jamais tomber plus haut que de sa propre hauteur, la structure collant au terrain.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Paris.

Maîtrise d’œuvre : Base, paysagistes ; Terrasol, BET géotechnique ; Luc Mas, consultant jeux ; Prélud, BET jeux.

Surface de l’air de jeux : 950 m2.

Coût : 1,1 million d’euros.

Développer les pratiques sportives « autonomes » dans l’espace public

Les pratiques sportives dites « autonomes » – skate, roller, vélo, BMX… – ont le vent en poupe. Leur particularité ? L’utilisation du relief urbain et des abords de bâtiments (rampes, escaliers, garde-corps…). Partant de ce constat, Récréation Urbaine Conseil, spécialisée dans l’ingénierie du sport et des loisirs, a mis au point un outil d’analyse qui vise tout autant à optimiser l’espace urbain pour ces pratiques sportives, qu’à les réguler et ainsi permettre une cohabitation harmonieuse avec les non-praticiens. Il consiste en plusieurs grilles de lecture qui diagnostiquent, en fonction de critères prédéfinis, les potentialités d’un espace urbain (construit ou en projet) au regard de l’activité que l’on veut développer et de l’objectif visé. « Nos recommandations relèvent ensuite du bon sens, comme par exemple un changement de revêtement pour empêcher ou favoriser la pratique du skate », explique Gilles Champel, associé de l’agence Récréation Urbaine Conseil.

Rouen Volière à papillons et cabane

Ces deux jeux, conçus par les artistes Daniel Graffin et Christophe Gonnet, sont implantés dans un des nouveaux squares des Hauts de Rouen, récemment aménagé par l’architecte-paysagiste Laure Quoniam. Ils constituent un parcours ludique en deux temps qui mène de la ville à la forêt, en s’adressant à deux tranches d’âge distinctes. D’abord, la « volière à papillons », à l’usage des enfants, fait référence aux kiosques et manèges des jardins publics du XIXe siècle. Quatre bicyclettes colorées y sont disposées et le pédalage des enfants met en mouvement, au-dessus d’eux, par des câbles dissimulés dans la charpente, le battement des ailes de papillons (en métal déployé perforé). En lisière de forêt est installée la « cabane » (en photo), réalisée en planches de bois sur structure métallique : les adolescents s’y retrouvent à l’abri des regards, comme à l’intérieur d’un gros tronc d’arbre évidé. La réglementation exigeant des vues sur l’intérieur, des fenêtres ont été percées, formant pour les ados des points de guet.

Maître d’ouvrage : Grand projet de ville de Rouen.

Maîtrise d’œuvre : Laure Quoniam, architecte-paysagiste mandataire ; Daniel Graffin et Christophe Gonnet, sculpteurs.

Coût HT : 220 000 euros (volière) ; 38 000 euros (cabane).

Quelles normes pour les aires de jeux ?

Les dispositions relatives aux aires de jeux relèvent du cadre réglementaire défini par :

• le décret n° 94-699 du 10 août 1994 portant sur les exigences de sécurité relatives aux aires collectives de jeux ;

• le décret n° 96-1 136 du 18 décembre 1996 afférent aux prescriptions de sécurité relatives aux aires collectives de jeux ;

• la norme NF EN 1 176-1 (2008), parties 1 à 7 et 10 et 11, relative aux exigences de sécurité des équipements des aires de jeux ;

• la norme NF EN 1 177 (2008) relative à la méthode d’essai pour les revêtements de surface d’aires de jeux absorbant l’impact ;

• toutes normes et règlements afférents aux matériaux et modes constructifs envisagés par les candidats.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Vincennes.

Maîtrise d’œuvre : agence Péna & Peña, paysagistes mandataires (Sophie Boichat-Lora et Isabelle Girault, chefs de projets) ; BETCI, BET Structure ; Zekton, BET Fontainerie.

Cognac Un dragon pour tisser du lien social

Un dragon de 10 m de longueur et de près de 4 m de hauteur occupe depuis fin septembre la place des Erables, une placette jusqu’ici sans attrait, située entre deux barres HLM d’un quartier difficile, la Chaudronne. « Les habitants du quartier se sont complètement investis dans la réalisation de ce jeu », constate son concepteur, David Steinfeld, ébéniste et sculpteur sur bois. D’abord en se mobilisant massivement au cours de la concertation préalable, où ils ont exprimé le besoin de s’évader et de nouer un lien affectif fort avec leur futur jeu. Ensuite en participant spontanément et bénévolement à la réalisation du dragon.

En bois massif – red cedar non traité –, l’animal fantastique est équipé de balançoires, de toboggans et de murs d’escalade en cordes. Sa corpulence permet aux enfants de l’appréhender aussi comme une cabane.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Cognac.

Maîtrise d’œuvre : David Steinfeld, ébéniste et sculpteur sur bois ; Prélud, bureau d’études.

Coût : 60 000 euros TTC (fabrication et pose) y compris les tables et bancs installés autour.

3 800 m2 de jeux au cœur de Paris en 2010

Trois aires de jeux (3 800 m2 au total) seront installées dans le nouveau jardin des Halles (pour les moins de 7 ans, les 7-12 et les adolescents). Elles remplaceront le jardin d’aventures Lalanne (2 700 m2) qui n’est plus aux normes, ne couvre pas toutes les tranches d’âge et empêche, par son actuel emplacement, d’installer un parcours fluide est-ouest dans le jardin. Une concertation, conduite par l’Atelier de Launay, a été organisée auprès des usagers, des associations et des habitants. Parmi les souhaits exprimés : des jeux de piste, des dénivelés, des paysages supports de jeu et d’imaginaire, des espaces intimes, des activités dynamiques... Le cahier des charges de cet appel d’offres – en trois lots – incite à recourir aux énergies renouvelables, de manière pédagogique et ludique, et aux matériaux naturels.

Choix des concepteurs : mars 2009.

Livraison de la 1re tranche : 2010.

Budget : 2 millions d’euros.

Vincennes Une forêt de mâts polyvalents

La dalle de couverture du RER A, à Vincennes, n’a pas seulement permis de diminuer le niveau sonore des trains. Les riverains ont gagné trois nouveaux jardins sur la dalle. Le jardin du Levant, situé le plus à l’est, se singularise par son sol bleu (gravier teinté et sol souple) et une série de mâts, régulièrement espacés mais de hauteur variable (entre 20 cm et 4 mètres). Certains servent à l’éclairage du jardin ; tous les autres sont prétextes à décliner une gamme de jeux qui fait référence à l’univers de la foire et de ses jeux d’adresse : lancer de boule, lancer de ballon, toise, prises d’escalade. Chaque jeu se compose d’un mât en bois de mélèze et de pièces métalliques peintes ou en Inox brillant. Les mâts les plus bas sont dévolus aux sauts et aux tables de pique-nique. Des jeux de cordage, édités chez Pro-Urba, viennent compléter cette gamme spécifique.

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