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Disparition de Georges Demouchy, paysagiste des villes nouvelles
Georges Demouchy, ancien président de la fédération française du paysage, emporté par une grippe le 30 mars - © © ENSP

Disparition de Georges Demouchy, paysagiste des villes nouvelles

Laurent Miguet |  le 08/04/2016  |  AménagementBouches-du-RhôneArchitecture

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Enterré le 5 avril à Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône), l’ancien président de la Fédération française du paysage Georges Demouchy aurait eu 70 ans le lendemain. Près d’un demi-siècle de complicité professionnelle et amicale l’unissait à Jean-Pierre Clarac, qui livre ses souvenirs.

Avec Georges Demouchy, les concepteurs paysagistes ont perdu l’homme qui a su tirer parti des turbulences des eaux méditerranéennes pour amener des jardins dans les villes nouvelles. Auteur de bassins d’orage traités comme des bois humides dont témoignent les pages que lui consacre Michel Racine dans son « Architectes de jardins et paysagistes de France » publié en 2006, le fils de viticulteurs bourguignons a passé la plus grande partie de sa carrière dans la maîtrise d’ouvrage : de 1974  à 2002, il a réparti la commande paysagère pour l’établissement public d’aménagement des rives de l’Etang de Berre.

Le laboratoire de l’Etang de Berre

« Comme chef d’orchestre, il a fait de ce site un laboratoire du paysage urbain, en jouant sur la transformation de la force de l’eau qui fertilise, au lieu de détruire et de tuer », témoigne son ami ariégeois Jean-Pierre Clarac qui l’a côtoyé dès le début des années 70. Après leur rencontre à l’ancien Centre national d’étude et de recherche sur le paysage, leur coopération se noue sur un autre site méditerranéen fondateur : « Ensemble et avec quelques autres, nous avons inventé le futur de Sofia Antipolis ». Le rapport à l’eau de Goerges Demouchy s’est également exprimé dans la planification de la vallée de la Durance, emblématique des fougues dévastatrices des rivières provençales. Il se prolonge aujourd’hui dans les recherches de sa fille Sylvie, géologue et chercheure au CNRS, dont les travaux portent sur l’eau dans la roche mère.

Du vin à l’eau

Du vin de Chablis aux flots méditerranéens, Jean-Pierre Clarac trace les lignes de continuité : le vin, comme le paysage, résulte de l’eau et du travail de l’homme. « Georges venait de Lignorelles. La mise en valeur cette appellation du petit Chablis suppose de l’ingéniosité ». L’ami parle en connaisseur : pour le mariage de Georges et Nicole Demouchy en 1975, il a joué le rôle de garçon d’honneur chargé d’ouvrir les bouteilles du cru millénaire 1947.

Inspirateur de la loi Paysage

De son père conseiller municipal, le paysagiste emporté le 30 mars par une grippe a gardé le sens de l’engagement collectif : président de la fédération française du paysage au début des années 90, il participe à la rédaction de la loi Paysage portée par Ségolène Royal lors de son premier passage au ministère de l’Environnement. « Son influence a porté sur le statut du paysage, jusqu’alors réservé aux riches : il a contribué à le définir comme un bien partagé, dans le prolongement de son travail dans les villes nouvelles », analyse Jean-Pierre Clarac.

Globe-trotter

Démis de ses fonctions à l’étang de Berre pour cause d’alternance politique, Georges Demouchy engage sa dernière quinzaine de vie professionnelle comme incarnation d’un savoir ambulant dans sa discipline. Expert pour l’association des villes nouvelles, il traduit en paysage la culture néo-calédonienne et apporte le french touch paysager aux métropoles brésiliennes ou japonaises. Sa générosité subjugue ses étudiants de l’école de Versailles et de son antenne marseillaise, qu’il a contribué à créer. Certains d’entre eux auront le privilège de profiter de ses talents de cuistot, près de la galerie de Saint-Chamas où il se plaisait à mettre en scène des morceaux des cultures du monde.

« Il a toujours aimé donner et partager. Il n’avait que des amis », s’émeut Jean-Pierre Clarac. Après le deuil, les amis de Georges vont lui consacrer une prochaine édition des « Carnets de paysage » de l’école de Versailles Marseille, sous la coordination du professeur Michel Viollet. A Saint-Chamas, ils veilleront sur la pérennité des trésors d’un globe-trotter paysagiste et d’un insatiable curieux.

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