En direct

Désamianteurs :
Nathanaël Cornet-Philippe, président du SNED - © © Gilles Rambaud

Désamianteurs : "Les nouvelles obligations sur les mesures d'empoussièrement ne seront pas applicables au 1er juillet", selon le président du Sned

Propos recueillis par Florent Lacas |  le 30/05/2013  |  TechniqueBâtimentYvelinesInternationalFrance entière

Le Syndicat national des entreprises de démolition (Sned/FFB) tient ses Rencontres des métiers les 31 mai et 1er juin à Versailles. Nathanaël Cornet-Philippe, qui préside l'organisation depuis un an, en profitera notamment pour alerter l'administration sur le manque de laboratoires certifiés capables de valider les stratégies d'échantillonnage.

Le Syndicat national des entreprises de démolition (Sned/FFB) tient ses Rencontres annuelles les 31 mai et 1er juin à Versailles. Les derniers arrêtés sur les moyens de protection contre l'amiante seront certainement au coeur de vos débats  ?

Nathanaël Cornet-Philippe : Nous reviendrons en effet sur les dernières évolutions réglementaires dans le métier du désamiantage. Deux arrêtés sont sortis récemment, apportant des précisions sur les équipements obligatoires de protection individuelle et collective. Malgré quelques réserves sur certains points, nous pensons que ces textes vont dans le bon sens.

Où en êtes-vous dans l’application du décret « formation » de 2012 ?

N. C.-Ph. : Pour ce qui est de la formation des travailleurs en sous-section 3 (retrait d’amiante), le plus gros de l’effort est derrière nous, même si nous connaissons encore des difficultés ponctuelles pour trouver des formations. L’administration a redonné de la souplesse à l’application du décret, en accordant un délai de six mois supplémentaire à nos entreprises pour qu’elles forment leurs salariés, soit jusqu’au 1er juillet 2013. En revanche, nous lançons un signal d’alarme sur les obligations qui nous incombent sur le plan de la métrologie (mesures d’empoussièrement).

Du fait du manque de laboratoires capables de valider les stratégies d’échantillonnage ?

N. C.-Ph. : Oui. A partir du 1er juillet, c'est-à-dire dans un mois, nous devrons faire valider par un laboratoire spécialisé les stratégies d’échantillonnage pour faire les mesures d’empoussièrement. Or les laboratoires ne sont absolument pas en capacité de répondre à la demande. Nous sommes donc dans une situation un peu aberrante, où l’entreprise souhaitant respecter la réglementation ne sera pas en mesure de le faire. En conséquence, nous avons, à l’instar d’autres organisations comme Syntec Ingénierie ou l’Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP), alerté l’administration sur ce point.

Avez-vous eu des retours de sa part ?

N. C.-Ph. : Pas pour le moment. Nous attendons pourtant un geste qui permettrait de rendre le texte applicable. Celui-ci était visiblement un peu trop ambitieux. Nous ne disons pas qu’il ne fallait rien faire. Passer d’un système de mesure au microscope optique en contraste de phase (MOCP) à la méthode Méta est une évolution justifiée. Mais, sur certains points, la réglementation est allée trop loin. Nous espérons que les pouvoirs publics en ont pris conscience, parce que là nous allons dans le mur.

Souhaitez-vous un report de l’entrée en vigueur de cette obligation ?

N. C-Ph. : Nous souhaitons simplement qu’il devienne possible de respecter la réglementation ! À notre connaissance, aujourd’hui, il n’y a que quatre laboratoires agréés Cofrac sur l’intégralité des nouvelles obligations réglementaires. Mais, même s’il y en avait dix, il n’y aurait pas assez d’effectifs pour effectuer les contrôles. Ce que certains laboratoires nous disent, c’est qu’ils ne seront pas prêts dans six mois, mais qu'ils le seront peut-être dans un an.

Les fabricants de masques suivent-ils le rythme de l’évolution de la réglementation en matière de protections individuelle et collective ?

N. C.-Ph. : Nous sommes constamment en contact avec eux, car des problèmes se posent. Par exemple, seuls des fabricants américains proposent des masques respiratoires aux normes. Mais ils ne sont pas complètement adaptés à nos métiers. Car le marché mondial du désamiantage, au niveau d’exigence français, est très peu développé. Cela n’encourage pas les fabricants à produire en masse et à investir. C’est pourquoi nous réfléchissons d’ores et déjà à mécaniser les tâches de désamiantage ; cette solution, bien que coûteuse, pourrait devenir rentable à mesure que la réglementation se durcit. Mais si nous pouvons utiliser des robots pour désamianter des surfaces planes, cela se complique lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des coins, des zones confinées… De manière générale, nous avons besoin de plus d’expertise. Le Sned s’est d’ailleurs renforcé, en septembre dernier, d’une jeune ingénieure QHSE, et de plusieurs stagiaires qui travaillent sur des sujets pointus.

Dans quelle mesure les nouvelles obligations sur le désamiantage ont-elles renchéri le coût de vos prestations ?

N. C.-Ph. : La hausse du prix de nos prestations du fait de la réglementation est significative. Dans certains cas très particuliers, le rapport est de trois à quatre fois le prix initial. L’administration ne raisonne pas en termes de coûts, et c’est bien normal. Mais nous, entreprises, constatons que certaines avancées réglementaires augmentent les coûts des prestations sans augmenter dans la même proportion la sécurité des salariés et tiers exposés à l’amiante. Par ailleurs, gardons toujours en tête que si l’on augmente trop fortement les contraintes du métier, on risque de développer le syndrome du pas vu – pas pris.

Beaucoup de désamianteurs travaillent-ils sans se soucier de la réglementation ?

N. C.-Ph. : Le risque est, en tout cas, qu’il y en ait de plus en plus. J’alerte d’ailleurs l’inspection du travail sur le fait qu’une entreprise vertueuse, qui va déposer un plan de retrait d’amiante (démarche toujours obligatoire en cas de retrait d’amiante friable), aura plus de chance d’être contrôlée qu’une entreprise qui ne se soucie aucunement de la réglementation. Et l'interprétation des textes réglementaires est parfois différente sans qu'il y ait automatiquement une mauvaise volonté des entreprises. Nous ne demandons qu’une seule chose : travailler ensemble, avec l'inspection du travail, afin de nous mettre d’accord sur des règles du jeu. Les choses deviennent si compliquées que certains désamianteurs songent à se retirer du marché.

Dans le même ordre d’idées, « Le Moniteur » avait récemment réalisé une enquête sur l’affolement de la filière logement devant les problèmes posés par l’amiante…

N. C.-Ph. : Des donneurs d’ordre hurlent, en effet, en voyant certains devis de désamianteurs. Et décident donc de désamianter moins de logements, ou d’annuler des travaux. C’est dommage  dans la mesure où la rénovation des logements a été hissée au rang de priorité nationale. N’oublions pas que freiner le marché du désamiantage équivaut à laisser de l’amiante, produit nocif, en place. A-t-on bien mesuré le pour et le contre dans le processus de décision ? Au Sned, nous estimons que nous pourrions protéger aussi bien les salariés et tiers avec des mesures moins nombreuses, mais plus efficaces.

De nombreuses entreprises se plaignent des conséquences dramatiques d’un diagnostic amiante mal fait. Que leur suggérez-vous ?

N. C.-Ph. : Ce problème est d’autant plus préoccupant dans le cas de travaux au forfait : l’entreprise, bien souvent, ne sait pas comment réagir si, après avoir passé un marché à un prix ferme et non révisable, elle s’aperçoit que le diagnostic déchets ou le diagnostic amiante a été mal effectué. Lors de notre assemblée générale, nous ferons donc intervenir des juristes pour répondre aux questions de nos adhérents. Afin que chaque entreprise connaisse les tenants et les aboutissants du sujet et puisse gèrer sa prise de risques.

Les petites entreprises  se retrouvent-elles dans cette jungle réglementaire ?

N. C.-Ph. : Nous présenterons, lors de notre assemblée générale, un kit hygiène-sécurité-environnement à leur intention. L’idée est précisément de leur fournir un document les informant des dernières réglementations en vigueur.

Comment l’année 2012 s’est-elle soldée pour les démolisseurs ?

N. C.-Ph. : Globalement, l’année s’est terminée sur des volumes et des niveaux de prix voisins de 2011, donnant une année moyenne. Mais les situations diffèrent sensiblement d’une région à une autre, et d’une activité à une autre (désamiantage, démolition ou découpe de béton).

Et comment 2013 a-t-elle démarré?

N. C.-Ph. : Il n’est pas facile d’anticiper le marché  dans nos métiers. Une part très importante de nos adhérents ont des cycles très courts au niveau de leur carnet de commandes. C’est particulièrement le cas pour le carottage-sciage, où la visibilité est extrêmement réduite. Je dirais toutefois  que les volumes devraient se tenir en 2013. En revanche, les prix sont très tendus, y compris dans le désamiantage où l’activité est pourtant assez soutenue. Au point que nous pouvons nous trouver en suractivité sur deux ou trois mois, tout en ayant des prix qui baissent. Nos adhérents s’en inquiètent, voyant leurs marges de manœuvre en trésorerie fondre depuis 2009. La situation sera particulièrement difficile dans l’Est, le Sud-est ainsi que, dans une moindre mesure, dans le Nord de la France. Deux adhérents de taille significative viennent d’ailleurs de déposer leur bilan.

Vos métiers sont-ils impactés par la concurrence déloyale d’entreprises étrangères ou de sous-traitants « low cost » ?

N. C.-Ph. : En désamiantage, il n’y a pas trop de concurrence du fait de réglementations très exigeantes. En démolition, la concurrence déloyale touche surtout les régions frontalières : il y a des différences en termes de charges sociales, mais aussi de temps de travail. La découpe de béton souffre aussi de la concurrence déloyale. Des sociétés utilisent des intérimaires non qualifiés dans des conditions difficilement admissibles. Nous avons d’ailleurs créé un certificat de qualification professionnelle sur le métier de scieur-carotteur de béton, dont la première session aura lieu en septembre prochain.

Combien de salariés sont passés par l’habilitation « Scier en sécurité », lancée par le Sned en octobre 2011 ?

N. C.-Ph. : Pour l’instant, 140 scieurs se sont formés à cette formation de trente-cinq heures. Nous souhaitons valoriser ce métier pour encourager les maîtres d’ouvrage à choisir la qualité plutôt qu’un prix. C’est également un métier où les enjeux de prévention sont importants : travail en hauteur, risque électrique, manipulation d’outils électro-portatifs. Nous avons étudié les différents postes de travail du scieur-carotteur avec un cabinet de conseil et des Aref. Et nous en avons tiré un référentiel de formation.

Vous consacrez également un atelier aux peintures au plomb. Pourquoi ?

N. C.-Ph. : La réglementation incite de plus en plus à retirer les peintures contenant du plomb avant démolition ou avant travaux. Il est donc nécessaire que nous fassions un point sur la situation.

Commentaires

Désamianteurs : "Les nouvelles obligations sur les mesures d'empoussièrement ne seront pas applicables au 1er juillet", selon le président du Sned

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Conduire son chantier en 70 fiches pratiques

Conduire son chantier en 70 fiches pratiques

Livre

Prix : 75.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Droit et gestion des collectivités territoriales - 2018

Droit et gestion des collectivités territoriales - 2018

Livre

Prix : 83.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Décrypter les finances publiques locales

Décrypter les finances publiques locales

Livre

Prix : 59.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur