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Dix façades, dix messages : Le siège de l'UEFA cadre le paysage

EMMANUEL CAILLE |  le 05/07/2002  |  ArchitectureAménagementTechniqueEuropeConcours

Très symboliquement, c'est une institution vouée au football européen qui ouvre notre feuilleton estival : dix façades remarquables, dix messages égrenés au long de l'été. Signe des temps ? La façade, ici, s'efface pour mieux révéler la grandeur du site.

Depuis trois ans, le siège de l'Union des associations européennes de football (UEFA) s'est installé en Suisse au bord du lac Léman, un peu avant Nyon, en arrivant de Genève. Suivant la route qui longe la rive, on aperçoit enfin le grand cèdre qui annonce le siège de cette puissante instance européenne. Mais on cherche en vain l'imposant bâtiment auquel ce genre d'institution - croit-on - prétend habituellement. C'est une vision plus grandiose qui s'offre à nous : celle des cimes enneigées du Mont-Blanc s'élevant au-dessus de la ligne bleue du lac. Si le regard se porte d'emblée vers cet horizon sublime, ce n'est pas uniquement pour sa beauté, c'est, qu'insidieusement, quelque chose nous y a guidés : depuis la route, une prairie s'étend sous le cèdre.

Tout au bout, reliée par de fines passerelles, une grande plate-forme semble flotter entre les hautes graminées en fleurs et le plan du lac. De part et d'autre de cette esplanade, deux petites boîtes vitrées symétriques. Ces deux pavillons rectangulaires cadrent latéralement le paysage que soulignait déjà l'horizontale du socle. Ils sont reliés dans l'axe longitudinal du plan par une bande de verre qui s'encastre dans la pierre de sol comme une fenêtre en longueur. Cet espace, qui met en scène le panorama exceptionnel du lac Léman, n'est autre que la toiture, cour d'honneur du siège de l'UEFA.

L'édifice conçu par l'architecte Patrick Berger prend ainsi le contre-pied des architectures ostentatoires de sièges sociaux ou institutionnels. A la péremptoire frontalité attendue, il oppose une mise à plat de la façade - la terrasse -, opérant un basculement qui révèle une autre frontalité : celle des montagnes qui se rapprochent ou disparaissent au gré des variations météorologiques. Mais le geste architectural ne se réduit pas à cela : une fois parvenu sur ce parvis en belvédère - cette façade accessible -, les jeux de cadrage avec le panorama se complexifient. La bande de vitrage au sol, partie supérieure de la verrière éclairant l'atrium intérieur, et les panneaux vitrés des pavillons latéraux créent une sorte d'effet kaléidoscopique : suivant l'angle de vision, les éléments du paysage s'y reflètent légèrement, prolongeant la ligne d'horizon ou le plan du lac. Le verre reste cependant transparent et, à travers l'intérieur du bâtiment qui reste perceptible, vue directe et reflets se superposent. Là où du verre platement réfléchissant eût réduit la relation au site à une banale répétition, les effets ici obtenus permettent de fondre le bâtiment dans son environnement sans détruire la figure unitaire de sa composition.

Un bâtiment encastré, absorbé dans le terrain

Avec ses trois niveaux, plus la terrasse, il ne dévoile pas son volume depuis la route. Invisible, sa façade d'entrée sur deux étages est séparée du champ de graminées par une allée encaissée. Il en est tout autrement depuis le lac si on arrive par bateau : l'édifice est en effet encastré, absorbé pourrait-on dire, dans la pente du terrain qui, de la chaussée, rejoint l'eau. Le point haut de sa toiture étant situé à la hauteur du regard d'un passant cheminant sur la route, le bâtiment depuis le lac ne dépasse pas la cime des arbres. Il manifeste sa présence par un jeu d'horizontales qui rappellent en écho la ligne blanchâtre des galets de la grève. Ces lignes sont les avancées des planchers et de la terrasse qui se prolongent en porte-à-faux. Les éléments verticaux de la façade, en retrait, sont constitués de grands cadres d'aluminium plein vitrage sans recoupements intermédiaires. Dans cette ombre, leurs éclats verts et bleutés évoquent les teintes de l'eau des berges, là où se reflètent les arbres. Par ses multiples réminiscences du paysage lémanique, le bâtiment en restitue l'image fragmentée et recomposée.

Lorsqu'en 1994, l'UEFA rassemble onze équipes d'architectes pour le concours international de son nouveau siège, les habitants de Nyon craignent pour l'intégrité de leur littoral. Certains projets proposant des tours de quatorze étages confirmeront leurs craintes. Symbole de pureté d'une Suisse immuable, le lac est pour eux un lieu sacré inviolable. La vue pittoresque (de l'italien « alla pittoresca » : « à la manière des peintres ») appartient au patrimoine identitaire des Suisses. On se souvient qu'avant de devenir une mode esthétique au XVIIIe siècle, la montagne était ce « pays affreux » que décrivaient les voyageurs. Avant les descriptions des écrivains, la métamorphose du pays en paysage est l'oeuvre des peintres qui ont disposé arbitrairement une fenêtre entre notre oeil et ce qu'il voit. C'est cette opération perceptive qui produit une vue. Modelant notre regard à notre insu, elle nous fait prendre pour naturel ce qui est artificiellement recomposé. A Nyon, Patrick Berger ne procède pas autrement. La façade existe bien : c'est le paysage, mais tel qu'il nous est donné à voir à travers le bâtiment.

Maîtrise d'ouvrage Union des associations européennes de football (UEFA).

Maîtrise d'oeuvre Auteur : Patrick Berger, architecte. Construction : Francis Goetschmann, architecte. Direction architecturale : Patrick Berger, assisté de Jacques Anziutti, architecte. Ingénieurs structure : Ingérop (Vienne) et Perreten-Milleret (Genève). Ingénieur façade : Emmer Pfenninger Partner AG ( Muenchenstein).

Surface utile : 10 000 m2.

Coût des travaux : 32 millions d'euros (valeur 1994).

Livraison : 1999.

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