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Des usines d'incinération financées par obligations

NORA HACHACHE |  le 12/05/2000  |  DéchetsEntreprisesEnergies renouvelablesEuropeManche

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Dotée seulement d'un petit nombre d'usines d'incinération des ordures ménagères, la Grande-Bretagne constitue un marché prometteur. Décidé à le conquérir, le groupe français Cnim a conçu, pour financer l'usine de Dudley, un montage original qui minimise l'apport de fonds propres.

Le groupe français Constructions industrielles de la Méditerranée (Cnim) vient d'inaugurer à Dudley, dans la banlieue de Birmingham, une usine d'incinération d'ordures ménagères qui produira également de l'électricité. Le groupe Cnim pèse 427 millions d'euros (2631 millions de francs) de chiffre d'affaires et réalise les deux tiers de son activité à l'international. Issu de la construction navale et longtemps cantonné au métier de constructeur ensemblier (environnement, énergie, mécanique), Cnim est aussi maître d'ouvrage et exploitant de l'usine de Dudley.

Une configuration appelée à se renouveler puisque, toujours en Grande-Bretagne, Cnim remporte les appels d'offres pour le financement, la construction et l'exploitation de deux autres usines d'incinération, à Stoke-on-Trent et à Wolverhampton. Soit un investissement total de 100 millions de livres (près d'un milliard de francs) pour lequel, soucieux de ne pas déséquilibrer ses comptes, Cnim recherche des partenaires. « Il était important de réduire les fonds propres investis et de ne pas donner à nos futurs partenaires financiers de garanties autres que techniques », insiste François Mirallié, directeur financier de Cnim. « En revanche, il fallait assurer une bonne répartition des risques entre les différentes parties », poursuit-il.

Tout cela se retrouve dans la structure contractuelle mise en place pour l'usine de Dudley. Au centre, on trouve la Dudley Waste Services (DWS), la « société de projets » créée par Cnim qui porte les actifs, soit essentiellement l'usine. DWS contracte ensuite avec les autres partenaires : la ville de Dudley qui s'engage à fournir un tonnage minimal de déchets ; le constructeur Cnim qui garantit performances, prix et délais de construction ; la compagnie d'électricité qui achètera pendant quinze ans l'énergie produite à un tarif fixé par le fonds d'aide aux énergies renouvelables ; et enfin les financiers.

Première pour l'investisseur

S'agissant d'un financement à très long terme (25 ans), trouver ces derniers est tout sauf évident. C'est alors que la banque Hambros (groupe Société générale) suggère à DWS d'émettre des obligations, pour trouver 18 millions de livres (180 millions de francs). Par chance, la société d'assurance anglaise Prudential, qui gère des fonds de pension, cherche à diversifier son portefeuille en investissant dans l'environnement. Elle prend toutes les obligations.

Les intérêts de cet emprunt obligataire, souscrit pour vingt-cinq ans, seront remboursés sur les dix premières années, et le principal sur les quinze années suivantes, grâce aux revenus d'exploitation. En cas de défaillance de DWS, Prudential peut devenir propriétaire de l'usine et saisir les revenus de l'exploitant.

Pour compléter l'investissement, la banque Hambros accorde un prêt de 3 millions de livres (30 millions de francs) à DWS, et Cnim apporte 5 millions de livres (50 millions de francs) de fonds propres. « C'est la première fois qu'un fonds de pension investit dans un projet d'usine d'incinération. Jusqu'à présent, seuls les industriels de la filière s'y risquaient. Le taux de rendement, comparé de la Bourse, n'est pas énorme, mais les risques sont modérés : pas de danger de perdre le capital », affirme François Mirallié. Parallèlement, Cnim réduit encore la part de ses fonds propres en ouvrant le capital de DWS : 3 millions de livres d'actions sont vendus à un fonds de pension récemment créé, Innisfree, et à une banque canadienne, CIBC. A eux deux, ils se répartissent deux tiers du capital de la DWS.

En résumé, pour construire l'usine de Dudley - un investissement de 26 millions de livres (260 millions de francs) -, Cnim n'a financé que 2 millions sur fonds propres, et sa dette se monte à 21 millions de livres (210 millions de francs). L'usine de Wolverhampton a été financée sur le même modèle, avec les mêmes investisseurs, alors que Stoke-on-Trent est financée par un emprunt classique.

François Canellas, directeur général du groupe Cnim, avoue : « Quand nous avons remporté les appels d'offres, nous ne savions pas comment seraient financées les trois opérations. Ce montage, une première pour nous, prouve que le traitement des ordures ménagères peut être assuré par le privé. » Mais, pour les dirigeants de Cnim, seul le marché britannique, avec ses fonds de pensions très actifs et la forte volonté de privatisation, se prête pour l'instant à ce type de financement. En attendant que l'Europe du Sud développe ses fonds de pension et que l'Europe de l'Est renforce les garanties aux investisseurs, Cnim a réussi à faire financer ses usines d'incinération outre-Manche : quatre à ce jour, sur la dizaine que compte le Royaume-Uni où 85 % des déchets urbains vont en décharge.

150 usines à construire

Pour favoriser la création d'usines d'incinération, conformément à la législation européenne, le gouvernement britannique a mis en place une taxe sur la mise en décharge. Ainsi, prévoit François Canellas, « la Grande-Bretagne deviendra le premier marché du groupe Cnim d'ici à 2010 : 150 usines à construire dont 50 projets bien définis. Nous avons trois projets proches de la signature, cinq qui se négocieront dans les cinq ans, et autant pour les dix ans. Ces opérations pourraient être réalisées en groupement, par exemple avec de grands opérateurs de l'environnement ».

PHOTOS :

« Réduire les fonds propres investis et ne donner à nos futurs partenaires financiers que des garanties techniques » - François Mirallié, directeur financier de Cnim

Partenaires du montage financier de l'usine de Dudley (ci-dessus) : la ville, qui fournit les déchets; le constructeur Cnim, qui garantit les performances, prix et délais; la compagnie d'électricité, qui achète l'énergie; et Prudential (fonds de pension), l'investisseur.

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