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Entretien avec François Grether, Grand Prix de l'urbanisme 2012
François Grether, architecte urbaniste, Grand Prix de l'urbanisme 2012 - © © Vincent Leloup

Entretien avec François Grether, Grand Prix de l'urbanisme 2012

Propos recueillis par Marie-Douce Albert et Cyrille Véran |  le 13/12/2012  |  France entièregretherArchitectureBâtimentEtat

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  Le 20 décembre, le Grand Prix de l’urbanisme, décerné par le ministère de l’Égalité des territoires et du Logement, récompensera l’architecte et urbaniste François Grether, un stratège urbain rompu aux règles du dialogue. L'occasion de s'entretenir avec lui sur son parcours et sa vision du métier et de la ville.

Vous avez 40 ans de carrière derrière vous, dans les secteurs public et privé. Avec le recul, comment analysez-vous votre pratique ?

Dans ce métier, les recettes ne fonctionnent pas. Avec le temps, j’ai appris que le doute était bénéfique, nécessaire. Ce temps d’interrogation permet d’éviter les positions trop hâtives et aujourd’hui  je le fais durer.  Par ailleurs, il faut beaucoup écouter et regarder ; entendre les multiples acteurs concernés et s’imprégner sans cesse des lieux. Il s’agit de trouver les caractéristiques particulières d’un site et de découvrir les tendances d’évolution de la ville. Le travail sur les transformations urbaines ne produit pas un résultat final, définitif ; il ne concerne qu’un passage dans la longue durée. Il me semble nécessaire de se nourrir de l’avant pour préparer les changements souhaitables, tout en laissant place à un après. Dans chaque cas, mon espoir est de trouver le projet, qui est déjà là pour qui sait le voir. Je crois que l’existence vivante de la ville comprend de manière sous-jacente son propre devenir.

Vous ne souhaitez pas imposer trop de règles aux architectes à l’œuvre sur vos projets urbains. Pourquoi ?

Je suis partisan d’une coordination circonspecte des projets architecturaux par l’urbaniste. Nous ne devons pas maîtriser toutes les facettes d’une nouvelle partie de ville. Je l’ai cru naïvement pour mon premier projet et j’ai été déçu de mal y parvenir. Il convient évidement de préparer les conditions préliminaires des interventions des opérateurs, maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre ; c’est notre rôle. Il convient ainsi de définir et transmettre les grandes orientations et les lignes fortes du projet urbain, qui doivent être assez simples, évidentes, pour être partageables. Mais par la suite, il me semble néfaste d’imposer trop de contraintes aux architectes, déjà soumis à tant de règlements. Une part de liberté doit leur être ménagée pour interpréter les lieux et contribuer à la pluralité de la ville, qui caractérise notre époque. En réalité, c’est au stade de la sélection des concepteurs que tout se joue. Nous leur proposons un cadre : des orientations de principe, un programme, un terrain. La ville n’a pas d’auteur, mais nous en sommes tous des contributeurs. Un projet n’a de sens que s’il est soutenu par les élus, les professionnels, les habitants...  Il faut comprendre les attentes de chacun ; ce qui ne veut pas dire être toujours d’accord. Nous sommes conduits à être des médiateurs pour la ville.

Avec l’atelier de conception architecturale mis en place pour le secteur ouest de la Zac Clichy-Batignolles à Paris, n’êtes-vous pas plus que jamais dans ce dialogue ?

Cette expérience est passionnante. A partir de la sélection sur références des équipes de maîtrise d’œuvre, cette méthode de travail en commun devrait aboutir à des résultats différents de ce que peut produire une série de concours, avec la surenchère d’images qu’ils impliquent. Ici, les nombreux acteurs, promoteurs, architectes, paysagistes, responsables municipaux, aménageur, urbaniste, élaborent et confrontent les demandes et les propositions. Il s’agit en priorité de coordonner la densité et la mixité des programmes à réaliser, tout en développent de nouveaux usages de vie collective et en instaurant un dialogue entre les diverses architectures.

Quelles évolutions avez-vous observées dans la fabrication de la ville au cours de votre carrière ?

On est passé en 40 ans de la ville fonctionnaliste, issue du mouvement moderne, à une pluralité des sensibilités, des pensées et des modes de faire. Des changements notables concernent les enjeux environnementaux. Pour les urbanistes, le développement durable n’a pas été une révélation, mais plutôt un approfondissement de leurs démarches. Autre changement important, la concertation publique répond à des attentes de plus en plus fortes. C’est un énorme progrès, certes très prenant pour nous, mais globalement très enrichissant pour le projet urbain. Enfin dans la période récente, il y a une tendance à « sur-aménager », à une surenchère dans le traitement des espaces et des édifications dans des territoires de projets délimités. Maintenant, avec les profonds changements socio-économiques, il me semble nécessaire de renouveler les démarches de projet, en resserrant leurs objectifs à l’essentiel des intérêts de la collectivité.

Cette période n’a-t-elle pas vu justement les opérateurs privés prendre de plus en plus d’importance dans l’aménagement urbain ?

Les constructeurs privés sont toujours intervenus dans les aménagements urbains. En revanche, je ne suis pas favorable aux projets urbains purement publics, tels que l’ont été les ZUP dont on voit les difficultés. Ce sont surtout les modes opératoires qui changent. La ville est formée d’espaces publics continus et de constructions établies sur des terrains délimités. Les petites dimensions des parcelles et immeubles traditionnels concordent moins bien aux conditions actuelles de la production du bâti. Le macrolot, qui regroupe plusieurs constructeurs et architectes dans une même opération est un mode de production qui comporte des avantages certains, en termes économiques et aussi pour la mixité programmatique et la variété des formes urbaines, comme par exemple à Lyon Confluence et sur les terrains Renault de Boulogne-Billancourt. Quant à l’intervention d’acteurs privés pour la réalisation de grands projets urbains entiers, selon le modèle anglais, c’est une autre option, qui avait été envisagée au départ de Paris Rive-Gauche. A mon sens, il n’est pas souhaitable de confier au privé l’établissement de pans entiers de ville en déléguant un certain nombre de responsabilités publiques par voie contractuelle ; cela me choque.

Cette dernière décennie, de grands projets de rénovation urbaine ont été engagés, portés par l’Anru. Quel regard portez-vous sur ces projets ?

J’ai travaillé sur plusieurs quartiers d’habitat social et, plus longuement, à Amiens pour les Quartiers nord. Beaucoup de choses ont été faites dans l’optique d’y réunir, par étapes,  les conditions de la ville « normale ». Plus généralement, ces secteurs nés des mêmes principes dans les années 1960/70 comportent beaucoup de potentialités. Ces sortes de « friches urbaines et sociales » appellent de grandes ambitions pour demain. En quelques années, l’Anru a favorisé de très nombreuses transformations urbaines positives, intéressantes et bien plus diversifiées, qu’on ne le dit ; ce que j’ai constaté en présidant deux cessions d’appel à projet, qui rassemblaient près d’une centaine de réalisations en cours. Cependant, il est évident que l’action urbaine ne peut résoudre directement les problèmes du chômage et de la délinquance.

Venons-en aux écoquartiers. Abus de langage ou réalité ?

Le retard français par rapport aux pays qui avaient réalisé des projets urbains durables, à l’instar du fameux quartier Vauban à Fribourg, a été une découverte brutale. Pour réagir, nous avons commencé par développer tout un vocabulaire spécifique ; puis des avancées trop inégales ont suivi sous le terme générique d’écoquartier. Tout ceci doit être maintenant dépassé.  Les enjeux environnementaux sont relativement maîtrisables dans les aménagements nouveaux, présentés en vitrine; mais les exigences écologiques de toute nature doivent porter sur la ville entière.

Vous êtes de tous les grands projets ou presque, et pourtant vous n’avez pas participé à la consultation sur le « Grand Paris ». Pourquoi ?

C’est d’abord une question de disponibilité. J’ai toujours mené un travail à l’échelle artisanale avec une dizaine d’assistants. Je ne veux pas être un manager. Le Grand Paris demandait pour moi une implication personnelle à la mesure de cet immense sujet, incompatible avec mes projets en cours. Par ailleurs, entre le grand métro imaginé par un technocrate et le recours à dix stars de l’architecture pour la communication, cette consultation me semblait une manière contourner les élus locaux. Aujourd’hui, la démarche du Grand Paris a heureusement évolué avec la participation des collectivités. En dépit des critiques parfois faites à la décentralisation, je suis toujours resté  profondément municipaliste, attaché au progrès de la démocratie locale.

Vous faites néanmoins partie des quelques urbanistes qui se partagent l'essentiel de la commande des projets urbains. Comment expliquez-vous cette situation ?

Si beaucoup d’architectes travaillent sur la ville, nous sommes en effet peu nombreux à nous consacrer pleinement aux projets de transformations urbaines. Il est aussi certain que l’ancienneté de la pratique est souvent considérée comme un gage de savoir faire ou d’expertise pour des questions difficiles. Néanmoins il n’est pas bon que nous soyons aussi peu nombreux. Le récent palmarès des Jeunes urbanistes me semble une bonne initiative pour faire émerger une jeune et plus nombreuse génération d’urbanistes.

Voir aussi le portrait qui lui est consacré dans le Moniteur des travaux publics et du bâtiment dans le numéro du 14 décembre.

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