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Ecoquartiers - Lille recycle son patrimoine industriel

Yannick Nodin |  le 15/01/2010  |  EnergieConjonctureArchitectureAménagementUrbanisme

En limite ouest de la ville, les emprises de deux anciennes filatures font aujourd'hui l'objet d'une reconquête urbaine. Le projet concilie la valorisation du passé industriel du site à des exigences environnementales poussées, sur les bâtiments comme dans les espaces publics.

Profiter d'un projet économique pour engager la reconquête d'un territoire de plus de 100 ha, à cheval sur les villes de Lille et de Lomme : c'est le pari lancé depuis bientôt dix ans sur les Rives de la Haute-Deûle. Le projet comprendra à terme 2 000 logements et plus de 150 000 m² de surfaces tertiaires, dont une bonne partie occupée par Euratechnologies, nouveau pôle dédié aux technologies de l'information et de la communication.

Friches dans la ville

Proche du métro, le site reste très marqué par la désindustrialisation. Ainsi, la fermeture des filatures Le Blan-Lafont à la fin des années quatre-vingt a affecté à la fois les bassins d'emplois et le fonctionnement de la ville alentour : « Ces '' châteaux de l'industrie '' rassemblaient autour d'eux les logements de leurs salariés, souvent dans des petites maisons en bande, explique Fabienne Duwez, directrice de l'aménageur Soreli, en charge de la ZAC des Rives de la Haute-Deûle. Lorsque les usines ont fermé, elles ont laissé à la fois d'importantes friches dans la ville et des îlots résidentiels non connectés entre eux. »
Autre legs de ce passé industriel : les deux imposantes filatures de briques et d'acier, sur lesquelles la Soreli a organisé en 2001 un marché de définition, portant sur leur reconversion en bureaux dédiés à Euratechnologies et remporté par l'architecte Vincent Brossy (voir encadré ci-contre).
« Avec Martine Aubry et le maire de Lomme Yves Durand, nous avons fait naître l'idée que l'on pourrait installer là, dans les ruines des filatures Le Blan-Lafont, le plus grand parc technologique d'Europe sur le e-business. Nous avons une centaine d'entreprises sur le site et 1 500 emplois créés depuis le 1 er janvier 2010, nous y sommes presque. Mais la volonté politique sur les Rives de la Haute-Deûle ne s'arrête pas à cette réussite économique. Nous avons aussi voulu faire émerger un projet urbain fort, prenant en compte la présence de l'eau et de la Deûle, avec des exigences sociales et environnementales poussées », raconte Pierre de Saintignon, premier adjoint au maire de Lille.
Après un premier projet défini par l'urbaniste Patrick Germe sur la centaine d'hectares de terrains mutables que compte le site, Jean-Pierre Pranlas-Descours a finalement été retenu en 2005 sur un premier périmètre opérationnel de 25 ha. « L'épine dorsale du projet, c'est la reconnaissance de la Deûle, rivière canalisée au droit du site, dans sa dimension paysagère mais aussi en tant qu'espace public majeur reliant le futur quartier au centre de Lille. Il y a l'idée que les éléments et les bâtiments que l'on va mettre en place auront tous un rapport avec le canal », explique l'urbaniste. Pourtant en retrait de la voie d'eau, les bâtiments Le Blan-Lafont se sont ainsi vus offrir en 2009 une façade fluviale, grâce à une grande pelouse et un jardin d'eau totalisant plus d'un hectare et demi et étirés jusqu'aux rives.

Espaces publics piétonnisés

Cette « prise de site », première pièce achevée du projet, met en œuvre des principes, déclinés ensuite dans l'ensemble du quartier.
Un premier travail de couture urbaine, gommant les dysfonctionnements laissés par les friches, relie les franges du projet aux quartiers voisins, par le prolongement et la requalification des voies existantes. S'ajoutent des espaces publics largement piétonnisés : « Tous les stationnements liés aux entreprises seront logés dans des parkings silos, dont la construction sera lancée en 2010. Les opérations de logements disposeront de leur côté de parkings semi- enterrés, éclairés et ventilés naturellement », précise Fabienne Duwez. Des économies en perspective et surtout deux fois plus de place en surface pour les piétons et les cyclistes que pour les automobiles.

L'eau, facteur d'animation urbaine

Ce nouveau partage de l'espace public n'est pas sans intérêt : favorisant les mobilités douces, il permet de préserver la biodiversité, avec d'importantes surfaces enherbées, des zones humides reconstituées dans le jardin d'eau et plus de mille plantations en essences locales (frênes, aulnes, saules) dans le premier secteur opérationnel. Il libère aussi l'espace nécessaire à la gestion des eaux de pluie en surface : « L'eau qui tombe sur les toits des bâtiments d'Euratechnologies, sur la voirie ou les espaces publics est récoltée gravitairement par deux canaux creusés de part et d'autre des filatures, puis conduite vers un jardin d'eau qui assure son épuration et son rejet à débit maîtrisé de 2 litres/ha/seconde vers la Deûle », explique la paysagiste Anne-Sylvie Bruel, conceptrice des espaces publics de la ZAC. A cette fonction technique s'ajoute la volonté de profiter de l'eau comme facteur d'animation urbaine : promenades pavées sur les quais, rambla prolongée par un pont enjambant la Deûle, terrasses de cafés et restaurants sur la gare d'eau.
En contrepartie de ces espaces publics généreux, les 500 logements de la première phase, dont la plupart devraient être mis en chantier courant 2010, développeront une densité élevée, afin de limiter l'étalement urbain : plus de 136 logements à l'hectare sur l'îlot Coignet (Zig-zag architectes, promoteur : GHI) par exemple, avec des typologies allant de la maison en bande aux petits collectifs à R 3.
A cette compacité du tissu bâti viennent se greffer deux mixités. Des fonctions diversifiées tout d'abord : « L'idée est que l'on vienne habiter sur les Rives de la Haute-Deûle mais aussi y travailler, s'y divertir, accéder aux services de la vie quotidienne. Cela suppose une mixité de fonctions, que nous essayons maintenant de décliner à l'échelle de l'îlot, afin de créer une animation permanente dans l'ensemble du quartier », explique Eric Quiquet, président de la Soreli.
Une mixité sociale soutenue par l'action publique ensuite : « La moitié des logements construits sera à caractère social, que ce soit en accession aidée ou en locatif social, précise Yves Durand. Cette mixité se fera dans des bâtiments très performants sur le plan thermique : nous avons ainsi exigé pour chacun des logements une certification Habitat et environnement. » En la matière, priorité aux matériaux recyclables et aux économies d'énergie : « Dans notre opération, qui comprend 68 logements, dont 40 en BBC (bâtiment basse consommation), cela va se traduire par des panneaux solaires, qui contribueront jusqu'à 40 % de la production d'eau chaude dans les logements, par des menuiseries réalisées en bois plutôt qu'en PVC, par des toitures végétalisées ainsi que par une surisolation extérieure par laine minérale », explique Alain Cacheux, président du bailleur LMH (Lille métropole habitat) et adjoint au maire de Lille en charge des Grands projets. Un panel complet de solutions que les entreprises mettront en œuvre cette année avec les premiers chantiers de logements.-

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Fabriquer des plaques paysagères

« Plutôt que de découper des îlots au sens traditionnel du terme, j'ai proposé de fabriquer des espèces de plaques paysagères, programmées sur un ou deux niveaux, dans lesquelles on trouverait un certain nombre d'activités, de services, très modulables à terme, explique Jean-Pierre Pranlas-Descours, urbaniste-coordinateur. Les bâtiments peuvent s'y encastrer, s'y superposer, générant une coupe assez complexe avec des émergences de bureaux, de logements ou d'équipements publics. »

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Fiche technique

- Maître d'ouvrage : Lille métropole communauté urbaine.
- Aménageur : Soreli.
- Maîtrise d'œuvre : Jean-Pierre Pranlas-Descours, architecte-coordinateur ; atelier de paysages Bruel-Delmar, paysagiste ; FCID, maître d'œuvre déconstruction ; Isabelle Hurpy, BET Environnement.
- Surface : 25 ha pour la première phase.
- Programme prévisionnel : 152 000 m² Shon, dont 50 000 m² de Shon habitat, soit environ 500 logements ; 77 000 m² de Shon d'activités tertiaires, dont 52 000 m² hors réhabilitation ; 5 000 m² de Shon d'équipements (services publics ou commerciaux) ; 20 000 m² de surfaces mixtes pour équipements ou surfaces tertiaires.

Atrium bioclimatique pour l'ancien « château de l'industrie »

Pièce urbaine totalisant 24 000 m² de surfaces tertiaires dédiées à l'activité d'Euratechnologies, le bâtiment Le Blan-Lafont est aussi une reconversion exemplaire sur le plan environnemental.
« Ce sont des bâtiments d'ingénieurs, très flexibles, avec un plan libre obtenu grâce à leur structure mixte métal/maçonnerie. Ils sont aussi très bien construits : un siècle après leur réalisation, ils sont toujours impeccables », explique l'architecte Vincent Brossy, lauréat du marché de définition organisé en 2001 sur ces anciennes filatures.
Avec ses deux façades sud et ouest vitrées à 70 %, sur un linéaire de 150 m chacune, le bâtiment gère d'importants apports solaires directs.
Sans isolation supplémentaire, grâce à l'épaisseur de ses murs de brique (88 cm d'épaisseur en rez-de-chaussée), il est climatisé par convection naturelle, via un système de poutres froides. Eté comme hiver, l'atrium, qui relie les deux bâtiments, joue un rôle de tampon climatique, préchauffant l'air neuf ou le rafraîchissant.
D'une surface de plus de 2 000 m², avec 40 m de portée libre, cet espace couvert reste public. Il conforte l'ancrage urbain d'Euratechnologies, relié à la ville par les espaces publics extérieurs (parvis, jardin d'eau), par un café ouvert prochainement en front de pelouse sur toute la façade sud et par des activités commerciales qui seront développées au nord sur la place de Bretagne.

- Maître d'ouvrage : Soreli. - Maîtrise d'œuvre : Vincent Brossy, architecte (mandataire) ; BET Mizrahi et Iosis, OPC ; Socotec, bureau de contrôle ; Presents, sécurité. EProgrammation : bureaux (10 500 m²), auditorium de 350 places, centre de ressources multimédia, studio numérique, restaurant d'entreprise, espace d'exposition-scénographie couvert de 2 000 m². - Investissement : 40 millions d'euros. - Réalisation : livré fin 2008.

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L'action publique impluse la qualité urbaine - Fabienne Duwez directrice de la Soreli aménageur de quartier - Quels sont les objectifs de cette première phase du projet ?

Le site des Rives de la Haute-Deûle représente au total une centaine d'hectares, constituée en majorité de friches industrielles. Immédiatement, les élus ont souhaité contenir l'action publique à un premier secteur opérationnel de 25 ha, donnant le ton de la qualité urbaine voulue pour ce projet, et validant les démarches en termes de développement économique, de performances thermiques des bâtiments ou de montage d'opérations mixtes. Autre élément important : nous ne sommes pas sur un site vierge.
Le projet urbain doit apporter quelque chose aux populations en place. Cela suppose de mailler le territoire, pour relier le tissu existant au nouveau quartier et d'en valoriser au mieux les caractéristiques. Ici, le canal et le patrimoine industriel sont des éléments structurants du projet.

- Quels sont les effets de la conjoncture immobilière sur le projet ?

Pour l'instant, je n'ai pas encore observé de ralentissement sur les projets menés dans le périmètre de la ZAC. Je note que dans une conjoncture immobilière difficile, nous venons d'attribuer les droits à construire au promoteur Nacarat, pour un îlot mixte de 7 000 m², sans que les charges de cession foncière ou le niveau de performance thermique des bâtiments aient posé problème. En dehors du phasage des opérations, qui nous a effectivement été favorable, il y a des effets d'entraînement importants entre le développement économique et l'urbain. Aujourd'hui, les promoteurs ne réalisent que s'ils ont des perspectives de commercialisation intéressantes. Les 1 500 nouveaux emplois créés sur le site par Euratechnologies sont un véritable moteur pour le projet.

- Quelles sont les prochaines étapes pour les Rives de la Haute- Deûle ?

La première phase représentait initialement 150 000 m² Shon. Nous allons sans doute densifier un peu et la porter à 180 000 m². Les surfaces tertiaires des bâtiments Le Blan-Lafont sont commercialisés à 90 %.
En ce qui concerne les logements, tous certifiés Qualité et environnement, l'année 2010 marquera une étape importante puisque la plupart des 500 logements seront mis en chantier, exception faite des programmes sur la gare d'eau.
Le maillage du territoire devrait enfin progresser, avec notamment la réalisation d'un pont mobile sur la Deûle, dans le prolongement de la rue Canrobert, et l'aménagement de la voie des Saules, reliant le cœur du projet au quartier du marais de Lomme.

Propos recueillis par Yannick Nodin -

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