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Disparition de Françoise-Hélène Jourda
Françoise-Hélène Jourda - © BRUNO LEVY/LE MONITEUR

Disparition de Françoise-Hélène Jourda

JACQUES-FRANCK DEGIOANNI |  le 02/06/2015  |  ProfessionArchitectureRhôneFrance entièreEurope

L'architecte Françoise-Hélène Jourda, née en 1955 à Lyon, est décédée ce 31 mai 2015. Elle était engagée de longue date en faveur du développement durable dans l'architecture.

Pionnière de l’architecture responsable, Françoise-Hélène Jourda (née en 1955 à Lyon) était surtout connue pour son engagement de longue date en faveur d’une approche constructive respectueuse des dimensions économique, sociale, environnementale et humaine du développement durable. On lui devait notamment une récente réinterprétation du modèle de la cité-jardin à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), ainsi que la réhabilitation de la Halle Pajol à Paris XVIIIe (2013).

Dans un entretien accordé au Moniteur en août 2013, elle regrettait pourtant que ce développement durable soit "si peu présent, de manière systématique et approfondie, dans le champ de la pensée architecturale et constructive, en neuf ou en rénovation. La volonté politique marque le pas. Les grands architectes ne s’en emparent pas. Le désintérêt semble à peu près total. Pourquoi ? Sans doute parce que le sujet est complexe et qu’il remet en question l’écriture architecturale même…"

Diplômée architecte en 1979, installée à Paris, elle était également enseignante en France et dans plusieurs écoles d’architecture en Europe. Seule architecte présente lors de l'élaboration du "Grenelle de l’environnement", elle avait été la commissaire du Pavillon français à la biennale d’architecture de Venise (2004). Elle avait été récompensée par les "Global Award for Sustainable Architecture" lors de leur création (2007) et avait également été reçue chevalier dans l'Ordre de la Légion d’Honneur en juillet 2009.

Chevalier, dans l'Ordre de la Légion d'Honneur...
Chevalier, dans l'Ordre de la Légion d'Honneur...

« Elle prenait soin d’elle et des autres »

L’architecte Anne-Flore Guinée, co-fondatrice de l’agence Guinée-Potin, a eu l'occasion de côtoyer Françoise-Hélène Jourda. Elle livre ici le portrait d’une femme élégante, radieuse et passionnée.

« Lors de ma collaboration en 1998, à l’atelier Christian Hauvette, dans le XIe arrondissement de Paris, avenue Parmentier, Françoise-Hélène Jourda arriva pour partager quelques temps les locaux, en dépannage. Elle s’installait alors définitivement à Paris avec sa famille et quittait son Lyon natal.

Une simple table, deux collaborateurs et une agence en son nom propre. C’était une femme radieuse, tonique, pleine d’entrain, menant son agence, sa famille, tambour battant. Elle semblait inébranlable et avait un regard acéré et vif, une femme « roc » dans une enveloppe élégante et menue. Toujours tirée à quatre épingles, maquillée, coiffée, elle portait des tenues ajustées et parfaitement taillées, avec des bijoux scintillants et colorés. Sa voix était haut perchée, flûtée, qu’elle ponctuait de petits rires. Elle donnait du pep’s à qui la rencontrait et sa vitalité était contagieuse. Elle prenait soin d’elle et des autres, malgré un emploi du temps surchargé, entre l’Allemagne et la France, demandée et reconnue par ses pairs internationaux et par les facultés d’architecture les plus prestigieuses. Elle y prodiguait des cours, des conférences et était très en avance sur le développement durable. Férue de culture anglo-saxonne et de savoir-construire, elle était très attentive aux matériaux utilisés et tempêtait souvent contre des confrères fameux qui utilisaient trop d’Inox à son goût.

Je me rappelle une grande interview dans le Moniteur où elle disait alors qu’elle était d’un ennui mortel pour ses voisins de table lors de dîners car elle ne sortait pas beaucoup, lisait quand elle le pouvait, n’avait pas d’autres loisirs en dehors de l’architecture et accordait peu de temps à ses amis. Sa sincérité et sa franchise m’avaient touchée, très loin des clichés en vigueur, où la femme « brillante » se devait d’exposer une vie  parfaite, jalonnée de succès, dans tous les domaines. L’exigence qu’elle portait à l’architecture lui prenait tout son temps qui était compté, minuté. Elle s’autorisait peu de choses en dehors de sa vie d’architecte.

Elle nous a quittés en nous laissant son savoir, son autorité, son talent et ses œuvres, qu’elle affectionnait tant. »

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