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DOMINIQUE PIN « Construire les outils des nouvelles filières de traitement des déchets »

bernard reinteau |  le 25/06/1999  |  UrbanismeRéglementationDroit de l'environnement

Pour bien définir les modes de traitement ou adapter les équipements aux réglementations, la Fédération nationale des activités du déchet et de l'environnement, présidée par Dominique Pin, soutient une démarche fondée sur le pragmatisme.

La Fnade s'exprime depuis des mois sur la modernisation du système de gestion des déchets. Que recouvre cette démarche ?

DOMINIQUE PIN : La politique de gestion des déchets, aux plans national et européen, a connu des changements significatifs. Un effort d'adaptation est nécessaire pour que les outils de traitement s'accommodent de cette nouvelle politique européenne. On a pris conscience que c'était une telle évolution dans la perception des déchets qu'il y a un coup de collier à donner.

Sur quel concept reposent ces adaptations ?

Sur la mise en évidence d'une complémentarité des traitements : la valorisation matière, puis la valorisation biologique, l'incinération avec récupération d'énergie - en évitant les nuisances - et, pour les déchets qui n'ont pu subir ces étapes ou pour les résidus de ces étapes, la mise en décharge. On a donc une succession de filières pour lesquelles il faut construire, adapter les outils. Parler de modernisation, c'est développer cette nouvelle approche.

Cette approche permet-elle d'intégrer le déchet dans une démarche industrielle traditionnelle ?

En système libéral, le déchet est un non-produit. Quand on fait du recyclage, on s'aperçoit que les techniques sont onéreuses et que le produit recyclé coûte souvent plus cher que la matière vierge. Il faut des incitations pour accompagner l'aspect coercitif de la réglementation. Les dispositifs correcteurs jouent ce rôle.

Lorsqu'une volonté politique s'exprime fortement, cela donne lieu à des débats passionnés...

Si l'on veut progresser, il faut un aiguillon ! Mais la Fnade sait aussi reconnaître - certains lui reprochent parfois cette impartialité - que ce qui a été fait en matière d'environnement et de gestion des déchets, depuis la création du premier ministère de l'Environnement, est positif. Ce que l'on peut constater, c'est que la ligne d'ensemble a été maintenue malgré les clivages politiques. Parfois, on donne des « coups de volant » un peu trop brutaux. Ainsi, l'intervention de madame Voynet, l'an passé, était sans doute utile pour rappeler la nécessité d'éviter un surdimensionnent des usines d'incinération, mais il est fâcheux que cela ait été interprété comme une condamnation de la valorisation énergétique, présentée comme hégémonique alors qu'elle traite moins de 15 % du gisement global des déchets banals (et moins de 30 % des déchets municipaux). Ce dont nous avons besoin désormais, c'est de stabilité réglementaire. Car, plus on avance vers les étapes ultimes de cette modernisation, plus les investissements seront lourds, et moins il faudra se tromper dans les choix. Les erreurs coûteront cher à la collectivité.

Il faut prendre en compte les données économiques, mais aussi la demande des citoyens

Il faut les faire coïncider. Il ne faut pas qu'il y ait une tendance qui consiste à dire que le recyclage est l'unique voie à privilégier. De même, il n'a jamais été question d'incinérer 100 % des déchets. Il y a un compromis à trouver. Et il faut aussi savoir que, à côté du gisement d'origine ménagère, il y a les gisements d'origine industrielle et commerciale. Il faut se préoccuper de ces déchets et les prendre en compte pour dimensionner les équipements.

Vous êtes favorable à des équipements d'incinération de grande dimension alors qu'émergent des solutions plus compactes. Soutenez-vous ce type d'équipements ?

C'est tout le problème de l'in- novation. Pour des choix d'équipements lourds, nous n'avons pas le droit de prendre un risque avec l'argent du contribuable. Un prestataire dira à l'élu d'une commune ou d'un syndicat : vous engagez votre commune pour vingt-cinq ans, alors optez pour la sécurité. La sécurité, ce sont des techniques éprouvées et maîtrisées. Et on sait qu'on atteint l'optimum économique à partir d'une certaine taille. En outre, ce qui coûte cher, c'est ce qu'il y a autour du four : le traitement des fumées, les installations de récupération d'énergie. Avec un équipement de 30 000 t/an, le coût à la tonne sera prohibitif.

Ce n'est pas à la collectivité locale de prendre un risque. L'Ademe (1) avait décidé de financer 30 % de l'investissement de la première unité pilote permettant de valider de nouvelles techniques. Mais ce n'est pas lors de l'investissement que la collectivité va être en risque, mais durant l'exploitation. Il faudrait plutôt une sorte d'assurance exploitation. En cas de dérive des coûts, l'Ademe les prendrait en charge.

Le récent sondage sur l'image de la collecte chez les Français montre une volonté de mobilisation. Vous devez en être satisfait ?

On a tous été surpris de voir comment a été acceptée cette évolution de comportement, notamment dans le domaine des collectes sélectives. Là où un bon service est effectué, là où le citoyen reçoit des comptes sur l'action engagée, le taux de contribution est tout à fait satisfaisant. Mais nous sommes désireux de voir se poursuivre l'effort d'information.

(1) Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.

PHOTO :

DOMINIQUE PIN est depuis deux ans président de la Fnade (Fédération nationale des activités du déchet et de l'environnement). Après une formation d'ingénieur à l'Ecole centrale, Dominique Pin est entré chez Sita en 1972. Agé de 52 ans, il est aujourd'hui directeur général de cette filiale déchets de Suez/ Lyonnaise des eaux. Il a ainsi, au sein de la même entreprise, suivi l'évolution récente du traitement des déchets.

La Fnade représente les prestataires de services, les fournisseurs, les constructeurs et exploitants d'équipements. Cette fédération regroupe quatre syndicats : le Syndicat national des activités du déchet (Snad), le Syndicat national des concepteurs et constructeurs des industries du déchet et de l'environnement (Snide), le Syndicat national du traitement de la valorisation des déchets urbains et industriels (SVDU) et la Chambre nationale des fabricants de matériels de nettoiement, de collecte et de traitement des déchets (Famad). Il est aussi vice-président de la Fédération européenne des activités du déchet (FEAD) (basée à Bruxelles).

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