En direct

En Haïti, péripéties à l'ambassade de France
Si la reconstruction de l’ambassade a été délicate, le bâtiment achevé démontre de grandes qualités de conception et de construction. - © MICHEL DENANCÉ

Retour de chantier

En Haïti, péripéties à l'ambassade de France

Marie-Douce Albert |  le 01/02/2019  |  ArchitectureRéalisationsRénovation

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Architecture
Réalisations
International
Rénovation
Valider

La reconstruction de la représentation diplomatique à Port-au-Prince a demandé du temps et de la souplesse.

 

A remonter la chronologie chahutée de la reconstruction de l'ambassade de France en Haïti, on mesure combien il a fallu de pugnacité pour mener à bien ce chantier. L'anneau blanc et or qui abrite la nouvelle représentation diplomatique à Port-au-Prince a été livré en septembre dernier, soit huit ans après que la France a engagé le projet. Le puissant séisme qui avait dévasté la capitale haïtienne en janvier 2010 avait en effet ébranlé le bâtiment de l'ambassade et rendu sa démolition impérative.

Si le concours d'architecture a été rondement mené, retenant le projet porté par l'agence Explorations Architecture dès mars 2011 (lire notre article dans « Le Moniteur » du 28 décembre 2018, p. 22-25) , la suite de l'opération a été semée d'embûches. A partir d'une programmation de départ quasi idéale, les équipes de maîtrise d'ouvrage et de maîtrise d'œuvre ont dû faire des acrobaties pour trouver le montage opérationnel et la solution constructive adaptés autant à la situation du pays qu'aux contraintes budgétaires du Quai d'Orsay.

Coût exorbitant. Tandis que les demandes du ministère étaient revues à la baisse, l'agence Explorations Architecture abandonnait, elle, l'idée de doter l'édifice d'une ossature en métal et d'une façade en bois pour revenir à l'option béton. « Notre choix de départ découlait du traumatisme causé par l'effondrement de tous les bâtiments, dont le béton était de mauvaise qualité », se souvient l'architecte Marie Ferrari. Mais l'obligation de tout importer rendait le coût d'une structure légère exorbitant, alors même qu'une filière béton s'était reconstituée dans le pays.

Le projet a aussi pâti de la défaillance de l'entreprise générale en cours de chantier. Celui-ci a toutefois pu être mené à bien, et avec une qualité manifeste, grâce au savoir-faire et à l'implication de l'entreprise locale de gros œuvre, Kay Consulting, ainsi que de la société française Arfratec. Depuis 1992, celle-ci intervient sur tous corps d'état mais uniquement sur des opérations à l'étranger, pour le compte de différentes administrations françaises ainsi que pour l'ONU et l'Union européenne. Entre autres choses, les équipes d'Arfratec savent donc jongler avec les aléas de la logistique. Face au contexte de pénurie en Haïti, tous les acteurs du projet ont dû déployer des trésors d'imagination. Pour réaménager le jardin de l'ambassade et créer son patio central, les paysagistes de l'agence D'ici là ont su faire face à l'absence de véritable pépinière dans le pays et sont allées jusqu'à créer leur propre nursery de végétaux.

Maîtrise d'ouvrage : ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
Maîtrise d'œuvre : Explorations Architecture (mandataire) ; Terrell (BET structure) ; D'ici là (paysagistes) ; FI Ingénierie (fluides, VRD) ; CTN Architecture (reporting).
Entreprises : Kay Consulting, O Circonflexe Inc. (gros œuvre), Arfratec (lots techniques et architecturaux), ITI (sécurité), Antares (courants faibles).
Surface : 1 200 m² Shon.
Coût des travaux : 7,4 M€ HT.

Elle commande - « De la souplesse, mais dans le strict respect des règles »

 

« Si la volonté de départ était de reconstruire rapidement l'ambassade pour réaffirmer la présence française dans un pays frappé par une terrible catastrophe, mener ce projet à bien s'est avéré long et complexe. Dans la situation post-séisme, il était difficile d'évaluer ce qui pouvait être fait.

Le programme de départ était donc assez large. L'affinage des contraintes budgétaires comme les réponses démesurées reçues lors des premiers appels d'offres nous ont amenés à l'optimiser, tout en gardant l'esprit du concours. Nous avons dû à la fois faire preuve de souplesse et respecter des règles strictes. Malgré trois appels d'offres, des modifications importantes du projet et la défection, en cours de chantier, de l'entreprise de construction, toute l'équipe avait envie que le projet se fasse et qu'il se fasse bien, jusque dans ses moindres détails. Aujourd'hui, ce bâtiment est une réussite. »

Elle conçoit - « Arrêter en cours de chantier aurait été un immense gâchis »

 

« En octobre 2014, le chantier a enfin démarré, mais ce fut un faux départ.

D'emblée, nous avons eu du mal à communiquer avec l'entreprise générale canadienne et, quelques mois plus tard, cette société a disparu. A ce moment-là, son sous-traitant local pour le gros œuvre, Kay Consulting, avait entamé les fondations. Nous avions déjà surmonté tellement de péripéties que s'arrêter là aurait été un immense gâchis. Plutôt que de repartir à zéro, en lançant un nouvel appel d'offres complet, nous avons opté pour une solution un peu plus iconoclaste et traité de gré à gré avec Kay Consulting pour que le gros œuvre se poursuive. La coque en béton a donc été réalisée, en observant les réservations techniques que nous avions anticipées. Dans le même temps, un appel d'offres a été lancé pour les lots techniques et architecturaux. L'entreprise Arfratec, qui l'a remporté, a donc dû composer avec le “matériau” déjà en place. »

Il réalise - « S'approvisionner a été le principal problème »

 

« Lorsque nous avons découvert le chantier en 2016, le gros œuvre qu'avait réalisé Kay Consulting était d'une qualité exceptionnelle, même si des adaptations ont néanmoins été nécessaires. L'approvisionnement a été notre principal problème, en particulier parce que les gros cargos n'accostent pas à Port-au-Prince et que les chargements arrivent par caboteurs depuis Kingston, en Jamaïque. Nous avons aussi subi une grève des douaniers haïtiens.

Pour pallier ces retards, nous lancions toujours plusieurs opérations simultanément, pour passer de l'une à l'autre en cas de retard de livraison.

Pour tenir un certain rythme, nous avons, par exemple, assumé le choix de ne pas faire un montage à blanc, en France, des 72 poteaux et des 150 fermes de la charpente métallique. Cela aurait pris deux mois et demi.

Si le montage en direct s'est avéré “sport”, à l'arrivée, le bureau d'études Terrell n'a émis aucune réserve. »

Commentaires

En Haïti, péripéties à l'ambassade de France

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Dictionnaire du droit de l’urbanisme

Dictionnaire du droit de l’urbanisme

Date de parution : 02/2019

Voir

Isolation thermique durable des bâtiments existants

Isolation thermique durable des bâtiments existants

Date de parution : 12/2018

Voir

Le ravalement

Le ravalement

Date de parution : 12/2018

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur