En Asie, le coronavirus freine les grands travaux
Sur les 14 000 employés du chantier de la LGV indonésienne, 2000 sont des ressortissants chinois. - © KCIC

En Asie, le coronavirus freine les grands travaux

Lise Lévèque |  le 28/02/2020  |  AsieCoronavirusinfrastructureLigne à grande vitesseMatériaux

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Plusieurs médias rapportent les difficultés rencontrées pour mener à bien les projets de construction dans les pays d’Asie confrontés à l’épidémie. Entre pénurie de main d’œuvre et retard d’approvisionnement, certains chantiers sont à l’arrêt. Tour d’horizon.

Le BTP n’est pas épargné par le coronavirus. Surtout en Asie. Si l’épidémie a démarré à Wuhan, la capitale de la province chinoise de Hubei, plusieurs pays du continent asiatique et l’Australie en ressentent les effets. Leurs grands projets de construction sont retardés par les difficultés d’approvisionnement et le manque de main d’œuvre.

Hong Kong : 50 000 ouvriers licenciés

Le South China Morning Post fait notamment état du licenciement de 50 000 ouvriers du bâtiment à Hong Kong depuis que le coronavirus a frappé. Des renvois dus aux problèmes dans la chaîne d'approvisionnement causés par la fermeture d'usines en Chine continentale. Le syndicat Hong Kong Construction Industry Employees General Union estime aussi que les personnes encore en poste ont été réduites à travailler un ou deux jours par semaine.

Au delà des difficultés liées à la main d’œuvre, le secteur immobilier fait face à des obstacles d’approvisionnement des matériaux. Chow Luen-kiu, l'ancien président du syndicat, assure que l'impossibilité d'expédier à Hong Kong certaines pièces préfabriquées destinées aux lotissements a entraîné des retards dans les projets.

Le promoteur privé Chun Wo Construction Holdings a également déclaré que ses chantiers n'avaient pas pu reprendre comme prévu.
« Beaucoup de matériaux n'ont pas été acheminés du continent, comme les blocs de béton, et les usines en Chine n'ont pas totalement repris », assure Stephen Lee Ka-lun, le P-DG de la société.  Problème supplémentaire :
« en même temps, nous devons séparer les travailleurs sur les sites pour éviter qu'ils ne soient infectés les uns par les autres. Ce qui ralentira aussi le rythme ».

Indonésie : la LGV dans la tourmente

En Indonésie, le président Joko Widodo fait de l'amélioration des infrastructures du pays une priorité de son second mandat. Avant sa réélection l'année dernière, il avait reçu un investissement chinois dans le cadre du « One belt one road, OBOR » (« les Nouvelles routes de la
soie »). Ce vaste plan d'infrastructures lancé par la Chine à travers le globe est estimé à plus d'un trillion de dollars américains. Il implique la construction d’un réseau de chemins de fer, de ports et de ponts à travers 70 pays.

Or l’épidémie de coronavirus perturbe la construction de la ligne à grande vitesse reliant la capitale (Jakarta) à Bandung, le projet phare de l'OBOR en Indonésie. D'une valeur de 6 Mds$, le chantier est affecté par les interdictions de voyager et de la suspension des expéditions à cause de l'épidémie de coronavirus, selon Radio Free Asia.

Des milliers de ressortissants chinois construisent actuellement cette voie de chemin de fer ainsi qu'un projet hydroélectrique dans la province de Sumatra Nord. Mais à cause de l'interdiction des vols en provenance et à destination de Chine par Jakarta, de travailleurs n'ont pas pu retourner en Indonésie après être rentrés chez eux pour célébrer le Nouvel An lunaire.

Le consortium qui construit la voie ferrée (PT Kereta Api Cepat Indonesia China, KCIC), devrait donc rater ses objectifs de construction, plusieurs centaines de travailleurs chinois sont absents, a déclaré le directeur Chandra Dwiputra, le 21 février.

« Beaucoup de ceux qui sont retournés en Chine ont des postes à des niveaux hiérarchiques élevés [ce sont les directeurs de projet, les gestionnaires, les ingénieurs et les consultants, NDLR]. Cela affecte la prise de décision ». Sur les 14 000 employés du chantier, 2000 sont des ressortissants chinois. L’entreprise envisage de les remplacer par des ouvriers indonésiens.

De plus, près de 50 % des matériaux utilisés, y compris les tuyaux, les matériaux d'étanchéité et les équipements de signalisation, sont fabriqués en Chine. Et plusieurs fabricants n'ont pas repris la production. « Le béton, l'acier et certains autres matériaux sont disponibles ici, mais la construction sera perturbée », a ajouté Chandra Dwiputra. « J'encourage les entrepreneurs à ajuster leurs plans en fonction des conditions actuelles ».

Mi-février, les autorités indonésiennes n’avaient signalé aucun cas de coronavirus (COVID-19), dont l'épicentre serait à Wuhan. Les perturbations du projet et d'autres questions commerciales liées à l'épidémie ont cependant incité la Banque d'Indonésie à réduire les prévisions de croissance pour 2020.

Sri Lanka : l'ile artificielle de Port City au ralenti

Au Sud de l’Inde, le Sri Lanka n’échappe pas non plus aux perturbations. L’Agence France Presse rapporte ainsi les propos du secrétaire de la Chambre nationale des industries de construction, Nissanka Wijeratne, qui assure que « les grands chantiers d'infrastructures financés par la Chine et qui emploient des Chinois se trouvent dans l'embarras ».

C'est le cas du projet gigantesque d'île artificielle de Port City, un chantier à 1,4 Md$ près de la capitale Colombo. Il avance au ralenti : un tiers des ouvriers chinois repartis dans leur pays pour les vacances du Nouvel an lunaire ne sont pas revenus.

Autre chantier affecté : l'ouverture de la plus haute tour de communication d'Asie du Sud, érigée avec des capitaux chinois à Colombo, est retardée de deux mois.

Des contretemps qui arrivent alors que les « Nouvelles routes de la soie », rencontrent des résistances locales, en particulier au Sri Lanka où des contrats sont en cours de renégociation. Pékin est notamment accusé d'encourager un endettement massif et ingérable pour ces pays partenaires.

Australie : incertitudes sur les investissements dans les universités

Enfin, en Australie, alors que 100 000 étudiants chinois sont bloqués à l'étranger, certaines universités, dont l'université de Nouvelle-Galles du Sud et l'université du Queensland, sont en plein milieu de projets d'expansion majeurs qui pourraient être affectés par les restrictions de voyage. The Sydney Morning Herald affirme que le secteur universitaire envisage donc de retarder les travaux d'investissement. 

Vicki Thomson, directrice générale d’un groupe de huit universités, estime que le potentiel de report des projets de construction est « important ».
« L’une de nos universités est en train de créer un grand centre scientifique mais ralentit le chantier et étudie l'impact économique [de l'interdiction de voyager] » ajoute-t-elle.

Un autre établissement pourrait aussi reporter un projet de plus de 150 M$ dans l’idée de compenser, avec les économies réalisées, les recettes perdues ce semestre.

En 2017, 12 universités représentant 80 % des étudiants chinois avaient collectivement 1,47 Mds$ de biens en construction. Les développements les plus importants concernaient l'université de Sydney avec 318 M$.

Les restrictions de voyage s'appliquent jusqu'au 29 février. Les responsables médicaux du gouvernement ont indiqué qu'il était possible de les assouplir, sous certaines conditions. « Cela dépendra de la croissance et du confinement en dehors de Hubei en Chine continentale », a déclaré le 22 février le ministre de la santé australien, Greg Hunt.

Le gouvernement est également sollicité par un vice-chancelier du Queensland. Il lui demande d'apporter un soutien aux investissements dans les infrastructures éducatives après la suppression, l'année dernière, d'un fonds spécial de plusieurs milliards de dollars.

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