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Dominique Voynet veut aider les français a construire propre.

BERNARD REINTEAU, LAURENT MIGUET |  le 19/01/2001  |  SantéEnergieImmobilierCollectivités localesRéglementation

La construction de plus en plus convaincue par la qualité environnementale. La ministre de l'Environnement prépare un plan «environnement-santé- bâtiment» à destination des particuliers. Toute la filière construction- immobilier s'est déjà engagée à lutter contre l'effet de serre lors de travaux de rénovation des bâtiments. Dès cette année, des opérations expérimentales seront lancées.

La haute qualité environnementale sera-t-elle demain la démarche ordinaire de tout acteur de la construction ? Après les initiatives des maîtres d'ouvrage publics et privés, notamment lors de la construction d'établissements scolaires - le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais s'est distingué par ses lycées HQE -, c'est maintenant au tour des particuliers, propriétaires et locataires, de recevoir les attentions des pouvoirs publics. Andrée Buchmann, présidente de l'association Alsace Qualité Environnement et animatrice du groupe de travail « bâtiment et santé » au sein de l'Association HQE-Haute Qualité Environnementale, remettra en mars à Dominique Voynet, ministre de l'Environnement, un plan d'action en direction des propriétaires et locataires sur le thème « Environnement-santé-bâtiment ». Voulu lisible et articulé autour d'une dizaine d'axes « faciles à identifier et à traduire concrètement en termes de gestion des immeubles et d'amélioration de l'habitat », il devrait proposer, parmi les pistes évoquées par la chargée de mission, une sensibilisation des propriétaires et locataires à ces sujets ainsi que des moyens financiers, notamment fiscaux (voir encadré page ci-contre).

Les promoteurs-constructeurs et les HLM s'engagent aussi

Cet intérêt pour les démarches environnementales dans le secteur de la construction semble désormais partagé par tous les acteurs, que ce soit pour le neuf ou pour la réhabilitation. A la fin de novembre dernier, c'est l'ensemble de la filière construction-immobilier qui a signé une « déclaration d'intention pour le renouvellement de l'existant ». L'inventaire est impressionnant. Les investisseurs immobiliers (FNPC, FSFI, UNPI, FFSA), les maîtres d'ouvrage de centres commerciaux (CNCC et Epareca), les organisations professionnelles du bâtiment (CAPEB et Fédération française du bâtiment) ont rejoint l'Association des industriels des matériaux de construction (AIMCC) dans son initiative volontaire d'action pour renouveler le parc des bâtiments non résidentiels. Celle-ci repose sur la participation à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, et, par conséquent, portera sur la recherche de solutions thermiques performantes.

Cette déclaration, co-signée par l'Ademe et la DGUHC (direction générale de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction) du ministère de l'Equipement, a pour objet de trouver des solutions innovantes pour l'entretien, la démolition et la reconstruction.

Les maîtres d'ouvrage ont déjà inscrit une vingtaine de chantiers au programme des trois années à venir qui permettront de valider des solutions et des méthodes : les quelque 430 000 m2 de constructions à traiter permettraient de réduire les émissions de CO2 de 3 000 t par an. La question des surcoûts des chantiers, récurrente sur ce sujet, a été rapidement traitée : « On est capable d'être compétitif », a déclaré Patrick Nodé-Langlois, président de l'AIMCC.

La convention porte sur les études d'aides à la décision, les opérations de démonstration de solutions nouvelles ou innovantes, de mise en oeuvre de techniques performantes, d'action de formation... Elle donne droit aux financements de l'Ademe : 50 % des études d'aide à la décision, 30 % des opérations de démonstration et 20 % des opérations exemplaires.

Début novembre 2000 encore, c'est l'Ademe et l'Union nationale des HLM qui ont signé un accord de partenariat de trois ans sur l'amélioration de la qualité énergétique et environnementale des logements. Quatre volets sont abordés : la maîtrise des consommations d'énergie, l'amélioration de la qualité environnementale des bâtiments, le recours aux énergies renouvelables, et la modernisation de la gestion du patrimoine. L'accord cadre prévoit de réaliser des études préalables ainsi que des opérations de démonstrations et exemplaires qui donneront droit à la participation financière de l'Ademe.

Répondre à l'engouement pour l'environnement

Paul-Louis Marty, délégué général de l'Union nationale des HLM, liste ses trois priorités : les réseaux de chaleur, aujourd'hui peu compétitifs, la précollecte sélective des déchets, et l'économie d'énergie. Pour sa part, François Démarcq, directeur de l'Ademe, insistait sur la diffusion des principes de haute qualité environnementale auprès des bailleurs sociaux : prise en compte du cycle de vie des bâtiments, mise en oeuvre d'opérations expérimentales en matière de qualité de l'air intérieur et de formation des gardiens d'immeubles à la gestion des déchets...

Cette demande de haute qualité environnementale a provoqué un réel engouement. Un comptage rapide effectué à la fin de l'an passé par l'Ademe dénombrerait en France environ 150 chantiers dits HQE . « Nous sommes à un tournant important, explique Serge Sidoroff, ingénieur au cabinet d'études Carat Environnement. Le concept HQE devient populaire auprès de la maîtrise d'oeuvre et de la maîtrise d'ouvrage. »

En France, la démarche est essentiellement pilotée par l'association HQE qui compte aujourd'hui 43 adhérents et rassemble les principaux acteurs de la construction (ministère de l'Equipement, Ademe, maîtres d'ouvrage, bureau d'études, fédération d'entreprises). L'accélération de la demande l'a pris de vitesse et provoqué l'impatience de certains partenaires. Par exemple, Pierre Radanne, président de l'Ademe, qui n'a pas hésité à exposer ses remarques lors de l'inauguration du pavillon français à l'exposition «Bâtiment durable 2000» qui s'est déroulée fin octobre dernier à Maastricht : « Cette démarche HQE encourt aujourd'hui deux risques. Risque de technocratisation : la recherche de la perfection conduit à s'embourber dans un maquis de critères techniques. En second lieu, il y a un risque de dévaluation. Ce critère de HQE est attractif et peut être utilisé par n'importe qui pour valoriser n'importe quoi. Un processus de qualification des démarches me semble indispensable pour éviter la technocratisation et la dévaluation du concept. »

Le message semble avoir été reçu. Après son assemblée générale de la mi-décembre, l'association s'est restructurée et doit sortir dans les prochains mois le référentiel sur le management environnemental des chantiers qui permettra une description précise de ce concept et des chantiers qui pourront prétendre à un affichage « HQE ». Autres projets : une formation des architectes, des économistes de la construction, ainsi qu'une formation de formateur.

Dans les entreprises de bâtiment, les attitudes changent rapidement. « Lors des journées de formation sur l'environnement, remarque Christophe Gobin, responsable environnement chez GTM Construction, tous les jeunes cadres s'étonnent : pourquoi n'a-t-on pas fait ça plus tôt?» Avec des centres techniques européens et d'autres entreprises de construction, Christophe Gobin participe aux réseaux d'échanges européens sur ce thème.

Exemple : Presco, un réseau d'information animé par le Centre scientifique et technique de la construction belge qui regroupe une quinzaine de participants (www.etnrecy.net) et diffuse les pratiques environnementales en construction. Autre lieu d'échanges : le CRISP, animé par le Centre scientifique et technique du bâtiment de Sophia-Antipolis et qui a pour objet de définir les indicateurs du développement durable en construction.

A l'échelle mondiale, la diffusion des connaissances est assurée par le Green Building Challenge (www.eren.doe. gov/buildings/gbc2000/). Cet organisme propose aussi une méthode d'analyse environnementale des constructions, utilisée pour choisir les projets présentés lors des rencontres biennales comme celle de Maastricht en 2000. Cette dernière édition a marqué la tendance à la réhabilitation en alternative à la démolition, à l'utilisation courante des énergies renouvelables (solaire thermique, photovoltaïque), et à la remise en cause du « tout technologie » (recours à la ventilation et l'éclairage naturel). Si les moyens évoluent, les objectifs demeurent : améliorer la qualité de construction, réduire la consommation d'énergie et réduire les émissions polluantes.

Une dizaine de mesures pour propriétaires et locataires

Le secteur diffus de l'immobilier accrochera son wagon au train de la haute qualité environnementale. Cet objectif justifie la mission confiée le 30 octobre dernier par Dominique Voynet, ministre de l'Environnement, à Andrée Buchmann. Animatrice du groupe de travail «Habitat et Santé» au sein de l'association Haute qualité environnementale, la militante des Verts ne prétend pas tout réinventer. Elle mise sur « l'association de dispositifs déjà existants et de mesures nouvelles, dans un plan cohérent et lisible » qu'elle soumettra au ministre après les élections municipales.

Andrée Buchmann annonce une dizaine de mesures jouant sur deux registres : les unes concernent la sensibilisation des propriétaires et des locataires ; les secondes s'attachent aux moyens financiers, et notamment fiscaux. L'objectif de lisibilité repose sur l'idée d'un guichet unique, à l'échelle des communes.

« L'un des problèmes consiste à savoir comment arriver au propriétaire privé : spontanément, les locataires ou propriétaires du secteur diffus s'adressent à la mairie, même si les questions concernent les affaires sanitaires et sociales ou la préfecture ».

Andrée Buchmann a senti une forte attente dans les milieux qu'elle a sondés dans le cadre de sa mission, qu'ils proviennent de la construction, de la santé, de l'immobilier ou des consommateurs.

« Jusqu'ici peu présent dans le domaine de la construction environnementale, le ministère de l'Environnement détient une forte légitimité pour rendre le dialogue possible, compte tenu de son caractère transversal », conclut Andrée Buchmann.

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