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En 2019, le port de Marseille expérimentera le gaz vert
Schéma du démonstrateur. - © © GRTgaz

En 2019, le port de Marseille expérimentera le gaz vert

Christiane Wanaverbecq (Bureau de Marseille du Moniteur) |  le 18/12/2017  |  EnergietransportBouches-du-Rhône

Un consortium d’industriels conduit par GRTgaz va expérimenter pendant trois ans un démonstrateur d’un mégawatt convertissant en méthane de synthèse l’excédent d’électricité issue d’énergies renouvelables. Baptisé «Jupiter 1000», le projet utilise la technologie «Power to gas».

Ce lundi 18 décembre, les neuf partenaires du projet étaient présents sur la plate-forme Piicto à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) pour poser la première pierre de «Jupiter 1000». Ce démonstrateur d’une puissance installée de 1 MWe testera pour la première fois en France la technologie «Power to gas» à l’échelle industrielle. Construit sur une parcelle de 6 500 m2, il est aussi le premier à s’implanter dans Innovex, la pépinière conçue par le Grand Port maritime de Marseille pour accueillir des activités liées à la transition énergétique.

Déjà expérimentée en Allemagne, la technologie «Power to gas» consiste à convertir et à stocker de l’électricité d’origine renouvelable sous forme de gaz. A Fos-sur-Mer, l’énergie utilisée sera d’origine éolienne. «Les installations éoliennes et solaires produisent de l’électricité, mais pas toujours quand les consommateurs en ont besoin. Or, avec la transition énergétique cette production d’origine renouvelable sera croissante dans les années à venir. Pour exploiter tout ce potentiel et ne pas saturer les réseaux électriques, la question de la valorisation des excédents est capitale. Leur conversion en gaz est une solution très prometteuse car elle permet de stocker des volumes d’énergie très importants sur de longues périodes» explique Patrick Prunet, directeur du projet «Jupiter 1000» chez GRTgaz.

Recyclage du CO2

La technologie a l’autre avantage d’explorer une nouvelle voie de recyclage du CO2 émis. L’exploitation du démonstrateur, qui doit être mis en service en 2019 après un an de construction, utilise les surplus d’électricité renouvelable pour produire de l’hydrogène par électrolyse de l’eau. L’hydrogène peut ensuite être combiné a du CO2 capté à la sortie des cheminées d’industriels présents sur le site. Ce processus dit de méthanation génère alors du méthane de synthèse, neutre en carbone, qui peut être injecté en totalité dans les réseaux de gaz existants. «Mis au point par le CEA, le dispositif aura une puissance installée de 500 kW. Ce sera la première fois qu’on testera la méthanation à cette échelle», précise Patrick Prunet.

Ce gaz renouvelable alimentera les industriels présents sur la plate-forme Piicto. «Nous allons recycler tout le surplus produit par les éoliennes, le transformer en gaz puis l’injecter dans les réseaux. Il y sera stocké ainsi que dans des zones souterraines. Nous avons en France une capacité de stockage de 130 TWh, soit un tiers de la consommation annuelle de gaz en France», ajoute Patrick Prunet.

Fiabilité technique et économique

Pendant trois ans, GRTgaz et ses partenaires vérifieront la fiabilité technique et économique du dispositif. La période de test servira notamment à vérifier le comportement du réseau de gaz. Les industriels consommateurs du gaz vert produit par «Jupiter 1000» seront impliqués pour mesurer l’impact de cette nouvelle énergie sur le fonctionnement de leur usine. «L’ambition du projet est de mettre en œuvre à l’échelle industrielle une installation innovante de production d’hydrogène et de méthane de synthèse. L’enjeu est de faire émerger une nouvelle filière de production de gaz renouvelable d’ici à 2030», rappelle-t-on chez GRTgaz.

Coordonné par GRTgaz qui assure l’ingénierie et l’intégration d’ensemble, «Jupiter 1000» mobilise les compétences de neuf partenaires: McPhy pour l’électrolyse, Atmostat et le CEA pour la méthanation, Leroux&Lotz pour le captage de CO2, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) pour la fourniture d’électricité. La CNR conduira par ailleurs l’installation à distance. RTE traitera les données électriques. Enfin, GRTgaz et TIGF géreront l’injection dans les réseaux de gaz qu’ils exploitent. Le Grand Oort maritime de Marseille est le neuvième membre du consortium. C’est lui qui a réalisé les terrassements, les accès et l’amenée des réseaux. Pour cet investissement de 3 millions d’euros, il a bénéficié de cofinancements de l’Etat et des collectivités locales.

30 millions d’euros

Ce montant est compris dans les 30 millions d’euros mobilisés par le projet «Jupiter 1000». GRTgaz le finance à hauteur de 40%. Un autre tiers est pris en charge par ses huit partenaires à l’intérieur du consortium. Les 30% restants sont financés par l’Etat dans le cadre du programme d’investissement d’avenir, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Ademe.

Pour Fos-sur-Mer, qui accueille déjà des terminaux méthaniers, c’est le prolongement d’une histoire commune avec le gaz. En effet, outre «Jupiter 1000», le port a été retenu dans le cadre du projet européen de recherche appliquée H2020 pour étudier avec treize autres partenaires le recyclage des gaz industriels d’Arcelor Mittal vers le site de Covestro sur la plate-forme Piicto et ainsi fabriquer des intermédiaires chimiques rentrant dans la composition de plastiques.

945 MW: puissance installée en énergie solaire en région Paca à fin 2O16; 3 6OO MW à horizon 2O3O.

5O MW: puissance installée en énergie éolienne en région Paca à fin 2O15.

12 ha: superficie occupée par la pépinière Innovex.

1 2OO ha: superficie occupée par Piicto dont 6O% ouvert au développement.

32 45O km: longueur des canalisations enterrées possédées et exploitées par GRTgaz en France (1 466 km en Paca).

28: nombre de stations de compression possédées par GRTgaz pour acheminer le gaz entre fournisseurs et consommateurs.

Caractéristiques techniques

Production d’hydrogène prévue pour 1 MW électrique: 2OO m3/h, soit 17 kg/h d’hydrogène.

Production de méthane de synthèse prévue pour O,5 MW soit 25 Nm3/h.

Consommation d’eau moyenne à plein débit: 2OO l/h.

Débit dans le réseau de GRTgaz au point d’injection prévu: supérieur à 4 5OO Nm3/h.

Mélange dans le réseau de gaz: 2 à 6% d’hydrogène, à ajuster selon les contraintes des consommateurs.

Les partenaires présentent les différentes composantes industrielles du projet:

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