En direct

"Ecoquartier : pour sortir du flou" par Rodolphe Deborre

Rodolphe Deborre |  le 14/04/2009  |  Développement durableAménagementEnvironnementEnergies renouvelablesCollectivités locales

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Quartier
Développement durable
Aménagement
Environnement
Energies renouvelables
Collectivités locales
Europe
Santé
Energie
Architecture
Réglementation
Technique
Valider

Mot inconnu il y a encore quelques années, les "écoquartiers" sont à la mode. Presque tous les maires ont leur projet pilote.

Ces écoquartiers français voire européens ont pour dénominateurs communs une volonté manifeste de mettre en place des équipements écologiques. Ce foisonnement d’idées génère une grande diversité de projets, ce qui est plutôt positif.
Mais à peine né, ce vocable commence déjà à ressembler à un fourre tout. Alors qu’est ce qu’est ou devrait être un éco quartier digne de ce nom, et comment le concevoir ?

Ecoquartier = quartier

Comme son nom l’indique, un écoquartier doit être un quartier, c’est à dire une zone urbaine d’une taille minimale importante, une mini ville… Cela exclurait de facto certains ensembles de bâtiments tels BEDZED (1), pourtant l’un des éco bâtiments les plus performant au monde, qui ne recense qu’une petite centaine de logements et ne peut raisonnablement pas prétendre être un quartier. En effet, l’échelle de réflexion d’un quartier est avant tout urbaine : il faudrait pouvoir y naitre, y grandir, y vivre, y travailler, s’y déplacer, y faire ses courses, s’y faire soigner et y mourir en paix. Contraindre cette réflexion à l’échelle du bâtiment ou au niveau exclusivement technologique serait une vision très incomplète et vouée à l’échec.

Ecoquartier = éco
L’impact négatif des villes sur l’environnement mondial est considérable. La ville représente plus de 40% de la consommation énergétique mais aussi la vaste majorité de l’artificialisation des sols en Europe (50 000 ha / an) et produit des pollutions locales source de nouvelles maladies chroniques préoccupantes.
Ainsi concevoir un quartier dans le but de « seulement » réduire son impact écologique parait moralement très insuffisant. D’autant plus que toutes les technologies et méthodes pour bâtir des éco quartiers positifs sur l’environnement, c'est-à-dire réparant la planète au lieu de seulement moins l’abimer, existent et on déjà été mises en place ici et là.
Un écoquartier ou quartier positif pourrait donc être défini comme une portion significative de ville dont l’impact est positif pour l’environnement : il produit plus d’énergie qu’il en consomme, il stocke du CO2, il économise les ressources et génère des ressources renouvelables, il restaure la biodiversité et protège la santé, sur l’ensemble de son cycle de vie.

Ecoquartier : comment y parvenir ?
Les objectifs environnementaux étant sous entendus dans le mot écoquartier, cela laisse libre court à l’interprétation. Hélas, c’est ainsi qu’aujourd’hui 90% des éco quartiers n’en ont que le nom, se contentant parfois de panneaux solaires bien visibles pour faire passer pour écologique un quartier négatif. Si ces projets peuvent encore séduire le « béotien », cela ne devrait pas durer longtemps.
D’une part, les "béotiens" se raréfient en raison de la prise de conscience de la population. Et d’autre part, les durcissements des contextes économiques et réglementaires en rapport avec la protection de l’environnement rendront plus fréquents sinon systématiques des aménagements positifs : les faux éco quartiers se distingueront alors.

Comment donc ne pas se tromper dès aujourd’hui ?
La réponse est relativement simple : il faut analyser les impacts des quartiers conventionnels pour les réduire au maximum et produire ensuite des contributions positives. Un projet d’aménagement positif devrait ainsi suivre les règles majeures suivantes afin de réduire les impacts environnementaux français principaux et restaurer ces bilans écologiques :

- Un quartier positif doit être construit en priorité sur une surface déjà urbanisée : restructuration de centre ville, friche industrielle ou portuaire ; et doit permettre la recréation de trames écologiques redéveloppant la biodiversité en périphérie et au coeur des villes
- Un quartier positif possède une densité élevée ET agréable. Un binôme complémentaire urbaniste/paysagiste est indispensable à cet égard.
- Cette densité lui permet de créer un quartier vivant et mixte sur le plan fonctionnel (commerces de proximité, 1 emploi pour 2 habitants), social (minimum de X% de logements sociaux) et générationnel qui diminue drastiquement le besoin de transports automobiles individuels.
Aujourd’hui, Un écoquartier n’a pas forcément des voitures électriques. Mais un écoquartier a forcément environ 4 fois moins de voitures individuelles.
- Sa densité lui permet également le succès de la mise en place ou de l’extension d’un réseau de transports en commun
- Et bien sur, il est formé de bâtiments positifs puisqu’une ville qui a réduit drastiquement sa demande en énergie peut parvenir à la produire elle-même de manière renouvelable (2).

Ecoquartier : pour un label "officiel" simple !
Pour aider les développeurs de projet, il semble aujourd’hui nécessaire de disposer d’un label simple d’emploi, pérenne et aussi ambitieux dans ses performances environnementales.
L’Approche Environnementale de l’Urbanisme définie par l’ADEME ne peut pas aujourd’hui tenir se rôle car il s’agit d’une méthodologie tout à fait performante mais pas d’un label de performance. En revanche, une marque comme "aménagement durable" récemment définie par la Direction Régionale de l’Equipement de l’Ile de France s’oriente dans le bon sens avec une quinzaine d’indicateurs de performances simples à calculer. Reste à définir des niveaux à atteindre explicites, ambitieux et adaptés aux conditions locales qui doivent permettre à tout projet d’aménagement de devenir positif. Les niveaux de performances requis sont imposés par la pression environnementale mais ils devront être débattus et entérinés par les politiques nationaux et locaux.
Et rapidement, écoquartier = tout nouveau projet d’aménagement.

Rodolphe Deborre est directeur associé de BeCitizen

(1) Beddington Zero Emission District, ilot résidentiel éco conçu au début des années 2000 dans le sud de Londres par Bill Dunster.

(2) En fonction des conditions locales (topographie, latitude, altitude, exposition solaire et éolienne, climat, pédologie…)

Vous souhaitez publier un point de vue, écrivez-nous.

Commentaires

"Ecoquartier : pour sortir du flou" par Rodolphe Deborre

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Ajouter Le Moniteur à l'écran d'accueil