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Efficacité énergétique : l’expérience allemande
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Efficacité énergétique : l’expérience allemande

Daniel Borja |  le 07/03/2013  |  EtatPerformance énergétiqueRéglementation thermiqueEuropeInternational

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Depuis le 1er mars, le gouvernement allemand a libéré des fonds pour un renforcement de l’efficacité énergétique, a annoncé l’agence allemande de l’Énergie (DENA). Objectif : aider au financement de la rénovation énergétique.

Le gouvernement allemand vient d’allouer des fonds supplémentaires aux actions qui visent l’efficacité énergétique.  Si le montant de cette aide n’est pas précisé dans le communiqué de l’agence allemande de l’Énergie (DENA), ses modalités le sont dans les grandes lignes : « les propriétaires de maisons et appartements peuvent bénéficier de subventions plus importantes et de meilleures conditions de crédit ». Ce renforcement vise vraisemblablement à encourager les initiatives des particuliers (amélioration des isolations, modernisation des systèmes de chaleur). D’ailleurs, les subventions pour ces actions sont passées de 7,5 % à 10 % des dépenses nécessaires. La banque fédérale d’investissement KfW a mis en place un nouveau programme de prêts pour soutenir l’installation de systèmes de chauffage modernes à base de sources renouvelables qui comprennent le solaire thermique, la biomasse et les pompes à chaleur. Les demandes se font auprès des banques locales. Dena a d’ailleurs publié un « Guide de la Maison Efficace », pour aider et former les particuliers à ce programme.

Une approche basée sur 3 piliers

L’approche allemande en matière d’efficacité énergétique repose sur trois piliers, mis en œuvre progressivement depuis 2002, autour d’une pierre angulaire constituée par le dispositif légal dénommé EnEV (Energieeinsparverordnung), élaboré à l’automne 2001 et entré en vigueur à partir de février 2002. Elle a, par la suite, connu des amendements en 2007 et en 2009, un troisième étant en préparation depuis l’automne 2012.

Premier pilier : réduire la demande d’énergie à travers un cadre légal contraignant, imposant des obligations d’amélioration de la performance énergétique des bâtiments.

Le second pilier consiste à proposer des incitations financières à travers des subventions et prêts pour réduire la consommation d’énergie dans l’environnement bâti à tous les échelons administratifs (fédéral, régional, municipal). À l’échelle fédérale, ces incitations sont proposées par la banque d’investissement publique KfW , avec un important soutien financier de l’État allemand.

Le troisième, enfin, s’attache à informer pour faire évoluer les comportements énergétiques, en travaillant avec les échelons régionaux et locaux, en développant des standards applicables au travers des diagnostics de performance énergétique, mais aussi en soutenant des projets pilotes sur l’ensemble du pays.

L’ordonnance EnEV se focalise en priorité sur les bâtiments (résidentiel, immeubles de bureaux, bâtiments agricoles…) en tant que principale source de consommation d’énergie. Elle impose diverses mesures au niveau fédéral.

Ainsi, les rénovations majeures de l’enveloppe d’un bâtiment (toit, murs extérieurs, fenêtres…) doivent obligatoirement la rendre 30 % plus efficace énergétiquement qu’à l’origine. La performance de l’isolation doit être systématiquement améliorée de 15 % minimum. Le chauffage, la production d’eau chaude, la ventilation et la climatisation doivent être améliorés pour inclure des systèmes efficaces énergétiquement ou des technologies renouvelables (le solaire thermique par exemple). Le remplacement progressif des énergies fossiles par des sources renouvelables doit permettre la réduction des émissions de CO2. Enfin, les diagnostics de performance énergétique sont rendus obligatoires et les diagnostiqueurs professionnels doivent être accrédités.

Uniquement sur la période 2006-2009, le programme KfW, à lui seul, a permis de rénover environ un million de bâtiments et de construire 400 000 bâtiments à haute efficacité. Le nombre d’emplois créés par le secteur a été évalué autour de 240 000 par an, soit un total de 894 000 sur quatre ans. Les volumes distribués en prêts et subventions entre 2004 et 2009 ont été chiffrés à 27 milliards d’euros, pour un investissement dans l’efficacité énergétique des bâtiments avoisinant les 54 milliards.

Le parc immobilier outre-Rhin est évalué à 39 millions d’unités dont environ 80 % construits avant 1979. Jusqu’à maintenant, le nombre d’unités rénovées selon le standard minimum imposé par la loi allemande est estimé à 9 millions, laissant entrevoir un potentiel immense autant en matière de développement économique qu’en termes de réduction des émissions de carbone.

Le dispositif  KfW

Outre les obligations imposées à travers la réglementation, l’une des raisons du succès de la politique d’économies d’énergie allemande est le rôle joué par la banque d’investissement publique KfW , qui finance très largement l’effort de rénovation du parc immobilier existant. C’est un dispositif très centralisé, tant dans l’instruction des opérations que dans la distribution des financements et la canalisation des subventions.

Plutôt qu’un financement direct, l’État fédéral injecte des fonds via la KfW qui finance des programmes négociés au préalable. L’Etat négocie les conditions de ces programmes, comme l’accès aux aides, la quantité de financement disponible ou la modulation des taux d’intérêts… Le programme phare de la KfW, nommé « Programme de réhabilitation carbone des bâtiments » a été supprimé en 2009 et remplacé par le programme « Rénovation éco-efficace » (Energieeffizient Sanieren). Dans ce cadre, la KfW propose des prêts et subventions, financés soit par les marchés financiers nationaux et internationaux, soit par des fonds publics injectés par le gouvernement fédéral. Les fonds collectés par la KfW sont ensuite prêtés aux banques, qui peuvent à leur tour proposer des « prêts KfW » aux particuliers.

À noter que le rôle du KfW ne se limite pas à l’efficacité énergétique. L’établissement financier intervient également en matière d’investissements dans les réseaux intelligents (smarts grids), qui ont eux aussi pour finalité l’optimisation des usages énergétiques, et aussi le financement d’installations de production d’énergie renouvelable, qu’il s’agisse de solaire ou d’éolien, deux domaines où l’Allemagne met les bouchées doubles. L’objectif des Pouvoirs publics est clair : les sources renouvelables devront représenter 35 % de la production nationale en 2020 et pas moins de 80 % d’ici à 2050. Actuellement notre voisin produit environ 20 % de son électricité à partir de sources renouvelables, sachant que cette proportion ne représentait que 6 % en 2000.

Innovations et efficacité énergétique

La recherche de l’efficacité énergétique stimule également l’innovation. À l’occasion du dernier congrès annuel de la DENA (agence fédérale allemande de l’énergie), différents modules ont été organisés sur des thèmes aussi variés que la thermique des bâtiments, le stockage de l’énergie ou encore les systèmes intelligents. Concernant le stockage de l’énergie, deux méthodes semblent se distinguer dans le paysage de la recherche technologique allemande. Elles ont toutes deux pour but de gérer le caractère intermittent des énergies renouvelables, pour une meilleure intégration de leur production dans le réseau électrique.

D’une part, la technique du "power-to-gas" consiste, lorsque les éoliennes et panneaux solaires produisent un surplus d’électricité au regard de la demande, à produire de l’hydrogène par hydrolyse grâce à cet excédent et à ainsi stocker l’énergie sous forme gazeuse dans des réservoirs (un exemple en est donné avec la centrale hybride de Prenzlau, dans le Brandebourg, gérée par la société Enertrag). D’autre part, la solution du "power-to-heat", ou stockage thermique à l’aide de pompes à chaleur, propose une utilisation innovante des pompes à chaleur utilisées par exemple pour chauffer les bâtiments. La filière allemande des pompes à chaleur se déclare prête à développer cette nouvelle activité.

Autre voie de recherche : des systèmes intelligents permettant de gérer de façon automatisée la consommation d’énergie, en particulier dans l’habitat domestique. Leur utilisation est promue notamment par l’intermédiaire de l’association Smarthome Initiative Deutschland (basée à Berlin), qui recourt en particulier au compteur intelligent. Plus au Sud, en Bavière, la société Entelios (basée à Munich) est un précurseur de l’utilisation en Allemagne d’un concept développé, entre autres, aux États-Unis et dénommé "Demand-Response". Il s’agit de mettre en place une automatisation de la délivrance d’électricité en fonction de la demande à l’aide de capacités de stockage.

Enfin, la régie municipale (Stadtwerke) de Norderstedt (Schleswig-Holstein, au Nord du pays), qui fournit de l’électricité, du gaz et de l’eau pour la commune, a développé différents programmes d’autogestion de l’électricité auprès de ses clients particuliers et professionnels. Ainsi, ces derniers peuvent choisir à tout moment de la journée la source et les paramètres de délivrance de l’électricité : origine renouvelable ou non, évitement des pics de consommation, etc.

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