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En Espagne, les accidents sur les chantiers se multiplient
Les employeurs espagnoles doivent faire appel à des travailleurs exerçant dans d'autres secteurs d'activité comme l'hôtellerie ou la restauration. - © ©Claus Mikosch - stock.adobe.com

En Espagne, les accidents sur les chantiers se multiplient

A.F. avec AFP |  le 11/10/2018  |  InternationalSécurité et protection de la santéAccidents du travailArtisan santé-sécuritéPénibilité

Alors que le marché de la construction redémarre lentement, le nombre d’accidents sur les chantiers a progressé de 13% depuis le début de l’année. Les syndicats de salariés y voient la conséquence de la réforme du travail votée sous le gouvernement de Rajoy, qui favorise les contrats courts.

En Espagne, la reprise du marché de la construction s’accompagne d’une recrudescence des accidents sur les chantiers. Selon les chiffres du ministère de l’Emploi, le nombre total d’accidents a grimpé de 13% de janvier à juillet, sur un an (38 543 contre 34 071).

Derniers exemples en date : le 18 septembre, à Madrid, l’écroulement d’échafaudages lors de travaux de rénovation du Ritz a provoqué la mort d’un ouvrier togolais et blessé grièvement deux autres salariés d’origine étrangère. Le 1er octobre, à Alicante, un ouvrier espagnol de 32 ans est « mort sur le coup, écrasé par une grande plaque de béton », rapporte la police.

 

"Le travail précaire tue"


Regroupée derrière un faux cercueil, une centaine de travailleurs ont manifesté en septembre devant le Ritz au cri de « le travail précaire tue ». Fernando Fernandez, conducteur de travaux de 41 ans, employé d’une multinationale et affilié au syndicat UGT, apporte un début d’éclairage à ce phénomène.

« Il y a de moins en moins de personnes expérimentées sur les chantiers. A cause de la crise, « de nombreuses professionnels qualifiés ont changé de secteur et maintenant que la construction redémarre, les entreprises embauchent n’importe qui pour un salaire infime », assure-t-il. La filière qui a perdu près de la moitié de salariés en dix ans (900 000) doit faire appel à des travailleurs d’autres secteurs (restauration, hôtellerie…) pour pallier un manque de main d’œuvre criant.

 

Rythme effréné 

 

Le nombre d’accidents mortels a également explosé : l’an passé, 80 ont été mortels, soit une hausse de 25% par rapport à 2016. Depuis janvier dernier, le syndicat Commissions ouvrières (CCOO) en a comptabilité 46. Ce net rebond fait suite à une forte chute de décès sur les chantiers, passés de 324 en 2008 à 80 en 2017.

« Le nombre d’accidents est reparti à la hausse » depuis 2013 « alors que le nombre de travailleurs a diminué », souligne Jose Luis Colomer, haut responsable syndical CCOO pour la construction.

Le syndicaliste observe une « relation de cause à effet très claire » entre ces accidents et la réforme du droit du travail de 2012 qui favorise la création de contrats d’un jour ou de quelques heures. Plusieurs salariés du BTP rapportent aussi que les rythmes de construction se sont accélérés. « Un chantier normal de construction de 100 logements qui avant durait 18 mois à deux ans se réalise maintenant en un an », indique Angel Ramos, topographe de 59 ans.

 

Guerre des prix


Selon Francisco Cuadrado, président d’un comité d’entreprise au sein de Vias y Construcciones (groupe ACS), « il y a une guerre des prix, les travaux se font avec beaucoup moins d’argent et beaucoup moins de travailleurs, dans un climat de pression ».
Les salariés syndiqués décrivent un système où les entreprises sous-traitent à bas prix à des entreprises sous-traitant elles-mêmes à bas prix. Ce que dément Pedro Fernandez Alen, le secrétaire général de la Confédération nationale de la construction (CNC) : « Avant 2006, il y avait de la sous-traitance en chaîne mais aujourd’hui ce n’est plus possible car la loi ne l’autorise plus ».


Selon Eurostat, l’Espagne se situait en 2015 au-dessus de la moyenne européenne pour les accidents mortels dans tous les secteurs, avec un taux d’incidence de 2,3 (pour 100 000 employés). Le pays, alors dirigé par Mariano Rajoy, était mieux placé que ses voisins, la France (2,57) et le Portugal (3,54).

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