En direct

Des voies fluviales européennes entre écologie et économie
PHOTO - ile napoleon.eps - ©

Des voies fluviales européennes entre écologie et économie

le 14/11/2008  |  SantéEvénementTransportRéglementationTechnique

Les trois principaux ouvrages du programme de 20 millions d’euros de travaux à réaliser dans les cinq prochaines années témoignent de cette évolution : sur la rive gauche, la revitalisation d’un bras mort du Rhin apportera un débit de 7 m3/s dans la réserve naturelle de la Petite Camargue alsacienne ; une passe à poissons reliera ce site inondable au fleuve ; sur la rive droite, une centrale turbinera une partie du débit désormais réservé au Vieux Rhin, soit 54 à 150 m3/s au lieu de 20 à 30. La fixation de ce débit a fait l’objet des discussions les plus âpres, pendant l’enquête publique préalable à la nouvelle concession, compte tenu d’un déficit de production estimé par EDF à 115 GWh.

Passes à poissons : EDF sous pression

Les travaux prévus dans le cadre de la concession de Kembs ne constituent qu’un volet des investissements environnementaux que prépare EDF, sous la pression des écologistes, mais aussi des Etats riverains du Rhin : la commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR), réunie le 18 octobre 2007 à Bonn, a fixé à 2015 la mise en service d’une troisième passe à poissons sur le Rhin à Strasbourg et l’aboutissement des études d’un quatrième ouvrage, à Gerstheim. Les deux premières passes ont coûté un total de 20 millions d’euros.

Poussé par sa volonté de démontrer la compatibilité entre environnement et hydroélectricité, EDF a intégré l’administration allemande à la préparation de sa nouvelle concession de Kembs, alors même que le traité de Versailles, signé en 1919 et toujours en vigueur, ne prévoit pas d’associer ce pays à l’exploitation hydroélectrique du Rhin. « Nous avons calculé que les fluctuations du Rhin n’affecteraient pas les saules et les peupliers que planteront les Allemands dans les casiers aménagés pour l’expansion des crues », précise Michel Vogien, directeur de l’unité de production Est d’EDF. A partir de 2009, l’Allemagne prévoit de décaisser 25 millions de m3 en amont de Breisach.

Navigation : les usagers payeurs sur la Moselle

Dans le domaine de la coordination transfrontalière pour la prévention des crues, le Rhin a servi de référence à l’autre extrémité du bassin Rhin-Meuse : rassemblés au sein de l’Etablissement public pour l’aménagement de la Meuse et de ses affluents (Epama), la Lorraine, la Champagne-Ardenne, quatre départements et 13 intercommunalités achèveront, en 2011, un programme de 60 millions d’euros lancé en 2005. La zone de ralentissement dynamique des crues, livrée en octobre 2008 à Mouzon, contribuera à la prévention de catastrophes au-delà de la frontière.

Concernant la fonction de transport, les pays riverains des deux principales voies navigables du grand Est s’appuient sur des traditions anciennes de coopération. Sur le Rhin, EDF assure pour le compte de l’Etat la maintenance des ouvrages, en application de la convention de Mannheim qui a posé en 1868 le principe de la gratuité de la navigation. En revanche, la maintenance de l’infrastructure fluviale de la Moselle repose en partie sur les péages fixés par la commission de la Moselle, où siègent la France, l’Allemagne et le Luxembourg. Cette manne alimente les chantiers en cours, destinés à la circulation de bateaux portant trois couches superposées de conteneurs : doublement des sas de cinq écluses entre Coblence et Trèves, (Allemagne), rehaussement et démolition de sept et trois ponts en Lorraine, à raison d’1 à 2,5 millions d’euros par ouvrage.

Sur le Rhin où EDF consacrera 20 millions d’euros par an à la maintenance de la voie navigable dans les années qui viennent – au lieu d’une moyenne de 10 millions dans la période écoulée – les grands enjeux d’aménagement concernent l’optimisation du foncier portuaire : à Bâle, l’extension de Novartis a conduit à la décision de fusion des deux ports. « Comment profiter du foncier disponible en France pour améliorer le fonctionnement du port qui sert de porte d’entrée à la Suisse ? Peut-on imaginer la reproduction du modèle de l’EuroAirport Bâle-Mulhouse ? » Formulées par Jean-Louis Jérôme, directeur interrégional des Voies Navigables de France, ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité que les trois concessions portuaire de la CCI de Mulhouse arrivent à échéance entre 2015 et 2019. Récemment reçu à Strasbourg, le conseil d’administration du port de Kehl examine également les possibilités d’exploitation commune des terminaux de conteneurs de l’agglomération transfrontalière.

Le bassin Rhin-Meuse à la reconquête de la qualité

La dépollution ne suffit plus. Pour son neuvième programme, l’agence de l’eau Rhin-Meuse vise l’amélioration de la biodiversité. Une enveloppe de 1,2 milliard d’euros, pour la période 2007-2012, vise à reconquérir la qualité des deux tiers des rivières et de la moitié des nappes, à réduire de moitié des déchets dangereux et à protéger toutes les aires de captation d’eau potable et des milieux humides.

L’objectif paraît d’autant plus ambitieux que les conflits d’intérêts entre les différents acteurs du bassin ne manquent pas, et que les communes n’ont pas encore bouclé les programmes d’assainissement subventionnés par l’agence. « Nous avons la chance de constituer un bassin homogène dont les acteurs se connaissent bien. La dimension internationale de nos cours d’eau nous impose de surcroît plus de responsabilités. Moins en retard que d’autres, l’agence de l’eau Rhin-Meuse a de bonnes chances de parvenir dans les temps au respect de la directive européenne qui prévoit la reconquête des grandes masses d’eau d’ici à 2015 », estime Claude Gaillard, président du comité de bassin.

Rhin-Rhône ou Saône-Moselle : les partisans résistent

Les partisans des deux liaisons susceptibles de relier la mer du Nord à la Méditerranée ne désarment pas. Sous l’impulsion du sénateur bas-rhinois Francis Grignon et malgré les refus du département du Doubs et de la région Franche-Comté de s’associer à la démarche, l’Etat a accordé des crédits pour réaliser une étude d’impact socio-économique et géographique d’une voie fluviale à grand gabarit par la vallée de la Saône. Le cabinet d’expertises Eurotrans rendra ses conclusions à la fin de l’année : adaptée aux automoteurs de 110 à 1 35 mètres, l’infrastructure coûterait un milliard d’euros de moins (entre 3 et 3,5) que le projet abandonné en 1997. Face aux partisans de Rhin-Rhône, le lobby Saône Moselle marque des points : grâce à l’étude d’opportunité confiée par l’Etat à Egis Eau en juillet 2007, la liaison a trouvé sa place dans les propositions publiées à la fin de l’année dernière dans le cadre du Grenelle de l’environnement. L’avantage de Saône-Moselle résulte surtout d’un soutien plus vigoureux des collectivités concernées.

Commentaires

Des voies fluviales européennes entre écologie et économie

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX