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Entretien DANIEL LEBEGUE « Nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure »

FRANCOISE VAYSSE, JEAN-FRANCOIS CALTOT, REMI CAMBAU, FREDERIC FELIX, RICHARD GOASGUEN, VERONIQUE DE JACQUELOT, CLAUDE MANDRAUT, JEAN-MARC MATALON |  le 11/06/1999  |  LogementsÉvénementCollectivités locales

Sommaire du dossier

  1. Les usagers - Les jeunes: la nouvelle cible des HLM
  2. Les usagers - Les personnes agées: le nouveau concept de résidences en HLM
  3. Les usagers - Les démunis: quelle politique de logement ?
  4. Les nouveaux métiers - HLM: des emplois stratégiques
  5. Les zones tendues - Metz: l'Opac joue la technopole
  6. Les zones tendues - Pessac: à la recherche d'une cohérence
  7. Les zones tendues - Rodez: stratégie locale de développement
  8. Les zones tendues - Bourgoin-Jallieu: muscler le centre-ville
  9. Des missions de plus en plus diversifiées - L'accueil des populations spécifiques
  10. Des missions de plus en plus diversifiées - Les organismes d'HLM, acteurs urbains
  11. Des missions de plus en plus diversifiées - La réhabilitation: mission importante pour les organismes d'HLM
  12. Des missions de plus en plus diversifiées - La démarche qualité des organismes d'HLM
  13. Des missions de plus en plus diversifiées - L'activité immobilière des organismes d'HLM
  14. Offrir une gamme complète de services - Domotique: les locataires de l'Office de Pau sont satisfaits
  15. Offrir une gamme complète de services - Gestion de proximité: les ouvriers occupent les quartiers
  16. A la découverte du monde HLM - La marche forcée vers les services: garantir les prestations de base
  17. Offrir une gamme complète de services - Animation: un soutien aux projets des locataires
  18. Offrir une gamme complète de services - Insertion: de nouveaux gisements d'emplois
  19. Offrir une gamme complète de services - Suivi social: l'Opac de l'Ain recrute une conseillère
  20. Offrir une gamme complète de services - A la découverte du monde HLM
  21. A la découverte du monde HLM - 5 grandes familles
  22. Mission sociale des HLM - Les points de vue de Roger Quilliot,Yves Baise, Jacques Badet et Jacques Berké
  23. Mission sociale des HLM: les expériences - Insertion par l'économique
  24. Mission sociale des HLM - La grande peur du recentrage
  25. Mission sociale des HLM - Les chiffres du mouvement HLM: lente paralysie de l'accès au parc
  26. Mission sociale des HLM : les expériences - Logement des démunis
  27. Mission sociale des HLM: les expériences - Un bilan social voit le jour en Paca
  28. Mission sociale des HLM: les expériences - Gestion de l'habitat
  29. Quel ancrage social ?
  30. Le réancrage social des HLM
  31. Gestion locative : Boulogne-sur-mer : un exemple de démolition-reconstruction de maisons individuelles
  32. Gestion locative : La montée de la tension
  33. Gestion locative : La « réunion du mardi », baromètre social de la « Plaine du Lys »
  34. Patrimoine : Des logements neufs pour les démunis à Paris
  35. Attributions du label Qualitel HPE 3 étoiles
  36. Qualitel dans l'expectative
  37. Patrimoine : Le prix du PLA a progressé plus vite que l'inflation en région parisienne
  38. Patrimoine : La réhabilitation vulnérable
  39. Patrimoine : «L'état du patrimoine, premier facteur de préservation du lien social»
  40. Revirement sur la démolition
  41. Finances Comment faire face au coût du logement social ?
  42. Finances : Le très social est-il déficitaire ?
  43. Gestion locative Face à des occupants plus pauvres, la pratique évolue
  44. Patrimoine : La construction au ralenti
  45. SOMMAIRE DOSSIER HLM
  46. La dure loi de la demande
  47. Entretien LOUIS BESSON : « Différencier l'offre pour pouvoir proposer un logement à tous »
  48. Le congrès HLM de Marseille
  49. Un parc social mieux adapté aux ressources des plus modestes
  50. Vandoeuvre Réhabilitation par tranches d'une cité
  51. Nantes Restructuration d'un pavillon vétuste
  52. Marseille Fondations sur micropieux, parkings en rez-de-chaussée
  53. Où créer des logements sociaux ?
  54. Des solutions techniques pour baisser les charges
  55. Qualité d'usage : comment optimiser les plans
  56. TVA sur la réhabilitation du locatif social
  57. Orly Construire à moins 25 % : pari gagné
  58. Renouvellement urbain Les organismes d' HLM condamnés à réussir
  59. Entretien DANIEL LEBEGUE « Nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure »
  60. Un « Monsieur ville » chez 3F
  61. DANIEL GRANDE, directeur du GIE Villes et Quartiers
  62. Patrimoine Une échelle de risques chez Efidis
  63. Refaire la ville : six exemples Malakoff Cité du Million : une démolition-reconstruction à taille humaine
  64. Refaire la ville : six exemples Marseille Trois bailleurs remodèlent la cité du « Plan d'Aou »
  65. Refaire la ville : six exemples Sartrouville La redécouverte des Indes
  66. Refaire la ville : six exemples Eure Gestion dynamique du patrimoine : l'Opac colle au marché
  67. Refaire la ville : six exemples Bordeaux Une restructuration en douceur pour les « Hauts de Garonne »
  68. Refaire la ville : six exemples Meaux Un double pari : assainir les finances et sauver le patrimoine
  69. HLM Des solutions pour diminuer les charges
  70. EAU Une expérimentation sur les consommations
  71. CHAUFFAGE Isolation renforcée pour diminuer les coûts
  72. CHAUFFAGE Une photographie des charges des locataires
  73. COGENERATION Production de chaleur et d'électricité combinée
  74. Effectuer un audit de chaufferie
  75. L'apres-démolition
  76. Entretien avec Paul-Louis Marty, délégué général de l'Union sociale pour l'habitat
  77. Les architectes créent de nouveaux liens entre ville et habitat
  78. Logement social 800 000 « passoires thermiques » à rénover
  79. Mobilisation des régions Des financements indispensables pour boucler les réhabilitations thermiques
  80. Mobilisation des organismes La baisse des charges des locataires justifie les efforts
  81. Alsace CUS Habitat recherche l'efficience économique
  82. Savoie Albertville, pionnier de l'éco-prêt
  83. Philippe Tilloux, directeur de Périgueux habitat « Il ne faut pas se contenter de raisonner en réduction des charges »
  84. Picardie Oise-Habitat démarre sans aide la modernisation de trois immeubles
  85. Aquitaine La performance énergétique, axe stratégique d'Agen Habitat
  86. Bretagne Isolation par l'extérieur pour Aiguillon Construction
  87. Bretagne Des panneaux photovoltaïques comme brise-soleil chez Habitat 35

Directeur général de la Caisse des dépôts - le «banquier» des HLM - , Daniel Lebègue s'investit totalement dans le dossier de la reconstruction de la ville.

Quelle importance prend la question urbaine dans la politique de la Caisse des dépôts ?

DANIEL LEBEGUE. La gestion des fonds d'épargne et le financement du logement social sont deux des grandes missions d'intérêt général imparties à la Caisse des dépôts. La dernière baisse du taux du livret A s'est répercutée sur celui des prêts PLA, ramené à 4,3 %. Même si ce taux est le plus bas depuis des décennies, la charge réelle de la dette n'en demeure pas moins élevée pour les organismes, supérieure de 3 points environ à l'évolution de leurs recettes locatives, ce qui rend difficile le montage financier de certaines opérations. C'est un frein à l'effort d'investissement - construction et réhabilitation - dans le parc HLM.

Conscient de cette situation, le gouvernement a donné aux organismes d'HLM un ballon d'oxygène en décidant récemment un réaménagement de l'encours des prêts anciens qui allégera de 15 milliards de francs au total leur charge de remboursement, dont 350 millions la première année. Une baisse de 0,75 % du taux du livret A - recommandée par le comité des taux réglementés - se traduirait par un allégement considérable de la charge de la dette, que nous chiffrons à 45 milliards de francs sur la durée de vie des prêts. Elle serait sans aucun doute favorable à une relance de l'effort de construction.

En dépit des remboursements anticipés, l'encours des prêts sur fonds d'épargne en faveur du logement social est resté stable depuis un an. Les versements au secteur locatif social et à la politique de la ville ont totalisé 28 milliards de francs en 1998, chiffre voisin de celui de 1997 mais très inférieur à ce que l'on enregistrait au début de la décennie.

La panne de la construction ne relève-t-elle pas d'autres facteurs liés aux problèmes urbains ?

Oui, il faut sortir du traitement dans l'urgence des situations de crise dans un quartier ou un immeuble pour aller vers une approche plus globale de l'aménagement de la ville et des quartiers à l'intérieur d'un projet de ville - ce que nous appelons le renouvellement urbain. En un mot, placer la transformation des quartiers et le réaménagement de la ville sur elle-même dans une démarche cohérente qui traite de tous les aspects de la vie urbaine - le logement, les équipements collectifs, le réseau de transports, l'activité économique -, avec une approche coordonnée des acteurs publics et privés, une maîtrise d'ouvrage et une conduite de projet très structurées, très opérationnelles.

Quel serait, dans cette configuration, le rôle de la Caisse des dépôts ?

Il y a un consensus dans notre pays sur le modèle républicain et européen de la ville à l'aube du XXIe siècle : lieu d'échanges, d'intégration, d'équilibres sociaux et géographiques, de développement cohérent autour de fonctions collectives, dans un espace pertinent qui apparaît de plus en plus être celui de l'agglomération. Ce qui me paraît primordial aujourd'hui, c'est la question du comment : comment traduire le projet en actions dans les différents champs de la vie urbaine ?

Où en est la réflexion de la Caisse des dépôts ?

D'abord, pour qu'un projet urbain réussisse, il faut définir clairement qui en est le maître d'ouvrage, qui en assure la responsabilité et le portage politiques. Pour nous, un projet de ville - ou pour la ville - est défini et porté politiquement par l'équipe qui a reçu la légitimité du suffrage universel. C'est-à-dire le maire ou le responsable de l'agglomération lorsqu'il y en a une. Si nous avons en face de nous une équipe d'élus qui s'engage de façon déterminée et assure le portage politique d'un projet urbain dans sa définition et sa mise en oeuvre, la Caisse des dépôts est prête à l'accompagner. Nous ne nous engagerons pas dans des projets dont la maîtrise d'ouvrage n'est pas cohérente ni assumée.

Ensuite, il appartient au maître d'ouvrage principal de définir un mode opératoire efficace pour la conduite du projet. Il y a un maître d'ouvrage principal ; il peut y avoir des maîtres d'ouvrage associés, publics ou privés. Qu'un maire décide de retenir comme maître d'ouvrage associé un office ou une société anonyme d'HLM me paraît légitime et bienvenu. Mais il ne peut y avoir de situation avec cinq ou dix maîtres d'ouvrage sans que l'on sache qui tient le gouvernail.

Troisièmement, dans certains domaines, l'Etat et ses services locaux ont une responsabilité directe : ce ne sont ni les maires ni les organismes d'HLM qui vont décider de l'implantation d'un commissariat de police ou des écoles dans la ville.

Quatrièmement, une conduite de projet opérationnelle suppose aussi une assistance à maîtrise d'ouvrage et une maîtrise d'oeuvre efficaces. Il faut un engagement clair sur le calendrier et le budget du projet, ainsi qu'une méthode précise et rigoureuse d'évaluation. Enfin, il faut associer les habitants à la définition du projet et à sa réalisation.

Dans ce processus, comment voyez-vous le rôle de la Caisse des dépôts ?

La Caisse des dépôts n'a pas vocation à être maître d'ouvrage. Ce n'est pas à elle de décider quels sont les bons ou les mauvais projets. Elle ne prétend pas non plus détenir seule la bonne méthodologie pour la conduite des projets. Mais, grâce à notre expérience dans ce domaine et à notre connaissance des bonnes pratiques à l'étranger, nous avons des idées précises sur la conduite de projet, l'organisation des maîtrises d'ouvrage et d'oeuvre, l'évaluation... que nous mettons à la disposition des acteurs qui le souhaitent. Nous sommes en train d'établir des guides méthodologiques pour aider les responsables locaux à travailler vite et efficacement. La Caisse des dépôts est prestataire de services et pourvoyeuse de moyens. Prestataire de services dans le champ de l'ingénierie, de l'assistance à maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'oeuvre par ses filiales Scic, Scet, Transdev... Nous apportons également des moyens financiers : deux enveloppes de 10 milliards de francs chacune ont été ouvertes sur les fonds d'épargne, l'une à 3,8 % pour les opérations de construction-démolition et de réhabilitation lourde et l'autre à 4,3 % pour financer ou cofinancer les projets urbains dans le champ de la politique de la ville.

En outre, nous avons dégagé 300 millions par an sur nos fonds propres : 100 millions de francs de subventions seront engagés de manière décentralisée pour cofinancer de l'ingénierie et de l'assistance à conduite de projet ; 200 millions seront destinés à de l'investissement dans des projets urbains. Nous sommes prêts à mettre de l'argent comme investisseurs publics dans des projets identifiés au plan local que nous jugerons économiquement solides. Mais ce n'est ni du mécénat ni de l'investissement à fonds perdus.

Nous examinons déjà plusieurs projets d'investissement permettant par exemple de recréer dans certains quartiers des centres commerciaux avec des acteurs privés. Certaines grandes chaînes de distribution seraient prêtes à moderniser des magasins, mais elles voudraient que les accès ou les parkings soient mieux aménagés. Nous sommes prêts à investir aux côtés d'acteurs publics et privés, à travers des sociétés d'économie mixte par exemple. Je crois à l'effet de levier : je suis convaincu que de grandes entreprises privées seraient prêtes à s'engager sur des projets bien montés qui bénéficient de soutiens publics de l'Etat, des collectivités et de la Caisse des dépôts. En mettant 200 millions de francs de fonds propres par an, nous devons pouvoir réunir des tours de table d'investisseurs de l'ordre de 1 à 2 milliards de francs sur la durée triennale de notre programme.

Pour l'instant il n'y a pas d'opérateur privé véritablement engagé dans la politique de la ville. Or, les bonnes volontés ne suffisent pas. Il n'y a rien de plus complexe, de plus professionnel que de recomposer une ville... Cela relève de la conduite de grands projets. Restructurer une grande ville comme Marseille, c'est aussi compliqué que de construire le tunnel sous la Manche.

Comment allez-vous ventiler les sommes des fonds d'épargne ? Avez-vous les moyens de dire non quand un projet ne vous convient pas ?

Entre octobre et décembre 1998, nous avons identifié cent vingt projets d'ensemble, correspondant à une centaine de villes et à deux cents opérations individualisées. Des élus sont prêts à engager les opérations dès 1999. Nous avons par ailleurs commencé à recenser les projets qui pourraient démarrer en 2000 : nous en sommes déjà à une centaine. Si une opération ne nous paraît pas solide dans son bilan économique ou sa maîtrise d'ouvrage, la Caisse des dépôts a toute liberté de ne pas s'engager. Mais nous ne sommes pas dans cet état d'esprit : nous voulons aller de l'avant et contribuer à créer une dynamique nouvelle. La montée en régime va se faire progressivement car, dans les projets urbains du type de ceux que j'évoque, le temps moyen de passage à l'acte est actuellement de deux ans et demi. C'est trop lent. Nous devons changer de rythme si l'on veut répondre à des besoins que tout le monde juge urgents.

Qu'attendez-vous de l'intervention annoncée du Premier Ministre sur les questions de la ville ?

Ce sera politiquement très important que le Premier Ministre marque un engagement fort, à la fois personnel et national, en faveur du renouvellement urbain. Pour la politique de la ville, le temps de l'action et de la mobilisation est venu pour tous les acteurs.

GRAPHIQUE : Evolution du nombre de logements (1993-1998) - La construction neuve marque le pas - La construction de logements sociaux a marqué le pas en 1998, pénalisée par les conditions financières défavorables des PLA (prêts locatifs aidés) qui alimentent la réticence des organismes. En revanche, les programmes de réhabilitation sont en expansion.

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