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Des remèdes paysagers et européens contre l’agribashing
Les échanges du 26 novembre autour du bilan français de l'application de la convention européenne du paysage se sont prolongés le lendemain dans les Vosges du nord. - © Conseil de l'Europe

Des remèdes paysagers et européens contre l’agribashing

Laurent Miguet |  le 05/12/2019  |  Ministère de la Transition écologique et solidaireBas-Rhin

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Paysage
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La France progresse, dans l’application de la convention européenne du paysage… Les 26 et 27 novembre à Strasbourg et dans les Vosges du nord, deux journées d’échanges et de visites ont détaillé le bilan, à l’initiative des quatre co-organisateurs : le conseil de l’Europe, le ministère de la Transition écologique et solidaire, le collectif des paysages de l’après pétrole et le parc naturel régional des Vosges du nord.

Un duo de sages incarne l’ambition de réconcilier le pays avec son agriculture, en s’appuyant sur le paysage : le 26 novembre au conseil de l'Europe à Strasbourg, Sylvie Rocq et Jean-Pierre Thibault ont révélé la substance du rapport remis quatre jours plus tôt aux ministres Didier Guillaume et Elisabeth Borne, sous le titre « l’approche paysagère, accélératrice de la transition agro-écologique ».

Agropaysage, au rapport !

Aux noms du conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAER) et du conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), les deux rapporteurs ont répondu à une commande initiale de leurs anciens ministres Stéphane Travert et Nicolas Hulot.

Leur ambition découle d’une anomalie maintes fois dénoncée par les  paysagistes conseil de l’Etat : alors que l’agriculture et la forêt couvrent 80 % de la surface métropolitaine, le ministère de l’Agriculture ne porte aucune vision paysagère, et n’emploie aucun paysagiste.

La France, cancre européen

La comparaison avec les pays européens pousse à sortir de cette impasse, comme l’avait montré un précédent rapport du CGEDD, co-signé par Jean-Pierre Thibault et consacré à six régions de pays membres du conseil de l’Europe  : les bons exemples de politiques paysagères découlent de stratégies interministérielles, portées au plus haut niveau des exécutifs.

La convention européenne du paysage, ratifiée par 39 pays, va également dans ce sens : son article 5 D prescrit l’intégration du paysage dans les politiques sectorielles, dont celle de l’agriculture.

La création de passerelles entre les schémas de cohérence  territoriale et les projets alimentaires territoriaux figure  parmi les recommandations des rapporteurs. « Qu’au moins ils se causent ! », exhorte Jean-Pierre Thibault. L’organisation d’un colloque rassemblant les parties prenantes des deux outils de planification coûterait environ 60 000 euros. Les rapporteurs en font un test de la volonté réelle de leurs commanditaires.

Le modèle helvétique

Instrument de la politique fédérale helvétique depuis 1997, la Conception paysage suisse (CPS) figure parmi les exemples qui ont inspiré le rapport et nourri la centaine de participants à la « journée paysage » du 26 novembre à Strasbourg, sous l’égide du Conseil de l’Europe, du collectif des Paysages de l’après-pétrole, du parc naturel régional des Vosges du nord et du ministère de la Transition écologique et solidaire. Sous les regards croisés d'autres pays signataires, l'application par la France de la convention européenne du paysage a servi de fil conducteur aux échanges.


« La loi fédérale d’aménagement du territoire contraint d’inscrire la conception paysage dans une politique interministérielle », précise Gilles Rudaz, collaborateur scientifique de l’office fédéral de l’environnement et vice-président de la Conférence du conseil de l’Europe sur la convention européenne du paysage.

Le respect de cette contrainte conditionne les financements fédéraux accordés aux projets cantonaux, « sans pour autant créer une nouvelle couche administrative autour du paysage », souligne Gilles Rudaz. La refonte de la CPS, à la lumière de la nouvelle stratégie fédérale pour la biodiversité, devrait aboutir en avril 2020, à l’issue de négociations engagées en 2018.

Auparavant, cinq cantons pilotes et représentatifs de différents types de paysage ont testé, de 2014 à 2017, la notion de « projets de qualité paysagère », dédiée à l’agriculture. « L’analyse à la fois technique et sensible est partie des agriculteurs, à l’échelle cantonale », souligne Matthieu Raemy,  du service des programmes de l’office fédéral de l’agriculture. 73 % des agriculteurs concernés ont participé à la définition des 138 projets dans lesquels la diminution des pesticides s’accorde avec la diversité et la rotation des cultures.

Embryon charentais

Encore embryonnaire en France, l’idée d’intégrer un moteur paysager dans l’aménagement agricole inspire la Charente-Maritime : depuis juillet 2018 et grâce aux bureaux que lui fournit la Chambre d’agriculture, Caroline Bigot y assume la seule prestation de paysagiste conseil de l’Etat intégrée à une direction régionale de l’agriculture et de la forêt (Draf).


L’accompagnement de deux exploitations engagées dans des démarches agroforestières a permis de roder la méthode : la paysagiste conseil a intégré les projets dans l’échelle plus large des rapports entre les champs et le village ; elle a cherché à liaisonner les plantations ornementales des bâtiments d’habitation occupés par les générations qui se partagent l’exploitation, et à organiser l’entrée des visiteurs et consommateurs qui viennent acheter des produits à la ferme.

Elle rêve désormais de passer la vitesse supérieure sur des emprises plus vastes et en arrivant plus tôt, avec des groupes d’exploitants et la participation d’étudiants en paysage et en agronomie.

Fierté agricole

Chargé de mission à la chambre d’agriculture, Eric Cirou dresse un bilan enthousiaste : « L’ingénieur se perd dans ses contraintes agronomiques, foncières et économiques, jusqu’à perdre de vue le sens de son action. L’intégration du paysage en amont peut l’aider à les retrouver ».
Son espoir ultime concerne la fierté retrouvée de « l’agriculteur paysan, repositionné dans son paysage, ancré dans son terrain, capable d’expliquer son métier à d’autres ».

Stimulation wallonne

Autour de la création de liens par la participation citoyenne aux projets de paysage à grande échelle, la France présente un bilan moins déshonorant que dans l’agropaysage, au regard de la convention européenne qui fêtera ses 20 ans en 2020. Les atlas départementaux ont stimulé ces exercices dans la majeure partie du pays. Dans la foulée du sien, l’Ille-et-Vilaine tente l’aventure d’un observatoire photographique participatif, qui fait écho à d’autres initiatives similaires.
L’exercice du croisement de regards européens n’en reste pas moins stimulant pour la France, comme le montre le groupe d’action local (Gal) Pays des Tiges et des Chavées, au centre de la Wallonie : la formation de paysaguides, parmi les citoyens, favorise la transmission d’une culture partagée de ce territoire intercommunal de 20 000 habitants, soumis à la pression foncière en raison de son voisinage avec Namur.
Co-financés par l’Europe, les huit projets paysagers du pays des Tiges et Chavées se déroulent sous le regard bienveillant et vigilant du gouvernement wallon, qui coordonne les Gal. Chacun de ces groupements, où se retrouvent les acteurs publics et privés du territoire, reçoit régulièrement les autres, afin de vérifier la cohérence d’ensemble et de transférer les bonnes pratiques.

Humanisme paysager

Auteures d’une étude de sept territoires européens acquis à la démarche paysagère, les architectes urbanistes et paysagistes Mathilde Kempf et Armelle Lagadec, représentantes du collectif des paysages de l’après-pétrole, identifient sept lignes de force communes. Clé de la reproductibilité de ces démarches selon elles, « aucun de ces territoires n’étaient prédestinées à l’excellence. Banals à l’origine, ils se construits par la confiance dans l’humain ».

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