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Des solutions au goutte à goutte
Les modules lors de leur héliportage. - © PHOTOS : HADRIEN TRALLI / SHEM

Des solutions au goutte à goutte

Emmanuelle Picaud |  le 21/12/2018  |  InnovationRisques naturelsOuvrage d'artBarrages

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Ouvrages hydrauliques - Face à l'intensification des intempéries, les travaux se multiplient sur les gros barrages. Et l'innovation commence à éclore.

 

Au lac de la Cavayère, dans l'Aude, il est tombé au cours de la nuit du 14 au 15 octobre 2018 l'équivalent de six à neuf mois de pluie en deux heures. Le barrage situé en amont n'a pas résisté : une partie du béton de sa crête a été réduite en miettes et son évacuateur de crue a cédé sous la pression de l'eau. « Jamais de tels dégâts n'avaient été observés sur une si courte période », témoigne Régis Banquet, président de l'agglomération de Carcassonne. Or, cette situation risque de se reproduire à l'avenir. Depuis le cinquième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publié en 2013, de nombreux travaux de recherche ont confirmé que l'augmentation des températures va accroître la fréquence et l'intensité des précipitations. « L'augmentation de ces épisodes extrêmes et leur corollaire de crues et d'inondations sont scientifiquement avérés. L'enjeu désormais est d'en tenir compte dans nos travaux de dimensionnement des ouvrages », explique Michel Lino, président du Comité français des barrages et réservoir (CFBR).


Les grands barrages concernés par la réglementation ont presque tous été adaptés en dix ans.

Prise de conscience. Dans le domaine de l'hydraulique, le décret du 11 décembre 2007 a sensibilisé les professionnels. Sa principale nouveauté : il oblige à réaliser une étude de dangers pour les plus « gros » barrage (de classe A et B), et pour toutes les digues. « Ce préalable indispensable nous a amenés à revoir nos habitudes sur les risques, en particulier sur les débits de crues », témoigne Eric Domps, directeur du patrimoine industriel et des risques à la Société hydroélectrique du Midi (Shem). Ainsi, les grands barrages de classe A et B concernés par la réglementation ont pratiquement tous été adaptés en dix ans. Les capacités de leurs évacuateurs de crues ont été significativement augmentées. Aujourd'hui, le problème concerne davantage les barrages non classés. Plus petits, ils appartiennent souvent à des propriétaires privés ou à des collectivités. Ils ne sont pas concernés par ces études de dangers, car ils présentent moins de risques et l'énergie libérée en cas de rupture est faible. Présents en nombre sur le territoire, ces ouvrages n'en restent pas moins vulnérables face aux crues.

Pour les digues, l'adaptation aux enjeux du réchauffement climatique relève d'un autre domaine d'expertise. « Des méthodes de confortement sont possibles, comme la réalisation de rideaux de palplanches, la mise en place d'une recharge en aval ou encore le renforcement par des techniques nouvelles de type Soil Mixing [où le sol en place est mélangé avec un matériau d'apport, NDLR] mais elles ne sont pas encore éprouvées », analyse Guillaume Veylon, chercheur à l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea). « Le renforcement des digues est d'autant plus complexe que les linéaires sont très importants, les ouvrages hétérogènes et le budget alloué souvent plus faible que pour les barrages », poursuit le scientifique. Aujourd'hui, des projets sont à l'étude pour consolider les digues grâce à un ciment naturel produit par des bactéries.

Mais la lutte contre les inondations ne passe pas uniquement par les techniques de renforcement : l'aménagement du territoire et la restauration des cours d'eau peuvent aussi y contribuer. Le projet de la plaine de la Bassée (Seine-et-Marne), qui tire parti des zones humides, fait ainsi figure de précurseurs.

Manque de données. Au-delà des techniques proprement dites, il est difficile d'évaluer le budget nécessaire à ces opérations. Les experts pensaient initialement qu'une centaine de millions d'euros par an suffiraient à assurer cette adaptation. Mais aux Pays-Bas, où le contexte est certes différent, le budget prévisionnel flirte avec le milliard et demi d'euros annuel. « Notre évaluation semble donc très optimiste », admet Guillaume Veylon. Cette difficulté à anticiper les coûts tient aussi au manque de données sur l'évolution de l'hydrologie. Les études à disposition s'appuient à ce jour sur l'hypothèse d'un climat stable et ne tiennent pas compte de la multiplication à venir des fortes crues. Là encore, les recherches sont en cours, et les grands industriels sont sur le coup. « Les méthodes d'évaluation s'affinent et les outils informatiques sont plus performants », assure Gilles Feuillade, directeur Industrie d'EDF Hydro. Des travaux prennent de plus en plus l'allure d'un contre-la-montre. Car il y a une certitude : le réchauffement climatique, lui, n'attend pas.

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Vue du barrage avant les travaux. L’ancienne descenderie, en forme d’escalier, est visible au fond à gauche. - © PHOTOS : HADRIEN TRALLI / SHEM
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Le PKWeir installé a été conçu en inox. - © PHOTOS : HADRIEN TRALLI / SHEM

Glossaire

 

Les barrages sont répartis en fonction de deux paramètres : la hauteur H du barrage le paramètre K qui est calculé en fonction de la hauteur H et du volume d'eau.

Si H est supérieur ou égal à 20 m et K est supérieur ou égal à 1 500, le barrage est de classe A

Si H est supérieur ou égal à 10 m et K est supérieur ou égal à 200, le barrage est de classe B

Si H est supérieur ou égal à 5 m et K est supérieur ou égal à 20, le barrage est de classe C Les barrages pour lesquels H > 2 m, qui retiennent plus de 50 000 m3 d'eau et pour lesquels il existe au moins une habitation à moins de 400 m en aval sont également classés C. Les autres sont considérés comme non classés.

 

Source : Comité français des barrages et réservoirs

 

Selon la réglementation, les digues sont classées en fonction du nombre d'habitants protégés. Sont classées A les digues assurant une protection au-delà de 30 000 personnes, B celles de 3 000 à 30 000 personnes et C celles de 30 à 3 000 personnes.

 

Source : Dreal Normandie

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