Des pylônes en béton imprimé embellissent le numérique
Six voussoirs superposés en béton imprimé donnent leur forme aux pylônes d'Art & Fact Innovation. - © Laurent Miguet

Des pylônes en béton imprimé embellissent le numérique

Laurent Miguet |  le 07/11/2019  |  YvelinesBéton fibréNumérique

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La solidité et l’élégance résument l’argumentation des pylônes imprimés en 3D béton, présentés au salon Batimat 2019 par Art & Fact Innovation. Créateur de la start-up, l’ingénieur télécom Denis Wehrlé compte sur le déploiement du réseau 5G pour lancer le marché.

En lisière de forêt de Rambouillet et à l’arrière du dépôt de Freyssinet à Auffargis (Yvelines), le totem de 12 m de haut, monté à blanc le 6 novembre avant une implantation définitive aux Antilles, frappe par sa forme autant que par sa texture.

Economie de matière

Les architectes et ingénieurs de XTreeE, spécialistes du béton imprimé en 3 D, en ont dessiné les courbures paraboloïdes hyperboliques en s’appuyant sur l’expertise des inventeurs de la précontrainte : Freyssinet liaisonnera les six voussoirs de deux m de haut avec les câbles logés dans les gaines de PEHD et arrimés aux massifs des fondations. Sur le site définitif, l’enveloppe imprimée servira de coffrage au béton fibré ultra-haute performance (B Fup), coulé en place.
« La forme permet d’obtenir une solidité maximale avec un minimum de matière », commente Thomas Pasquier, architecte et ingénieur au bureau d’études Lamoureux & Ricciotti Ingénierie. La texture, elle, repose sur l’enveloppe imprimée en béton 3D : des minces cylindres s’enroulent horizontalement autour du mât. Une semaine d’impression a suffi pour fabriquer les six voussoirs de deux m de haut.

Zéro entretien

La rugosité de l’enveloppe facilitera la rétention des eaux pluviales qui contribueront à alimenter les plantes grimpantes choisies par Les Jardins de Babylone : ce spécialiste des façades végétalisées a sélectionné quatre palettes végétales compatibles avec des plantations en pleine terre et correspondant à autant de contextes climatiques, pour respecter l’objectif de Zéro entretien, fondement du modèle économique d’Art & Fact Innovation, créée fin 2018 pour lancer ce produit.

paroi pylone
paroi pylone - © Laurent Miguet

L'enveloppe rugueuse retiendra l'eau qui nourrira les plantes grimpantes, autour du pylône. 

« Certes, les poteaux métalliques importés de pays à bas salaires coûtent deux fois moins cher que les nôtres, mais ils exigent une maintenance de 2000 à 3000 euros par an. 20 ans suffisent à amortir la différence », calcule Denis Wehrle, créateur d’Art & Fact innovation. L’entrepreneur mise aussi sur la production en série pour diminuer les coûts.

Huit brevets

A partir du béton Ductal fourni par Lafarge, l’enveloppe imprimée s’enrichit d’adjuvants intégrés juste avant la phase de séchage, qui dure moins de 48 h. Ces apports garantissent l’imperméabilité, la résistance aux chlorures et aux alternances gel dégel.
« Chacun des deux matériaux donne le meilleur de lui-même : l’impression 3 D pour la liberté formelle et l’imperméabilité ; le béton fibré ultra-haute performance pour la résistance à la compression », précise Charles Bouyssou, architecte et ingénieur chez XTreeE.
Huit brevets protègent le savoir-faire déployé par cette jeune société de Rungis (Val-de-Marne) au service du concept d’Art & Fact Innovation. La perspective d’une production en série n’entame pas la dimension artistique chère à XTreeE : « A chaque projet son design », insiste Charles Bouyssou. Active dans le groupe de travail qui définit les tests préalables à la normalisation du béton imprimé, l’entreprise espère franchir une frontière technique par la démonstration des qualités structurelles du matériau.

Intégration paysagère

Deux décennies chez Bouygues Télécom ont familiarisé Denis Wehrlé avec l’écueil de l’acceptabilité des infrastructures numériques. Il résume son projet par cette formule : « Embellir le monde connecté ». Les architectes et les communes font partie des cibles priorisées par Art & Fact Innovation, pour entendre ce langage, moins audible du côté des opérateurs. L’intégration possible d’abris à chauve-souris figure également parmi les arguments avancés auprès des collectivités.
Avec ses deadline fixées par le gouvernement qui imposent le déploiement de 3000 à 4000 sites par an pour couvrir les deux tiers de l’hexagone d’ici à 2026, le réseau 5 G crée une opportunité idéale : « En ville, les opérateurs se heurteront aux réticences des  copropriétés. Dans les villages classés en butte à la fracture numérique, les défenseurs du patrimoine s’opposeront aux pylônes métalliques considérées comme des verrues », considère Denis Wehrlé.

Para cyclone et parasismique

Après avoir passé une partie de sa carrière à déployer le réseau de Bouygues Télécom dans les Antilles, le créateur d’Art & Fact n’a pas oublié la vulnérabilité d’une partie du territoire métropolitain et ultra-marin aux séismes et aux cyclones : Lamoureux & Riccioti Ingénierie a dimensionné les pylônes pour résister aux vents de 300 km/h, et pour se conformer aux normes parasismiques.

« En cas d’avis de tempête en cours de montage, un système de pré-ancrage en forme de croix assure la stabilité provisoire », complète Thibaud Feferberg, ingénieur commercial chez Freyssinet.

Très fréquentées et affectées par des noyades, les plages landaises font partie des sites ciblés par Denis Wehrle, pour répondre à un besoin criant de connexion dans des conditions climatiques et un contexte paysager exigeant.

Potentiels multiples

Deux ans de recherche et développement et un investissement de 200 000 euros ont précédé la création d’Art & Fact Innovation. Le créateur espère en placer 12 à 15 en 2020, pour arriver ensuite à une trentaine par an. La stature mondiale de Freyssinet ouvre la porte au déploiement d’unités de production proches des implantations.

pylône ciel
pylône ciel - © Laurent Miguet

Outre le réseau 5G, Art & Fact Innovation cherche à intéresser de nombreuses infrastructures consommatrices de poteaux métalliques inélégants.


Au-delà des réseaux numériques, le regard du créateur d’Art & Fact s’étend vers toutes les infrastructures gourmandes en poteaux métalliques importés à bas prix, y compris les remontées mécaniques de stations de sport d’hiver, les tours de guet de l’office national des forêts, les supports pour caméras de vidéosurveillance ou  l’éclairage architectural et événementiel…
L’association avec le mobilier urbain figure également dans ses cartons. La diversité des potentiels reflète celle des compétences réunies par Art & Fact Innovation, de la précontrainte à la botanique et des télécom au design.

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