Entreprises de BTP

Electriciens, ambassadeurs des enjeux énergétiques ?

L’exercice de prospective à l’horizon 2018 auquel s’est livrée la Chambre Syndicale des Entreprises d’Equipement Electrique de Paris et sa région, le 1er octobre pour la 30ème édition de son colloque, a permis de rappeler aux entrepreneurs que, pour être les acteurs majeurs sur les marchés de demain, ils devront très vite s’adapter.

Dessiner les contours du métier d’ici 2018, à travers plusieurs visions de personnalités de la filière, tel était l’objectif de la CSEEE pour ce rendez-vous anniversaire. Parler d’avenir alors que l’économie tourne au ralenti peut paraître paradoxal. Mais les marchés qui s’ouvrent aux électriciens, notamment ceux issus de l’efficacité énergétique, sont d’une telle ampleur, que l’optimisme était plutôt de rigueur. Et ce n’est ni Alain Maugard, ex Président du CSTB et Président de la section Risques, Sécurité, Sûreté du conseil général de l’environnement et du développement durable, ni Bertrand Fabre, Directeur des rédactions du groupe Moniteur, tous deux témoins des évolutions, qui allaient démentir l’arrivée de nouveaux marchés et de leurs opportunités. « Même si la consommation de fuel va se poursuivre pendant encore de nombreuses années, l’électricité, notamment pour ses qualités écologiques, va prendre une place croissante à la fois dans le bâtiment, mais aussi dans les transports », précise Bertrand Fabre. Pour Alain Maugard, le fait que ce soit le premier congrès sur la projection du métier dans 10 ans est significatif d’un mouvement irréversible : « on a l’intuition que l’on va vivre une mutation dans le bâtiment. Côté énergétique, on sort d’un mode bi-polaire pour passer à un monde futur hybride. Cela plaide pour un système global énergétique et je ne pense pas qu’il existera de systèmes ne comprenant pas d’électricité ». Une bonne nouvelle pour la filière, d’autant que l’évolution tend à l’optimisation des systèmes laissant une large place à de l’automatisme. Le secteur va devenir high tech.

Des secteurs porteurs
Autres domaines d’activité porteurs dans le logement et le petit tertiaire : la domotique et l’accessibilité et le maintien à domicile. « La France est très en retard en matière de domotique, elle arrive derrière l’Italie et très loin derrière l’Angleterre et l’Allemagne, précise Gilles Schnepp, Pdg de Legrand. 25% seulement des opérations de domotique sont réalisées en rénovation. Par ailleurs, des fonctions nouvelles apparaissent, comme la distribution audio-vidéo qui, par exemple aux Etats-Unis, représente une fois et demi le marché de la climatisation. C’est dire l’importance du potentiel qu’offre la domotique, qui devrait connaître une croissance à deux chiffres d’ici 2013 ». Tout ce qui concerne l’accessibilité et le maintien à domicile s’inscrit dans la même tendance, vieillissement de la population et réglementations obligent. Un marché de valeur ajoutée où l’installation est facturée le double par rapport à une installation classique.

Anticiper pour rebondir
Une énergie omniprésente, des bâtiments qui stockeront leur production d’électricité pour la consommer, des technologies nouvelles… Bref, le monde de l’électricien change et il faudra qu’il s’adapte. « Je suis très optimiste pour la filière qui pourrait plus que jamais devenir un acteur majeur dans l’économie », estime Bernard Vadon, Président du Serce (Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique). Un sentiment partagé par le Président de la CSEEE, Emmanuel Gravier, qui soulève cependant le problème des compétences humaines. « Malgré la situation économique morose, la hausse des prix et le durcissement des demandes des donneurs d’ordre, nous arriverons toujours à relever les défis techniques. Mais avec qui ? Alors que le niveau des compétences ne cesse de baisser et qu’il est difficile de motiver les jeunes, comment répondre à des marchés pointus et à des clients qui veulent du résultat et des services». Et le Président d’encourager ses collègues à se former et former leur personnel.
L’adaptation additionnée à la qualification, c’est aussi la solution défendue par Alain Maugard. «Changer, c’est toujours embêtant, mais il s’agit de le faire pour être encore plus fort dans la filière ».
Pour Eric Pilaud, Directeur général du groupe Schneider Electric, la filière électrique n’a pas pris sa place sur le plan médiatique au niveau de l’efficacité énergétique ; il milite donc pour qu’elle se fasse mieux connaître. Il reste cependant très confiant : « les solutions technologiques actuelles et futures nous rendront plus compétitifs. Il faudra proposer des offres en réponse à des besoins, installer des systèmes évolutifs, des routeurs d’énergie… ».
La mutation des marchés va offrir aux entreprises d’équipement électrique de très belles opportunités, mais aussi entraîner une redistribution des cartes. Les électriciens de sont pas les seuls à réfléchir sur leur avenir, d’autres corps d’état le font aussi ; il y aura une recomposition autour du second œuvre et du tiers œuvre, comme le pense Alain Maugard. Et si les entreprises veulent passer sans casse ce virage, elles vont devoir très vite s’y préparer.

Frédérique Vergne

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