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bernard aldebert, patrice drouin, bertrand fabre |  le 10/01/1997  |  BâtimentMaîtrise d'ouvrageEntreprisesSeine-MaritimeParis

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-Seule société à avoir obtenu par Qualibat la qualification 1513 (traitement de l'amiante en place - flocage et calorifugeage) pour au moins cinq ans (1), l'Entreprise Nouvelle Isotherma, implantée à Harfleur (Seine-Maritime), a le « triomphe » modeste. « Il s'agit d'un marché qui ne fait que démarrer. Les situations acquises pourraient vite évoluer. En ce qui nous concerne, nous n'avons pas l'intention d'abandonner nos métiers traditionnels - l'isolation industrielle, les échafaudages, le second oeuvre du bâtiment - au profit du seul désamiantage qui représente pourtant une part non négligeable de notre chiffre d'affaires - 320 millions de francs cette année - et qui occupe à plein temps 60 de nos 320 salariés », explique notamment Bernard Houssaye, le PDG de cette entreprise.

Le patron de cette PME havraise semble en tout cas tout à fait conscient de l'arrivée sur ce marché encore en friche des ténors du BTP qui, grâce à leurs nombreuses filiales, sont en mesure d'appréhender le problème de A à Z, c'est-à-dire du diagnostic au transport et élimination des déchets en passant par le désamiantage proprement dit et la réhabilitation du bâtiment ou de l'équipement décontaminé.

Les grands groupes n'ont parfois même pas attendu les fameux décrets du 7 février 1996 pour commencer à s'intéresser à cette filière qui fait rêver plus d'une entreprise du fait d'un marché potentiel d'au moins 30 milliards de francs pour le traitement de près de 100 millions de mètres carrés concernant quelque 10 000 bâtiments. C'est ainsi que le groupe Lyonnaise des Eaux a créé, en novembre 1995, un « comité amiante » en vue de maîtriser l'ensemble de la filière de désamiantage et d'apporter une réponse globale au traitement de ces problèmes. « Deux de nos sociétés - SCTN et CMS - sont spécialisées dans ce domaine, leur savoir-faire ayant été notamment acquis dans la maintenance nucléaire », explique Vincent Cousin, directeur de la Recherche et du Développement de GTM-Entrepose et « pilote » de ce « comité amiante » qui regroupe une dizaine de sociétés (Ingerop, ATS, Delair, Sita, Sanitra, France Déchets, etc.). Avant d'ajouter : « L'ensemble du groupe s'appuie sur la "charte amiante" mise au point par les experts de Chantiers Modernes Services. Cette charte vaut largement la qualification de Qualibat ».

La «vitrine» de Jussieu

La Générale des Eaux n'est pas en reste, même si sa stratégie en la matière semble moins avancée que celle de la Lyonnaise. C'est en tout cas sa filiale Wanner, spécialisée dans l'isolation thermique et phonique industrielle, dans le nucléaire et dans le désamiantage qui a remporté le premier chantier-test de Jussieu (1 700 m2 à traiter d'ici à la mi-janvier). Un chantier que toute la profession suit attentivement, le désamiantage de Paris VI et de Paris VII (220 000 m2 à décontaminer !) devant démarrer véritablement au printemps prochain.

Wanner, qui est membre du Getap (groupement des douze sociétés de traitement de l'amiante en place), ne réalise pour le moment que 35 millions de francs de chiffre d'affaires. Ce qui ne l'empêche pas d'être considérée comme le leader sur ce marché. « Nous devrions franchir la barre des 50 millions de francs l'année prochaine, voire même davantage si nous réussissons à transformer l'essai de Jussieu qui a toutes les chances de devenir une "vitrine" de notre savoir-faire », affirme à cet égard Pierre Cherpin, le responsable du département amiante de Wanner. Une société qui semble en tout cas bien décidée à travailler de concert avec d'autres filiales de la Générale des Eaux pour pouvoir proposer une offre globale à des maîtres d'ouvrage privés et publics souvent désorientés.

C'est également la stratégie que s'efforce de mettre en place Solam. Créée le 7 août dernier, l'association Solam - solutions pour l'amiante - regroupe les différents maillons de la filière : le bureau d'études SGTE, le bureau de contrôle Socotec, l'activité construction du groupe Spie-Batignolles et Inertam, société spécialisée dans l'inertage des déchets amiantifères par procédé plasma. Présidée par Etienne Aubourg, directeur stratégie et marketing de Spie-Citra, cette association Loi 1901 « souhaite pouvoir aider des maîtres d'ouvrage démunis face à des offres trop compartimentées », pour reprendre les termes d'Etienne Aubourg qui estime également que le problème de l'amiante constitue un « véritable gymkhana » pour les propriétaires de bâtiments amiantés. Bien qu'elle n'ait pas la vocation d'un GIE, Solam ne s'efforce pas moins de réunir des compétences allant du diagnostic à l'élimination des déchets.

Pour leur part, les responsables du groupe Bouygues n'ont pas non plus l'intention de faire l'impasse sur ce secteur en pleine expansion. La réflexion est menée par une cellule informelle dirigée par Emmanuel Droz qui s'appuie sur l'expérience de certaines filiales du groupe pour mener une réflexion plus approfondie. « Nous pouvons intervenir pratiquement dans tous les domaines, même dans le diagnostic par le biais de notre filiale Elan, et proposer aux maîtres d'ouvrage, soit une offre globale, soit une intervention précise et ponctuelle », explique l'adjoint du directeur général du groupe Bouygues.

A l'avenir, du fait de l'importance du marché, du renforcement des réglementations, du coût des équipements et des précautions à prendre, de la nécessité de proposer une offre globale, ce secteur est appelé à s'organiser, à s'internationaliser et à faire la part belle aux entreprises solides sur le plan financier. Ce qui ne veut pas dire que les PME compétentes - type Isotherma - n'auront plus leur mot à dire. Surtout si elles réussissent à se spécialiser et à trouver des partenaires complémentaires.

--(1) Organisme professionnel de qualification et de certification, Qualibat a qualifié à titre probatoire les entreprises suivantes : DBS (Ivry-sur-Seine), les Etablissements Poulingue et Cie d'Epaignes (Eure), l'agence parisienne du groupe rouennais Maes, Arnaud Auguste de Saint-Genest-Lerpt (Loire), les Etablissements Hanny de Melun (Seine-et-Marne) et Marisol, de Saint-Omer-en-Chaussée (Oise).

PHOTO : Le secteur du BTP attend avec impatience la montée en puissance du marché du désamiantage, où la réhabilitation représente la moitié du coût global.

Une qualification bientôt obligatoire

L'organisme de qualification et de certification du bâtiment Qualibat a présenté en février 1996 la nouvelle qualification professionnelle concernant le traitement de l'amiante en place (flocage et calorifugeage).

Cette qualification, qui porte le numéro 1513 dans la nomenclature des qualification Qualibat, est fondée sur des critères d'obtention particulièrement rigoureux (voir les cahiers détachables du «Moniteur» du 16 février, p. 327 et du 18 octobre 1996, p. 331). En particulier, l'entreprise est tenue de fournir, à l'appui de sa demande, des modes opératoires théoriques concernant les différentes phases d'exécution. Des audits, réalisés aux frais de l'entreprise et pour la plupart de manière inopinée, sont diligentés par Qualibat en vue de vérifier in situ l'application effective de ces modes opératoires. Sur ces bases, une seule entreprise est qualifiée à ce jour à titre quinquennal : le premier audit a été effectué lors de l'attribution, le second le sera dans les deux ans qui suivent, et le troisième dans le courant de la quatrième année. Quant aux six autres entreprises qualifiées (voir le cahier détachable du «Moniteur» du 20 décembre 1996, p. 219), elles ne le sont qu'à titre probatoire : la qualification, dont la validité est limitée dans ce cas à deux ans, implique la réalisation de deux audits (le premier à l'instruction du dossier, le second l'année suivante). Mais la véritable originalité de cette qualification réside dans l'intention affirmée des pouvoirs publics de la rendre prochainement obligatoire.

Encore faudra-t-il, pour que la détention de la qualification 1513 puisse être érigée en condition sine qua non d'accès aux marchés de traitement de l'amiante en place, que soient réunies deux conditions :

-d'une part, le nombre d'entreprises titulaires de cette qualification devra être suffisant (et en tous cas supérieur au quota actuel de sept) pour ne pas générer de distorsions de concurrence ;

-d'autre part et surtout, se pose un délicat problème de droit communautaire. En effet, le règlement intérieur de Qualibat dispose que ses qualifications sont réservées aux entreprises ayant leur siège en France. Il s'ensuit que toute qualification rendue obligatoire éliminerait du marché français, dans la spécialité technique correspondante, les entreprises des autres Etats de l'Union européenne, en violation flagrante de nos engagements communautaires.

Le problème devrait être résolu par la rédaction sophistiquée retenue par le texte réglementaire qui rendra obligatoire la qualification « traitement de l'amiante en place », au terme de laquelle serait obligatoire une qualification « délivrée par un organisme de qualification accrédité par le Cofrac ou par tout organisme d'accréditation européen membre de l'accord multilatéral European Accreditation of Certification ».

En clair : on devra aussi attendre l'accréditation de Qualibat par le Cofrac pour la délivrance de sa qualification 1513.

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