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Emploi Un « chantier de femmes »

DOMINIQUE LE ROUX |  le 04/06/1999  |  LogementsEntreprisesFormation

Quatre femmes -conducteur de travaux principal, architecte, contrôleur technique et chef de programme- sont réunies sur une opération de construction de logement social menée à Saint-Denis. Ambiance sur le chantier et constat d'une timide féminisation des emplois dans le BTP.

« Lorsque nous effectuons le tour du chantier, les compagnons rigolent », reconnaissent-elles. Elles s'en amusent, conscientes de l'effet que peut produire sur les hommes le fait qu'un chantier soit dirigé par quatre femmes. Le machisme du BTP, toutes l'ont vécu et leur expérience professionnelle est nourrie d'anecdotes. « Monter en jupe sur une échelle n'est pas recommandé. Il est clair que nous faisons attention à la façon dont nous nous habillons. Le chantier est un milieu d'hommes », rappellent-elles, plaisantant entre elles des calendriers de femmes nues présents sur la quasi-totalité des chantiers.

Prouver ses compétences

« C'est la première fois qu'une telle coïncidence se produit », relate Catherine Salomon, chef de programme au Logement français, maître d'ouvrage de l'opération (74 logements, 30 millions de francs). «Le fait d'être quatre femmes change le rapport de force sur le chantier. Généralement, face aux hommes, nous devons faire davantage pour prouver notre compétence et asseoir notre autorité. Sur ce chantier, cela n'a pas été nécessaire». Un avis partagé par Monique Chedru, contrôleur technique chez Veritas depuis 1987 (ingénieur ESTP 1982) et par Anne-Brigitte Soria, architecte diplômée depuis 1972. «Je suis plus calme sur ce chantier», avoue la première, «Les rapports sont plus simples», complète la seconde. Sur la conduite technique du chantier, en revanche, «cela ne change rien», assurent-elles, menant ce chantier comme si de rien était, en professionnelles expérimentées.

Son diplôme d'ingénieur de l'Ecole centrale de Lille en poche, Sylvie Obora est embauchée en 1989 comme conducteur de travaux par Bouygues Habitat (qui intervient en qualité d'entreprise générale sur le chantier). Aujourd'hui conducteur de travaux principal, elle ne pilote plus en direct les chantiers mais supervise le travail de plusieurs conducteurs sur différents chantiers (elle en suit actuellement trois, dont notre «chantier de femmes»). Elle observe une évolution. «Au début, il n'y avait pratiquement pas de femmes conducteurs de travaux. C'est plus fréquent aujourd'hui», affirme-t-elle. Surtout, à cursus équivalent, elle estime «qu'une jeune diplômée a autant de chance d'être embauchée qu'un jeune diplômé. Au début, explique-t-elle, il y a toujours une période de test sur le chantier avec les chefs de chantier. Vous devez prouver votre compétence. Au début, les gens rigolent, ensuite ils acceptent.» «Une fois votre compétence reconnue, complète Monique Chedru, les gens ne nous voient plus comme une femme mais comme un professionnel parmi d'autres.»

Là aussi, la féminisation des postes progresse. «Il y a douze ans, j'étais la deuxième femme contrôleur technique chez Veritas. Nous sommes plus nombreuses aujourd'hui», observe Monique Chedru, aujourd'hui ingénieur d'affaires.

Une lente progression des mentaliltés

Un jugement tempéré par Anne Brigitte Soria, dont la profession est certainement celle qui accueille le plus de femmes. «Il demeure plus difficile d'être conducteur de travaux que médecin. L'image de métier physique qui reste attachée au BTP bloque encore l'accès de certains postes aux femmes. Cela ne se justifie absolument pas pour certains métiers. Une fille peut très bien être peintre ou électricien. L'évolution des mentalités est somme toute assez lente. Dans certains corps d'état (charpentier, carreleur, couverture), la présence de femmes sur les chantiers est encore mal acceptée.» «C'est vrai, ajoute Catherine Salomon. Lorsque nous conduisons une opération en corps d'état séparés, je constate que certaines spécialités acceptent plus mal que d'autres la présence d'une femme.»

Les vieux réflexes demeurent donc. Mais à en croire les indicateurs sociaux de la Fédération française du bâtiment, le nombre de femmes présentes dans le secteur progresse. 9,5% des cadres et 45% des Etam du BTP sont des femmes en 1997 (contre 7,5% et 40% en 1984). L'évolution est inverse sur la population ouvrière (1,2% de femmes en 1997, 1,4% en 1984). Le chantier demeure un milieu d'hommes.

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L'équipe dirigeante de ce chantier du Logement français à Saint-Denis (de gauche à droite) : Anne-Brigitte Soria, Monique Chedru, Catherine Salomon, Sylvie Obora.

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