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Deux poutres-voiles de 35 m de portée

GUILLAUME DELACROIX |  le 03/01/1997  |  Gros œuvreCultureVerreBétonAcier

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LE CHANTIER L'Espace Clodius, à Orange (Vaucluse), comprenant un pôle culturel - médiathèque, théâtre et musée archéologique - et quarante-six logements PLA. LE PROGRAMME Des fondations en site sismique. Deux voiles en béton de 40 cm d'épaisseur, de 19 m de haut, chacun sur deux appuis. Un traitement des façades soigné. LES SOLUTIONS Trente-deux pieux forés - Un contreventement des voiles par un portique métallique à treillis et huit tirants pour pallier l'absence de voile de refend - Un étaiement provisoire par vérinage, deux portes coulissantes en verre et acier de 17 m de haut - Un habillage de façade par carreaux métallisés.

Après bien des rebondissements, la médiathèque d'Orange devrait finalement ouvrir ses portes en février prochain, après plus de deux ans de travaux. En réalité, l'Espace Clodius comprend non seulement la médiathèque, mais aussi un théâtre (534 places), un musée archéologique et quarante-six logements PLA (prêt locatif aidé), sur un terrain de 2 500 m2. Sur le plan technique, le programme présente des intérêts variés touchant aux fondations, au gros oeuvre et aux finitions.

Partie immergée du projet, le théâtre s'élève à une vingtaine de mètres au-dessus de l'îlot. Il prend place entre deux voiles en béton de 19 m de haut. « A cause de leur faible épaisseur (40 cm) et de leur très grande portée (35 m, pour une longueur de 45 m), ces parois font figure de papier à cigarettes, explique Luc Delesalle, directeur du de l'entreprise Girard. En termes de structure, elles représentent la principale difficulté d'exécution du en particulier parce qu'elles reposent chacune sur seulement deux appuis. » Les fondations sont constituées de pieux forés non tubés (huit par appui) de 90 cm de diamètre qui descendent jusqu'à 12 m de profondeur, et travaillent essentiellement par frottement latéral. Jean-Claude Royer, représentant Socotec, souligne que « les alluvions du Rhône présentant une portance médiocre et le sous-sol étant réputé inondable, les efforts de pointe doivent être réduits au minimum, pour des descentes de charges représentant 1 800 t par appui ».

Les murs se composent donc d'une poutre-voile de 7 m de haut, suspendue à un voile de 14 m de haut qui travaille en poutre-voile, ce qui permet de conserver des espaces ouverts à l'intérieur du théâtre. « En effet, précise Luc Delesalle, le voile supérieur reporte la poutre au-dessus du niveau R + 2, par l'intermédiaire de tirants composés de huit barres HA25, de façon à permettre des circulations à travers les voiles, au-dessus des appuis, et à créer une traboule - sorte de passage public en coeur d'îlot - en laissant le site archéologique à l'air libre sous l'édifice. » Pour leur réalisation, deux pieux provisoires sont mis en place sous la travée : ces étaiements consistent en un vérinage au droit de pieux forés, ce qui permet de décharger les voiles quatre mois après leur réalisation, à raison de 0,5 mm par jour, pour finalement reprendre 6 à 8 mm de flèche. Le ferraillage est surdimensionné de façon à compenser le retrait ; il est particulièrement dense au droit des appuis et en partie basse de la poutre-voile. Le bétonnage (béton B30) s'effectue en trois trames, à chaque étage : deux latérales, puis une centrale qui correspond à la clé de retrait, coulée vingt-huit jours plus tard pour éviter la fissuration aux reprises de bétonnage. Ainsi, les voiles en béton armé sont réalisés sans joint de dilatation, sur une longueur de 45 m !

Résister au vent

« Le contreventement fait l'objet d'une attention particulière, car Orange est située en zone sismique, rappelle Marc Malinowsky, ingénieur-concepteur du Groupe Alto : les dimensionnements ont pris en compte une majoration de 12 %. A l'arrière du bâtiment, deux murs de refend de 1 m de large auraient suffi : les exigences architecturales en voulaient autrement. Nous avons donc dû prévoir huit tirants (quatre par côté), capables de reprendre chacun 200 t, perpendiculairement aux deux grands voiles. Ils sont ancrés à une poutre métallique qui joue le rôle de buton. » Dans le plan de la façade principale, un portique assure la stabilité au vent : une poutre Warren en partie haute repose sur deux poteaux à treillis. L'ensemble est lié à des pieux qui résistent au soulèvement en reprenant 130 t de traction (contre 30 t de chargement vertical).

La salle de spectacle a la particularité d'offrir différentes configurations grâce à un proscenium escamotable (des gradins métalliques mobiles), qui couvre une fosse d'orchestre ou sont hissés jusqu'au plafond. Sur le mur latéral, une large ouverture établit un lien entre l'espace culturel et l'habitat, en permettant l'éclairage naturel pour les répétitions. La baie est occultée par un rideau coulissant de 8 m de haut, étanche à la lumière et au son par mise en pression sur son pourtour.

Un portail ajouré

Le portique de la façade sera caché par deux portes de 17 m de haut, composées chacune de six éléments de 4 m de large - deux latéraux fixes, les autres coulissants. « Suspendus et guidés au sol, ces panneaux définissent un espace protégé bien qu'extérieur, autour duquel s'articulent les différentes vocations du bâtiment, explique Elisabeth Douillet, architecte. Ils nous affranchissent d'une protection au feu de la façade, et garantissent la sécurité du théâtre et de la médiathèque, puisqu'ils seront fermés tous les soirs. » La trame de ces portes est réalisée en tubes ronds soudés qui dessinent des mailles carrées peintes en gris foncé. Au centre de chaque maille vient prendre place un carré de verre clair (50 50 cm) boulonné à des attaches en Inox. « Un vide de 5 cm est prévu entre les tubes et le verre, précise Elisabeth Douillet. Inspiré de la robe "Paco Rabanne", le motif permet d'obtenir une impression de légèreté. »

Des murs extérieurs dorés

Pour retrouver les couleurs traditionnelles du théâtre, les fauteuils sont habillés d'un simili-cuir rouge. Enfin, la couleur or se retrouve sur le parement des voiles de grande hauteur, grâce à des émaux de Briard métallisés par électrolyse, dont la teinte rappelle celle d'un scarabée. Intervenant comme conseil auprès des architectes, René Guiffrey, plasticien, a proposé qu'ils soient striés « pour prendre la lumière avec douceur et éviter d'avoir une surface trop étincelante au soleil ».Le béton du plafond de la médiathèque est lazuré.

Les logements disposent de loggias en cèdre rouge, équipées de panneaux mobiles horizontalement ou verticalement, pour se protéger du soleil et du mistral. La façade est de l'Espace Clodius est habillée de haut en bas d'un bardage type « dune », ondulé et perforé devant les vitrages. Il est de couleur champagne, comme la couverture en bac acier, pour rappeler la dominante des tuiles d'Orange.

--FICHE TECHNIQUE

Maîtres d'ouvrage : ville d'Orange (équipements culturels) et SA d'HLM Nouveau Logis provençal (logements), Scic Amo (mandataire).

Architectes : Babel (Michel Seban et Elisabeth Douillet), et Régis Grima, architectes-scénographes, et cabinet Mognetti-Koïfman.

Plasticien : René Guiffrey.

Bureaux d'études : Groupe Alto, SGTE, Peutz et Associés, Cabinet Casso et Cie, AD2I Ingénierie.

Entreprise générale : Girard.

Contrôle : Socotec.

Coût : 70 millions de francs HT.

Subventions : ministère de la Culture (27 %), ville (29 %), région Paca (7 %).

PHOTO : La façade du théâtre est constituée d'une lentille géante (24 x11 m) inclinée : une structure de «T» métalliques dessine un arc de cercle habillé d'un verre dépoli sur lequel est appliqué un polycarbonate strié qui diffractera la lumière des néons accrochés à l'intérieur. Le portique de contreventement sera dissimulé derrière des portes de 17 m de haut.

Une dalle inversée entre espace public et habitat

Les logements sont construits au-dessus de la médiathèque. Pour assurer une parfaite étanchéité entre les deux - les maîtres d'ouvrage sont différents -, le plafond de l'espace public est réalisé avec une dalle inversée, sans retombée de poutres : celles-ci sont mises en allège et accueillent tous les réseaux dans leur épaisseur. Au lieu de créer un vide sanitaire, et afin de gagner en hauteur, les allèges définissent des caissons de 7,50 X7,50 m, fermés par une seconde dalle sur laquelle repose le parvis desservant l'habitat privé et la baie vitrée du théâtre.

« Toutes les réservations doivent être en place dès le début, commente Luc Delesalle (entreprise Girard). Les poutres en allège atteignent 1,20 m de large par endroits ; elles sont construites en béton léger (avec des billes de polystyrène). Les évacuations sont rassemblées dans un entonnoir central qui traverse le hall de la médiathèque le long des ascenseurs reliant les parkings souterrains au parvis. »

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