En direct

Elan : le bâtiment n’est pas une industrie!
Jean-Claude Martinez, président de la Mutuelle des architectes Français (MAF) - © MAF assurances – Photographe : Laurent Thion

Point de vue

Elan : le bâtiment n’est pas une industrie!

le 06/09/2018  |  RéglementationDroit de la constructionLogement socialLoi ElanLoi Elan et architectes

Jean-Claude Martinez, architecte et président de la Mutuelle des architectes français (MAF) plaide, auprès des élus, des maîtres d’ouvrage et des entreprises, pour une présence constante de l’architecte tout au long du processus de production du logement social, de l’intention première à la réalisation.

Le projet de loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan) se trompe de voie. La volonté du gouvernement de construire plus, mieux et moins cher consiste à dérèglementer le logement social pour faciliter sa production par les grandes entreprises. A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté les principales mesures du texte dont l’enjeu est le logement des Français. Un logement adapté à l’évolution des familles et à leur solvabilité, à la maîtrise énergétique et à la réduction de l’empreinte carbone, au façonnage des paysages et… à l’innovation dans l’architecture. Les Français en seraient-ils désormais privés?

Le gouvernement estime notamment que les architectes ne sont plus indispensables pour mener les projets de construction à leur terme. Ainsi, l’intérêt public de l’architecture se limiterait maintenant au permis de construire. Au dessin d’architecture. C’est un mauvais calcul. Le chantier n’est pas un accessoire de l’architecture. Il est une étape de la conception. Un retour d’expérience qui nourrit l’innovation. Une source d’inspiration. Un temps de dialogue avec l’entrepreneur. Un moment pour guider la main de l’ouvrier.
Toute volonté de cloisonnement entre la conception et la réalisation est destructrice des métiers du bâtiment. Sur le chantier, l’architecte concepteur n’est pas un frein pour l’entreprise exécutante. Ni un surcoût pour le maître d’ouvrage. Il est le garant de la qualité d’un ouvrage de plus en plus complexe.

 

Des cibles faciles…

 

Rappelons à nos élus que le bâtiment n’est pas une industrie, mais le résultat d’un travail d’équipes renouvelées à chaque opération, dans un environnement toujours différent. Aussi magique qu’il puisse paraître, le BIM ne viendra pas à bout de l’adaptation permanente des procédés constructifs sur le terrain. Car il n’existe pas de modèle de bâtiment unique répondant à toutes les situations. La spécificité de la mission du concepteur est donc aussi dans l’orchestration sur mesure de chaque opération. Jusqu’à son terme. Elle résulte d’une parfaite connaissance des métiers de la construction et du respect de chacun. Et si des architectes réduisent parfois eux-mêmes leur mission au permis de construire, c’est que ces conditions sont souvent ignorées. Ces architectes ne veulent plus être des cibles faciles sur des projets sur lesquels ils n’ont plus de prises. La MAF connaît bien les dérives qui résultent de telles situations associées à des budgets trop restreints. L’assurance construction y est trop souvent sollicitée au motif d’une fausse solidarité entre constructeurs.

Alors que faire? Ce n’est pas en achetant massivement leur production de logements à la promotion privée que les bailleurs sociaux parviendront à maîtriser les prix et les délais de construction. Ni même qu’ils amélioreront la qualité d’usage des logements. C’est bien au contraire en demeurant maîtres d’ouvrage de cette production qu’ils en développeront l’expertise.
Et dans ce combat, les concepteurs sont, plus que jamais, leurs alliés indispensables.

Commentaires

Elan : le bâtiment n’est pas une industrie!

Votre e-mail ne sera pas publié

Emmanuel

06/09/2018 12h:34

Pour que les architectes soient à la hauteur de leurs responsabilités sur les chantiers, il est indispensable de revoir leurs formations. Les connaissances techniques sur l'ensemble des disciplines sont nécessaires pour un bon discours avec les entreprises sur les chantiers et sur ce sujet les jeunes architectes ne sont plus former.

Votre e-mail ne sera pas publié

Valerien1

06/09/2018 13h:47

excellent, il faut que l'archi concepteur soit aussi réalisateur, c'est la seule façon de faire évoluer ce metier vers plus de technicité et donc de compétences et ainsi d'augmenter le champ des possibles créatifs!

Votre e-mail ne sera pas publié

Georges

11/09/2018 09h:22

Au fond, cet article pose la question de la place des architectes pour les besoins des chantiers. Dessinateurs ? Maîtres d'oeuvre ? Il semble que cette dernière notion soit plus globale qu'architecte, laquelle se borne aujourd'hui de plus en plus au "dessin". Une vraie formation technique permettrait déjà de consolider leur rôle tant en conception qu'en exécution. Or, la réalité démontre que sur ce plan il reste beaucoup à faire, et que la place est de plus en plus occupée par les BET et les contrôleurs techniques.

Votre e-mail ne sera pas publié

Z

19/09/2018 12h:47

Le risque principal de l'éviction de l'architecte des chantiers c'est d'avoir de plus en plus de "poussière sous la moquette" ! Projets vite et mal conçus, traités à des prix indécents, et générant des mises en œuvre hasardeuses pour pouvoir livrer dans des délais inadaptés, le tout rendant impossible de garantir qualité et pérennité des constructions. Où est passée la Loi LCAP et ses belles ambitions ?... La MAF doit aider les architectes à muscler un contrat de VISA ARCHITECTURAL permettant le cas échéant à "l'architecte de conception" d'être présent aussi souvent que nécessaire sur le chantier en étroite collaboration avec la "maîtrise d'œuvre d'exécution", et d'avoir les moyens de s'opposer à des mises en œuvre non conformes au projet architectural validé par le "permis de construire". Il faudrait également pouvoir mettre des limites aux "PCM" qui ne devraient pas permettre la dénaturation du projet initial sous la pression du maître d'ouvrage (ou du major...).

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Négoce 446 - Spécial TOP 100 de la distribution bâtiment-bricolage 2018

Négoce 446 - Spécial TOP 100 de la distribution bâtiment-bricolage 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 25.00 €

Voir

L'expertise immobilière en 50 fiches pratiques

L'expertise immobilière en 50 fiches pratiques

Livre

Prix : 65.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Aide-mémoire - Ouvrages en béton armé

Aide-mémoire - Ouvrages en béton armé

Livre

Prix : 35.00 €

Auteur : Dunod, Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX