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Le festival du zéro déchets de fin juin, à Paris, a abordé de nombreuses pistes et initiatives pour optimiser la gestion des déchets de chantier. - © © DR

Comment démocratiser le "zéro déchet" dans le BTP

Nohmana Khalid |  le 20/07/2018  |  EntreprisesRéglementationDroit de l'environnementRéglementation des marchés publicsDéchets de chantier

Concevoir autrement, faire des déchets des uns la ressource des autres... sont autant de pistes richement abordées lors du festival de l’association Zero Waste France. Coup de projecteur sur le réemploi dans le domaine de la construction.

Des déchets pas toujours visibles aux yeux de tous accablent le pays. A commencer par ceux du BTP, qui pèsent 247 millions de tonnes en moyenne par an dans la balance, soit plus de deux tiers du total, selon le ministère de la Transition écologique. Ce dernier a d’ailleurs affiché, lors de la présentation de la feuille de route pour une économie circulaire (EC), en avril dernier, son ambition de faire du parc des bâtiments la banque de matériaux des constructions futures, sachant que la loi de transition énergétique de 2015 impose au BTP de valoriser 70% de ses déchets à l’horizon 2020. Le secteur a donc intérêt à veiller aux déchets qu’il engendre.

L’association citoyenne Zero Waste France, qui milite pour la réduction des déchets et une meilleure gestion des ressources, entend aider les acteurs en ce sens. Elle a ainsi abordé la question du réemploi des matériaux de chantiers lors de la deuxième édition de son festival, organisée fin juin à Paris, et consacrée au changement de dimension du zéro déchet pour toucher tous les secteurs. Malgré les freins existants, la multitude d'initiatives et d'idées est prometteuse pour le secteur du BTP.

 

Pas de vision sur le gisement, des freins conjoncturels

 

Chantiers de construction, de rénovation, de déconstruction, de démolition, des surplus de commandes… sont autant de mines à exploiter.  Mais, « si on connaît les chiffres en gros sur les déchets du BTP, on n’en a pas forcément le détail, pointe Delphine Chouvet, fondatrice de l'association « Les Valoristes Bourguignons » qui emploie des personnes en insertion pour collecter et valoriser des déchets. Il est difficile de savoir la quantité de laine de verre ou de polystyrène jetée, empêchant ainsi d'avoir une vision sur le gisement de la ressource potentielle et, donc, de structurer des filières économiques pour les exploiter », déplore-t-elle.

La professionnelle constate que les entreprises ne comptabilisent pas la quantité totale de leurs déchets. Connaître leur typologie est encore une autre paire de manches... « Avec des carnets de commandes pleins actuellement, les grandes comme les petites entreprises sont confrontées à la pénurie de main-d'œuvre et bien occupées à gérer les urgences sur les chantiers ; la gestion des déchets est donc reléguée au second plan ».

Delphine Chouvet en a fait les frais lorsqu’elle a essayé d'approcher les artisans plaquistes, via les fédérations locales de la FFB et de la Capeb, pour leur proposer son service de collecte customisée de plâtre et plaques de plâtres. Elle a désormais décidé de changer son fusil d'épaule en travaillant plus en amont. Elle entend sensibiliser directement les maîtres d'ouvrage pour qu'ils prévoient la gestion et le réemploi des déchets de chantier dans les cahiers des charges, afin d’inciter les entreprises à se confronter au sujet. « Les élus sont assez emballés par notre offre de service qui répond à la fois à la problématique de l'insertion des personnes éloignées de l’emploi et à celle de la gestion des déchets », se réjouit la fondatrice des Valoristes Bourguignons.

 

Des professionnels du BTP multiplient les projets

 

D'ailleurs, les initiatives fleurissent pour mettre en relation l'offre et la demande de matériaux principalement issus de second œuvre (1) (lire notre dossier « Les plates-formes de revente de matériaux, auxiliaires de la chasse au gaspi »). Par exemple, après un passage chez Fayat et Vinci Construction, Késia Vasconcelos, a créé Backacia (ex-BatiPhoenix) qui se veut la marketplace du réemploi des composants de construction. Cette plateforme en ligne relie directement les maîtres d'ouvrages de gros chantiers franciliens afin que leur surplus de commandes et les produits provenant de chantiers de déconstruction trouvent, jusqu'à la date de leur mise en benne, des preneurs sur d'autres chantiers.

En région lyonnaise, des architectes ont créé Minéka, une association spécialisée dans la récupération de matériaux de chantiers encore viables et à fort potentiel de réemploi mais destinés à être jetés. Une fois stockés, ils sont revendus à prix bas pour les chantiers de professionnels ou de particuliers. « Nous travaillons par exemple avec Eiffage ou Léon Grosse », indique sa fondatrice Joanne Boachon. Selon elle, « la massification du réemploi n'est pas pour demain, mais pour après-demain - le temps que les filières s'organisent. Une forte volonté politique est également indispensable ».

Diplômé en architecture et formé auprès du collectif Encore Heureux de Julien Choppin - fervent défenseur d’une architecture durable -, Morgan Moinet a lancé Materiauxreemploi.com. Ce site propose une revue de presse sur toutes les questions liées au réemploi de matériaux. Le jeune professionnel développe actuellement aussi une offre de conseil sur ces sujets à destination de tout type d'acteur.

Autre initiative : R-use, entreprise de conseil et d’ingénierie en réemploi de matériaux de construction, fondée par deux ingénieurs en BTP qui ont plus de 10 ans d’expérience, l’un en maîtrise d’oeuvre et l’autre en maîtrise d'ouvrage. « Idéalement nous intervenons très en amont sur les projets comme assistant à maîtrise d’ouvrage. Cela nous permet d’orienter le projet vers des solutions de réemploi pérennes puis d’en assurer la mise en oeuvre en collaboration avec l’ensemble de l'équipe projet », explique son co-fondateur, Mathieu Paradas Arroyo.

Tester les matériaux à réemployer

 

Les freins au réemploi restent nombreux du fait de la diversité des acteurs, des chantiers, des matériaux, mais aussi en raison de la réglementation. Les matières à réutiliser doivent être validées par le bureau de contrôle dans un procès-verbal pour garantir leur qualité et leur couverture pour l’assurance décennale, signale des participants au festival. Elles sont donc souvent testées en laboratoire pour attester qu'elles répondent bien aux exigences des normes existantes, mais cela présente un certain coût.

Les guides techniques « permettant la reconnaissance des performances des matériaux réutilisés et réemployés », annoncés par le ministère de la Transition écologique et solidaire lors de la présentation de la feuille de route pour l’EC, pourraient peut-être accélérer la commercialisation des déchets de chantier…

 

Des réflexions sur le circuit des matières

Autre frein : le manque de réflexion et de mobilisation des acteurs ou encore la désinformation. « Les professionnels raisonnent en termes de rentabilité à court terme qui ne favorise par le réemploi de matériaux, pointe Clément Le Fur, coordonnateur SPS et membre du groupe local Zero Waste Cornouaille en Bretagne. Or, ils doivent réaliser qu'un matériau jeté est une ressource achetée perdue et donc une économie potentielle gâchée. »

Il en serait autrement s’il leur était possible de rapporter leurs déchets de matériaux aux fournisseurs lorsqu’ils vont en acheter de nouveaux, propose le professionnel lors d’un atelier de réflexion. « Les fournisseurs pourraient, eux, développer une gamme de produits de seconde main avec les matériaux immédiatement réutilisables. Ils remettraient le reste aux producteurs lors des livraisons. De quoi régler en partie les problématiques de stockage et de logistique liées au réemploi de matières. Les producteurs seraient ainsi incités à adapter la quantité, la qualité ou encore le conditionnement de leurs produits aux besoins réels des usagers afin de réduire la quantité de déchets finaux. » Car le meilleur déchet reste bien celui qui n'est pas engendré.

Lire notre dossier « Les plates-formes de revente de matériaux, auxiliaires de la chasse au gaspi »

Notes 

1. Les déchets du second œuvre pèsent 11 millions de tonnes annuelles, or seulement 35% sont réemployés ou recyclés, selon l’Ademe. Le taux de valorisation du gros œuvre et des déchets inertes est bien meilleur avec 61%.

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