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Enveloppe Une façade haussmannienne «copiée collée»
PHOTO - Archi77 fouquets ouv3.eps - © paul raftery/view

Enveloppe Une façade haussmannienne «copiée collée»

MILENA CHESSA |  le 14/12/2006  |  ArchitectureRéalisationsBâtimentParisInternational

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Depuis son ouverture le 3 novembre à Paris, l’hôtel Fouquet’s Barrière provoque l’étonnement avec ses nouvelles façades. Elles sont partiellement revêtues de panneaux décoratifs qui reproduisent, en béton gris, une modénature haussmannienne.

Passants enjoués, interloqués, dubitatifs voire dédaigneux, les nouvelles façades de l’hôtel Fouquet’s Barrière (Paris, VIIIe arrondissement) ne laissent pas indifférent. Imaginées par l’architecte Edouard François, elles répondent en tout cas aux objectifs définis avec le groupe Lucien Barrière, maître d’ouvrage. Il fallait « unir sept immeubles d’un îlot pour les donner à lire comme un tout », et « positionner l’ensemble ainsi formé en monument parisien », rappelle l’architecte. Problème, les bâtiments étaient d’époques et de natures diverses : avenue des Champs-Elysées, trois constructions haussmanniennes du XIXe siècle, dont l’immeuble du restaurant Fouquet’s ; avenue George V, un pastiche néohaussmannien des années 1980 ; rue Vernet, un espace à recréer et un autre pastiche 1980, néo-Louis Philippe ; et rue Quentin-Bauchard, un immeuble des années 1970, avec une façade en mur-rideau à remplacer par une création. « Les principales difficultés ont été de raccorder les planchers, d’encastrer les réseaux techniques et de mettre en conformité les locaux », résume Gilles Thierry, qui a dirigé le chantier pour l’ingénieriste Coteba. Poursuivant ses objectifs d’unité et de monumentalité, Edouard François s’est intéressé à l’élément le plus représentatif de l’îlot et de Paris : la façade haussmannienne.

Image modifiée, écrasée. Son idée est de « copier » les façades historiques des 93 et 95 avenue des Champs-Elysées, puis de les « coller » rues Vernet et Quentin-Bauchard, là où des pans de façade doivent être recréés (voir ci-dessous). Têtes de lions, feuillages, volutes, joints de pierres, mais aussi fenêtres vitrées, balcons métalliques, portes en bois… ont été numérisés par l’entreprise Novidis. L’un de ses directeurs, Marc Louzeau, explique que « l’image de la façade a été transformée, écrasée et distordue », pour « respecter un débord réel inférieur à 80 cm ».

Exemple d’anamorphose : en appliquant un taux d’écrasement de 40 %, la profondeur du balcon est passée de 1 m à 60 cm. « Au fur et à mesure, l’architecte donnait son accord à nos modèles sculptés en terre, avant que les moules soient fabriqués dans notre usine », indique Marc Louzeau. Novidis a reconstitué la texture des parois de pierre avec son procédé de « microbéton moulé décoratif Premix » (liant hydraulique, agrégats, fibres de polypropylène), qui porte l’Avis technique du CSTB n°16/06-511. Les 3 600 dalles et modénatures des nouvelles façades (850 m2 environ) recouvrent les précédents bâtiments comme « un papier peint en trois dimensions », compare Edouard François. Ces parements, de 3 cm d’épaisseur minimum, sont accrochés aux murs en blocs-béton par des pattes en acier inox. Leur coût de fabrication oscille entre 470 et 600 euros du m2. Pour que la réplique haussmannienne tranche avec l’original, l’habillage extérieur a été teinté en gris dans la masse, couleur des toits parisiens.

Des baies trouées. Plus surprenant, les encadrements de fenêtres ont bien été « moulés », mais les baies ont été « trouées » ailleurs, selon les termes employés par Edouard François (voir encadré). Une disposition rendue possible par le fait que le mur de façade et le mur porteur soient dissociés. Les nouvelles fenêtres cisaillent alors le décor sans compromis, comme cet œil de bœuf « coupé tel un champignon sur une bûche de Noël », ironise l’architecte.

En réalité, l’emplacement des 22 boîtes vitrées a été décidé par le maître d’ouvrage, selon les espaces à éclairer. Pour capter le maximum de lumière, elles se trouvent serties de miroirs sur leurs faces internes. Etrangement, les façades haussmanniennes « copiées collées » du Fouquet’s Barrière renvoient bien au-delà du monument parisien. Elles évoquent plutôt un palais fantastique taillé dans la roche, à l’image des somptueux vestiges de Pétra en Jordanie.

PHOTO - Archi77 fouquets ouv2.eps
PHOTO - Archi77 fouquets ouv2.eps - ©
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PHOTO - Archi77 fouquets ouv5.eps - © NOvidis
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CARTE - Archi77 fouquets coupe.eps
CARTE - Archi77 fouquets coupe.eps - ©
L’EXPERT Edouard François, architecte

« Le moulé-troué, une alternative architecturale »

« Lorsqu’on demande la permission de créer une façade dans un centre-ville historique, la réponse est toujours non. Contre le pastiche et le façadisme, je propose l’alternative du moulé-troué. Ce brevet d’architecture, déposé à l’INPI, est capable de gérer toutes les extensions neuves au cœur des capitales européennes. Il suffit de prendre le bâtiment historique le plus proche, d’en copier la façade, de la mouler et de la trouer. Les fenêtres sont disposées là où le maître d’ouvrage le souhaite, pas forcément en face des trous originaux, ni de manière symétrique. Pour donner une comparaison, la façade est comme un papier peint en toile de Jouy, dont le décor se trouve aléatoirement découpé par l’encadrement d’une fenêtre. La marquise y perd sa tête et le chat sa queue ! Le Fouquet’s Barrière, avec ses vraies-fausses façades haussmanniennes, constitue la première application architecturale du brevet moulé-troué. Une réalisation agréée, de facto, par les Architectes des bâtiments de France. Point important : aucune modification ne peut être apportée à cette façade sans mon accord, car l’œuvre est protégée par un droit d’auteur. »

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Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Groupe Lucien Barrière, Groupe Accor, SIS-Conseil (déléguée).

Maîtrise d’œuvre (mission Shell & Core) : Edouard François, architecte (Blandine Houssais, conception, Caroline Stahl, chantier) ; Marc Vatinel (Pré Carré), jardinier ; Louis Clair (Light Cibles), concepteur-lumière.

Maîtrise d’œuvre d’exécution : Coteba (management et ingénierie), VP Green (BET façade), Geciba (BET structure), SCPM (économiste).

Entreprises : Bouygues Bâtiment Ile-de-France Rénovation Privée (mission Design & Build), Novidis (panneaux moulés en béton), Alulivry (branches moulées en aluminium).

Surface : 16 000 m2.

Coût : 50 millions d’euros.

3 000 branches d’aluminium suspendues en cœur d’îlot

La démolition des murs de fond des parcelles a permis de créer une cour privative en cœur d’îlot, espace que peu d’hôtels parisiens possèdent. Un problème chassant l’autre, de nombreux pignons offraient alors au regard leurs parois aveugles. « Envie de tout casser et de recommencer l’hôtel en rasant tout l’îlot, c’est impossible ! », songe Edouard François. Tandis qu’inventer « une clairière aux dimensions exactes de la cour, bordée d’arbres dont on ne voit que les branches suspendues », semble être une option à la fois plus réaliste et féerique. Le cannage cinétique a donc été fabriqué à partir de douze modèles de branches d’arbre, moulées en aluminium pur (jusqu’à 3 kg l’unité). Au total, 3 005 moulages d’environ 1,50 m de longueur s’alignent tous les 15 cm en position verticale. Ils sont fixés en tête et en pied sur des tubes horizontaux en acier inoxydable, eux-mêmes attachés tous les mètres au mur pignon par l’intermédiaire d’une platine découpée et de deux chevilles. « Nous avons conçu les accroches car il n’existait aucun Avis technique », précise Gilles Thierry, ingénieur chez Coteba. La structure est distante de 21 cm de la surface maçonnée. Lorsque l’éclairage nocturne s’allume (en pied de façade) ou que la lumière du soleil frappe la paroi (à l’oblique), les branches argentées scintillent de mille feux et se dédoublent du fait de leur ombre portée.

Ingénierie : Coteba, VP Green. Entreprises : Giroud (fabricant de la structure), Alulivry (fabricant des branches), Glauser (poseur de l’ensemble).

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