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Echirolles Un pôle sud pour l'agglomération grenobloise

ANNE CHATEL-DEMENGE, pierre delohen |  le 19/12/1997  |  TransportCollectivités localesArchitectureAménagementUrbanisme

- Passée de 2 200 habitants en 1945 à 34 500 en 1997, Echirolles, deuxième commune de l'Isère, peaufine un centre-ville créé de toutes pièces. - Les promoteurs privés viennent greffer leurs projets autour d'équipements publics et de loisirs. -La desserte par tramway sera allongée de 400 m à partir du 20 décembre, prélude à une future place centrale où pourrait trôner un nouvel hôtel de ville (voir détails p. 97).

Dans la banlieue grenobloise, Echirolles vérifie sur le terrain les tendances urbanistiques de cette fin de siècle : la ville centre d'autrefois, fortement symbolique au travers de ses fonctions traditionnelles - politiques, culturelles ou commerciales -, perd son pouvoir d'attraction. L'étalement urbain et la mobilité croissante des habitants se rejoignent pour estomper les frontières entre les communes, au profit d'une floraison de nouveaux microcentres d'agglomération.

A Echirolles, cette nouvelle démarche s'applique à une ville champignon qui a littéralement explosé après-guerre, jusqu'à devenir la deuxième commune de l'Isère. Dès les années 70, la question s'est posée de donner une cohérence à ce qui n'était que l'addition de quartiers hétéroclites, écartelés entre une voie ferrée et des voiries périphériques. Le tout, situé dans un environnement naturel contraint par les montagnes, où le terrain se fait de plus en plus rare. Par chance, les hasards d'un urbanisme non maîtrisé ont fait coïncider le coeur géographique de la ville avec une zone agricole de 40 ha.

La municipalité est aujourd'hui maître des deux tiers des terrains concernés. Elle y a ajouté les contraintes d'un cahier des charges très restrictif imposé aux promoteurs publics ou privés pour conserver la maîtrise de l'urbanisation. Entre-temps, elle avait eu tout loisir de modeler son projet de centre, un mélange soigneusement pensé d'habitat mixte (60 % de logements en accession, 40 % en location), d'équipements structurants et d'activités économiques.

Cette vision ambitieuse, marquée d'un très fort souci de qualité, s'est appuyée sur un tramway de nouvelle génération. Cet équipement, mis en service en mars 1996 et prolongé ce 20 décembre, rassemble progressivement autour de lui les ingrédients d'une nouvelle centralité. Aujourd'hui, outre une zone d'aménagement concerté (ZAC), Porte-Sud, en cours d'achèvement avec une résidence étudiante et 200 logements, la ZAC Centre accueille « La Rampe », salle de spectacle réputée au-delà de l'agglomération grenobloise, un pôle éducatif axé sur les nouvelles technologies avec le lycée Pierre-et-Marie-Curie, entièrement câblé, et son gymnase, et l'Institut de la communication et des médias (ICM), construit dans le cadre du schéma Université 2000.

Sur sept îlots de logements prévus, deux sont en voie de réalisation. Le tout gravite autour d'une place centrale conçue par l'urbaniste catalan Juan Busquets (encadré ci-contre). De quoi espérer que les activités économiques suivront, au-delà des quelques commerces de proximité et d'un « médicentre » qui ont déjà joué le jeu. Le complexe cinématographique de 2 700 places, inauguré en juin dernier par le groupe Pathé, attire déjà chaque jour 2 000 à 3 000 personnes.

Ce plébiscite en surprend plus d'un, dans un contexte banlieusard plus réputé pour son taux de chômage de 15 % et la proximité du quartier sensible de la Villeneuve-d'Echirolles, que pour ses espaces naturels et boisés qui occupent pourtant plus d'une centaine hectares sur l'ensemble du territoire communal.

Le centre-ville est indissociable du développement social des quartiers

« Pour essentiel qu'il soit, le projet de centre n'est pas censé capter la totalité des moyens de la ville. Nous l'avons conçu pour qu'il bénéficie à tous les habitants, et veillons à respecter une politique d'ensemble. Les efforts sur le centre-ville sont indissociables de ceux portant, entre autres, sur le développement social des quartiers, ou encore sur le village ancien », explique André Géry, architecte-urbaniste en chef de la ville (encadré « Le vieil Echirolles »). Sur un investissement annuel de l'ordre de 80 millions de francs, qui correspond au projet de ville général, la part du centre-ville s'établit entre 10 et 15 %.

Autre écueil sur le chemin du centre-ville, la difficulté d'y préserver la mixité de l'habitat. « Faute d'obtenir la programmation de prêts locatifs aidés (PLA) aussi aisément qu'elle le souhaiterait, la ville peine à maintenir sa volonté de mixité sociale, pourtant fondatrice du projet », explique Bernard Montergnole. Adjoint à l'aménagement urbain, il est l'un des neuf élus socialistes de ce fief acquis depuis 1944 au parti communiste.

Cette stabilité politique s'est révélée déterminante dans la montée en puissance d'un projet de longue haleine, très innovant, et qui ne fait l'objet d'aucune aide financière de la part de l'Etat, de la région ou du département, en dehors des équipements publics. Aujourd'hui, la ténacité des élus semble porter ses fruits. La Société dauphinoise d'habitat (SDH), organisme d'HLM qui possède à Echirolles, outre son siège social, 2 600 des 15 000 logements de son parc, a déjà réalisé plusieurs opérations sur le centre, et démarrera, début 1998, un programme de 91 logements PLA (prêts locatifs aidés) et PLATS (PLA très sociaux) sur l'îlot 4. Son directeur général, André Indigo, salue la « politique volontariste de la mairie, qui maintient une forte exigence de qualité architecturale sur la totalité des programmes ».

Les promoteurs privés suivent. Ainsi François Schmitt, P-DG de Résidences Bernard Teillaud, qui s'apprête déjà à construire 130 logements livrables en 1999 sur la ZAC privée Joliot-Curie, a également pris une option sur l'îlot 3 de logements prévu sur la ZAC Centre. Même son de cloche chez Bruno Blain, l'un des plus anciens promoteurs grenoblois. D'abord attiré par la pénurie de terrains enregistrée partout dans l'agglomération grenobloise, il constate que la qualité du centre commence à avoir raison des idées reçues sur une banlieue sensible.

Le prix - entre 8 800 et 9 200 francs le mètre carré TTC, contre une fourchette de 10 000 à 16 000 francs à Grenoble - y est aussi pour quelque chose. « Sans avoir encore investi un centime en publicité, nous avons déjà vendu les quatre appartements au dernier étage de deux immeubles de 13 et 19 logements réalisés sur la ZAC Centre, en copromotion avec le Crédit immobilier de Grenoble, alors que les travaux ne commenceront qu'en avril prochain », se réjouit Bruno Blain.

Sur le terrain, Maguy Raja, résidant à Echirolles depuis douze ans, se félicite d'avoir transféré, l'an dernier, son cabinet de psychothérapie du centre ancien de Grenoble au nouveau « médicentre ». Un transfert sanctionné par un doublement de sa clientèle, « grâce au tramway ».

Les centres-villes de la périphérie agissent comme des éléments d'équilibre

Et Didier Migaud, président de la Métro, communauté de communes de l'agglomération grenobloise, forte de 400 000 habitants, de s'en faire l'écho : « Les nouveaux centres-villes des communes de la périphérie agissent comme des éléments d'équilibre d'une agglomération. Ils créent des pôles de développement complémentaires de celui, généralement historique, de la ville centre. »

Collaborant depuis 1978 avec la commune d'Echirolles, Yves Chalas, sociologue, pose sur l'expérience le regard du scientifique... approbateur : « La démarche d'Echirolles s'est progressivement adaptée à une nouvelle réalité. Ici, on a su faire avec les coupures, avec l'étalement urbain, avec la mobilité. »

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Sur une superficie de 786,5 ha, Echirolles accueille 34 327 habitants contre 2 825 en 1946 et 6 144 en 1960.

29 % des Echirollois ont moins de 20 ans, 33 % de 20 à 40 ans, 26 % de 40 à 60 ans.

L'investissement moyen ressort à 80 millions de francs et les dépenses de fonctionnement (hors frais financiers) à 230 millions. L'annuité de la dette est de 55 millions de francs (30 millions en capital, 25 millions en intérêts).

La taxe professionnelle (TP) dont le taux est fixé à 23,09 % rapporte 98,8 millions de francs, soit 55 % des recettes fiscales directes. Entre 1975 et 1990, Echirolles a accueilli le plus grand nombre d'implantations économiques de l'agglomération, tout en détenant, depuis cette époque, le taux le plus élevé de TP. En 1997, les bases de TP ont enregistré une augmentation de 5,92 %, essentiellement imputable à de nouvelles implantations. Le taux de la taxe d'habitation atteint 6,55 %, soit le plus faible de France pour les communes comparables.

Le vieil Echirolles

La requalification du vieux village et son articulation avec le nouveau centre entrent dans le cadre du projet urbain global. Le noyau subsistant du bâti historique (l'église, la place du village et une vieille ferme rachetée par la ville) est implanté en pied de colline, sur une frange verte de 90 ha, dont 10 ha sont aménagés en base de loisirs depuis les années 80. Il est prévu d'y créer des cheminements piétons et des zones « 30 km/h », de requalifier la place et de choisir une affectation pour la ferme Giroud parmi plusieurs options : musée, lieu d'activités économiques, etc. Son jardin sera ouvert au public en 1998. La liaison avec le centre-ville par une trame de cheminements arborés privilégiera une image « verte ». Les études et les premières réalisations sont prévues pour 1998.

Un coeur de ville

La place centrale occupera 19 200 m2 (240 m x 80 m). Elle doit permettre au futur centre-ville de fonctionner comme un véritable coeur de ville. L'architecte-urbaniste Juan Busquets a tenu compte de la nécessité d'un démarrage rapide de l'aménagement, sans imposer l'arrêt de toutes les composantes du futur bâti, hormis l'Institut de la communication et des médias (ICM) et la définition des espaces publics.

Il lui a en outre semblé nécessaire de retenir la possibilité de substitution, en cours de réalisation, des éléments du programme bâti. La place, organisée en trois parties, concilie une fonction de représentation publique, avec la possibilité pour les habitants de s'approprier leur espace. Entre une zone à dominante minérale, destinée à l'accueil d'équipements publics dont le futur hôtel de ville, et un jardin équipé d'un grand bassin et de jeux d'eau, un espace pavé est aménagé (pose de bancs et plantations). L'ICM bordant la place d'est en ouest sera longé par une arcade pergola, traitée en promenade éclairée et plantée. L'ensemble, qui devrait être terminé d'ici à la fin de la mandature, engage à terme un investissement de 16 millions de francs, dont 6 millions déjà réalisés.

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ENTRETIEN GILBERT BIESSY « Bâtir un centre » Le député-maire d'Echirolles dissèque sa politique urbaine.

Quelle est votre grande ambition ?

gilbert biessy. L'enjeu est de taille pour une commune qui comptait 2 200 habitants à la fin de la guerre, et qui en compte 34 500 aujourd'hui. Le projet dominant consiste à donner à Echirolles, commune construite quartier après quartier, un centre qu'elle n'a pas. Nous sommes extrêmement exigeants avec tous les intervenants pour maîtriser cette opération que nous souhaitons de qualité - qualité architecturale, qualité de construction, qualité de vie - pour qu'elle réussisse à travers la mixité des habitants (location et accession) et des fonctions (équipements collectifs, commerces, etc.). Nous nous sommes donné le temps de la réflexion et les moyens de consulter la population sur une grande envergure : sur 22 000 électeurs, 19 000 ont répondu, dont 5 000 ont ajouté leur contribution propre.

Ce centre-ville peut également constituer le pôle sud de l'agglomération grenobloise.

Une agglomération de 400 000 habitants comme l'agglomération grenobloise ne peut vivre uniquement sur son hypercentre qui se trouve dans un lieu contraint par nature. Il est nécessaire de disposer de pôles secondaires. Dans les dix à quinze années à venir, le développement de l'agglomération grenobloise passera par le sud. Il est donc nécessaire d'y développer une force d'attractivité via ce nouveau centre, le prolongement de la ligne de tramway, les quartiers d'Echirolles-Mairie et Echirolles-Village 2, qui sont d'exceptionnels outils de structuration urbaine. En participation également avec Pont-de-Claix et ses 13 000 habitants.

Pour jouer ce rôle, le centre doit accueillir des équipements d'agglomération.

Ils existent déjà pour partie avec, pour la culture, la salle de spectacle « La Rampe » ou le multiplexe cinématographique qui drainent des spectateurs sur toute l'agglomération, et pour l'éducation, le lycée et l'Institut de communication et des médias. Nous nous sommes positionnés pour accueillir une antenne de la Sécurité sociale et une maison de la justice, par exemple. A terme, l'hôtel de ville, en liaison avec le projet de médiathèque, constituera une autre composante de l'attraction de ce centre.

Ce centre n'est pas votre unique projet urbain ?

Nous réfléchissons à un meilleur lien entre les quartiers, aux entrées de ville - au nord, en limite de Grenoble, comme au sud -, entrées que nous souhaitons marquer fortement, ainsi qu'à la réhabilitation du vieux village dans un environnement naturel de grande superficie avec la base de loisirs et les bois.

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