Des pierres, des chevaux et des hommes, piliers du causse Méjean
Le hameau du Villaret, typique du causse Méjean, abrite l'une de ses quatre directions territoriales du parc national des Cévennes. - © laurent miguet

Des pierres, des chevaux et des hommes, piliers du causse Méjean

le 23/04/2019  |  LozèrePierre massive

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Paysage
Lozère
Pierre massive
Valider

Avec une densité démographique inférieure à celle du Sahara, le Causse Méjean entretient son écosystème façonné par l’agriculture extensive et le travail de la pierre. Les participants au colloque des lauziers et bâtisseurs en pierre sèche du Massif central s’en sont rendu compte, le 5 avril dans le hameau du Villaret (Lozère).

Gélive ou non gélive ? D’un geste sûr, Jean-Philippe Vernhet interroge la pierre à l’aide de sa marteline sans âge, récemment rechargée. La sonorité émise par le matériau répond à la question existentielle du lauzier.

Langue de pierre

Mais l’artisan relativise sa propre expertise : « Certaines fragilités restent indécelables », constate le gérant de Lauze et paysage, entreprise établie à Saint-Pierre des Tripiers (Lozère). Après le test de la marteline, la seconde précaution repose sur la rusticité assumée : « Ici, il n’y a pas lieu d’imiter la finesse des dalles manufacturées », tranche le jeune homme de son accent rocailleux.

Jean-Philippe Vernhet, artisan lauzier, perpétue un savoir-faire ancestral

La pierre imprègne chaque trace humaine, dans le hameau du Villaret (Lozère), au cœur du Causse Méjean, où Jean-Philippe Vernhet initie un groupe de visiteurs à l’esprit du lieu, ce frais matin du début avril : le parc à bétail, le potager, la poignée de maisons, le four à pain, les clapas où elle s’entasse en tas, le long des limites parcellaires…


Parc habité

La pierre s’impose au marcheur, sur le sentier d’interprétation du paysage, de la biodiversité et du patrimoine bâti, aménagé par le parc national des Cévennes, qui a établi ici l’une de ses quatre directions territoriales, baptisée Causse Gorges.

L’équipe de quatre gardes, dirigée par Richard Scherrer, incarne le pari du parc habité… Avant les Cévennes, les parcs nationaux servaient à sanctuariser la nature. Ici, le même outil de préservation s’est mis au service du paysage ouvert du plateau karstique. La pérennité de cette pièce du patrimoine mondial repose sur l’intervention humaine, à travers l’élevage ovin, socle d’une économie portée par moins de deux habitants/km2.
Au-delà des limites du hameau, les semelles et les sabots des hommes et des bêtes s’appuient sur les pierres des drailles, ces chemins de la transhumance, qui conduisent aux vallées et à l’eau. D’autres dalles retardent l’assèchement des lavognes, ces abreuvoirs qui ponctuent le plateau. Les affleurements rocheux délimitent les horizons, sauf sur la crête encore blanche du mont Aigoual. L’autre accident visuel remonte aux années 1960 : quelques bandes vertes de pin noir d’Autriche perturbent la biodiversité et l’ouverture des vues.

Petite Mongolie

En plus des bergers assistés par les moniteurs du parc, une autre forme d’élevage est venue renforcer les moyens affectés à l’entretien d’un paysage ouvert : depuis 1993, l’association Takh a choisi le Causse Méjean pour réadapter à la vie sauvage les chevaux de Przewalski, dernière race de l’espèce non domestiqués par l’homme. Il n’en restait alors que 13 specimen, tous élevés dans des zoos.

« Avec ses températures qui descendent régulièrement sous moins 20°, les espaces ouverts et pelés du causse présentent des caractéristiques comparables aux plateaux mongols, d’où proviennent les chevaux de Przewalski », explique Sébastien Carton de Grammont, chargé du suivi sanitaire et comportemental du troupeau, qui évolue dans deux enclos totalisant 400 hectares, soit une capacité maximale de 40 à 50 individus.

La lutte continue

Après la difficile décennie de reconstitution des structures familiales, la bataille semble gagnée : pris en charge par des partenaires locaux dans un espace de 14 000 hectares à l’ouest de la Mongolie, 76 chevaux élevés en Lozère, dont 19 juments pleines, ont retrouvé leur habitat originel. L’association Takh, un mot qui signifie cheval sauvage en mongol, se prépare à un nouveau défi : la fondation qui l’a financée depuis 1993 lui donne deux ans pour voler de ses propres ailes, sous forme de centre de formation à l’entretien de l’écosystème causseran. Un rude combat s’annonce, à l’image du paysage et de l’histoire du causse.

Commentaires

Des pierres, des chevaux et des hommes, piliers du causse Méjean

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Date de parution : 10/2018

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Date de parution : 06/2018

Voir

AMC n°261 - Spécial Intérieurs 2017

AMC n°261 - Spécial Intérieurs 2017

Date de parution : 07/2017

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur