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E+C- à l'heure du bilan d'étape
A Strasbourg, la résidence en structure bois Sensations de Bouygues Immobilier (livraison au printemps 2019) atteint le niveau E2 C2. - © CHRISTOPHE BOURGEOIS

E+C- à l'heure du bilan d'étape

VIRGINIE PAVIE |  le 09/10/2018  |  BâtimentPerformance énergétiqueE+C-Vie du BTP

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Performance environnementale - Si la dynamique semble bien engagée, l’expérimentation laisse apparaître un déséquilibre : la baisse des consommations d’énergie est plus avancée que la réduction des émissions de carbone.

Lancée en novembre 2016 pour jeter les bases de la future réglementation énergétique et environnementale de 2020, l'expérimentation « Bâtiment à énergie positive et réduction carbone », également appelée E+C-, se poursuit sur tout le territoire. Ouverte à toutes les constructions neuves, elle propose d'appréhender les projets selon une méthode d'évaluation des performances basée non plus seulement sur l'énergie consommée, mais également sur le carbone émis.

Quatre niveaux de performance énergétique (E1 à E4) et deux niveaux de carbone (C1 et C2) sont fixés. Les seuils E1 et E2 marquent un progrès par rapport à la RT 2012, le niveau E3 est bien plus exigeant, et le E4 correspond à un bilan énergétique nul. Sur la partie carbone, le niveau C1 est une valeur d'entrée tandis que le C2 est beaucoup plus contraignant.

A ce jour, l'expérimentation a permis d'engranger des informations sur 244 opérations, portant sur 367 bâtiments, dont 114 d'habitat collectif, 228 maisons individuelles et 25 immeubles de bureaux (1). Ces données sont regroupées dans l'observatoire mis en place par la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP) et accessible sur le site du E+C- (2). D'autres opérations en cours de traitement devraient permettre de compter, d'ici à la fin de l'année, de 600 à 800 bâtiments évalués.

Un premier bilan montre que « près de 80 % des bâtiments se situent autour du niveau E2, ce qui correspond au niveau RT 2012 - 10 % pour le résidentiel et - 20 % pour le tertiaire, tandis qu'un cinquième s'approche du E3 ». Sur l'aspect carbone, « la majorité des bâtiments parvient au C1 mais peine à atteindre le C2 », rapporte Emmanuel Acchiardi, sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la construction à la DHUP .

Anticiper les futures réglementations.

Du côté des professionnels, une dynamique semble prendre, encouragée par les incitations financières de plusieurs appels à projets. L'expérimentation E+C- est saluée pour sa forme collaborative qui permet aux différents acteurs de coconstruire la future réglementation environnementale (RE) avec les pouvoirs publics. Aux yeux de nombre de maîtres d'ouvrage, BET et entreprises, il s'agit de continuer à anticiper les futures réglementations en s'appropriant le nouveau référentiel.

De 600 à 800 bâtiments auront été évalués d'ici à la fin de l'année

Grand Lyon Habitat a ainsi déjà inscrit trois opérations sur des appels à projets et étudie différents leviers d'actions possibles. Comme le note Eric Perron, son directeur de l'aménagement et du développement immobilier, « depuis 2017, toute la production neuve conduite en maîtrise d'ouvrage directe fait également l'objet d'une démarche de certification E+C- ».

De son côté, Drôme Aménagement Habitat affine sa stratégie (lire encadré p. 17) . « Au lieu de tester nos opérations en bois, plus performantes sur le plan carbone, nous avons candidaté sur notre produit standard : un bâtiment en béton isolé par l'extérieur, avec une très bonne performance énergétique et un bon confort d'été », explique Rubens Halepian, responsable du service projets. Autre exemple, celui de Bouygues Immobilier, qui a analysé avec Pouget Consultants 10 projets représentatifs de son activité, parmi lesquels « 50 % atteignaient au moins les niveaux E1 C1 », précise Olivia Conil-Lacoste, directrice développement durable du promoteur. Afin d'élargir la démarche, l'entreprise met sur pied un observatoire interne du E+C- en suivant une trentaine d'opérations tests, principalement des logements, à différents niveaux de maturité.

De nouveaux indicateurs à appréhender.

Les premiers retours d'expérience confirment une plus grande facilité à appliquer le volet énergie de l'expérimentation. Celui-ci poursuit la dynamique de la RT 2012 en mettant l'accent sur la réduction des consommations pour l'ensemble des usages, y compris l'informatique, l'audiovisuel ou l'électroménager, tout en valorisant le recours aux énergies renouvelables et à l'autoconsommation.

Sur la partie carbone, la difficulté vient à la fois de la nouveauté du sujet et des données environnementales nécessaires. Pour les BET, longtemps habitués à mesurer en kWh, il s'agit dé-et de se roder à l'analyse de cycle de vie (ACV). Les calculs s'appuient sur les données de la base Inies, qui comprend à la fois des fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) pour les produits de construction et des profils environnementaux produits (PEP) pour les équipements.

« Cette base Inies a beaucoup évolué depuis le lancement de l'expérimentation. Avant, lorsque nous réalisions des ACV, il nous manquait jusqu'à 80 % de fiches », rappelle Nathalie Tchang, présidente du BET Tribu Energie. Depuis, de nombreuses fiches ont été complétées et actualisées par les industriels. « Pour autant, nous ne disposons pas encore de toutes les données nécessaires et les calculs sont encore faits avec une majorité de valeurs par défaut, qui sont pénalisantes, regrette la responsable. Cela alourdit le bilan et rend difficile l'atteinte du C2 ».

Le stockage de carbone dans les bâtiments pourrait être pris en compte dans la future réglementation

Parmi les requêtes, figure aussi un périmètre des ACV plus précis et la levée de certains blo-cages, notamment pour les infrastructures. « Lorsque des places de parking sont imposées par un PLU, le référentiel permet de réduire l'impact carbone des sous-sols. De la même manière, quand un terrain nécessite des fondations profondes, il faudrait pouvoir bénéficier d'un petit droit à émettre », propose Rodrigue Leclech, responsable pôle construction du BET Pouget Consultants.

Dans le même temps, les études montrent l'importance du choix énergétique et de la compacité des bâtiments pour tendre vers le bas carbone. « Un grand ensemble compact est plus facilement classé C2 du fait d'une mutualisation des planchers et parois verticales. Il est intéressant de voir que le carbone, à travers l'économie de matière, rejoint ici l'optimisation financière », constate Nathalie Tchang.

Rééquilibrer le « E » et le « C ».

Pour faire encore progresser la méthode de calcul du « C », Hélène Genin, déléguée générale de l'association Bâtiment bas carbone (BBCA) demande un rééquilibrage de la valorisation de l'effort carbone par rapport à l'énergie et milite pour que soient pris en compte dans la future réglementation, le stockage de carbone dans les bâtiments et l'économie circulaire.

Pour Caroline Lestournelle, secrétaire générale du Syndicat national des fabricants de laines minérales (Filmm), « il faudra veiller à ce que les niveaux de la future RE soient fixés collectivement. Il y a un équilibre subtil à trouver entre énergie et carbone, ce dernier étant un sujet plus récent. »

Olivia Conil-Lacoste appelle de son côté à voir plus loin. « Il est important d'élargir la question de la performance, de se soucier de l'usage et de réintégrer l'humain dans le débat, tout en étant très ambitieux sur les grands défis que sont l'énergie et le carbone. Le travail à l'échelle des quartiers, sur l'expérience urbaine, la nature en ville et la mobilité font ainsi partie des pistes que nous explorons activement. »

(1) Données de la DHUP. (2) www. batiment-energiecarbone.fr

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