Des médecins au chevet de la précarité énergétique
Margaret et John Boulton, deux patients ayant pu bénéficier d’une rénovation de leur logement dans le cadre d’un programme expérimental à Sunderland. - © © Gentoo

Des médecins au chevet de la précarité énergétique

Hugues Boulet |  le 03/04/2015  |  precariteBâtimentSantéEuropeTechnique

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Au Royaume-Uni, des praticiens délivrent à des patients, dont la maladie est liée à leur logement, un certificat permettant de réaliser des travaux.

Des médecins qui prescrivent des chaudières, des isolants et du double vitrage?! Cette idée pour le moins absurde ne pouvait venir que de nos amis anglais, spécialistes du nonsense. L’affaire est pourtant sérieuse, et elle porte aussi la marque du non moins célèbre pragmatisme britannique.

Fuel poverty strategy

Le 3 mars dernier, le gouvernement de David Cameron a annoncé un plan contre la précarité énergétique (Fuel poverty strategy) qui vise à s’attaquer au problème des «?maisons passoires?» du parc locatif privé dans lesquelles vivent encore nombre d’Anglais, en particulier les plus modestes. Selon le gouvernement, plus de 320?000 ménages habitent dans des logements classés en dessous du niveau E des EPC (Energy performance certificates), le système de classification local de la consommation énergétique des bâtiments.

Cette Fuel poverty strategy se fixe des objectifs ambitieux pour lutter contre la précarité énergétique – tous les logements devront atteindre un niveau minimum E en 2020, D en 2025 et C en 2030 – et des mesures classiques pour y parvenir. D’ici à avril 2016, les locataires pourront demander à leur bailleur d’améliorer leur logement en termes d’efficacité énergétique. Leur logeur ne pourra refuser sans de sérieuses raisons. Les propriétaires pourront alors s’appuyer sur les systèmes d’aides d’Etat, notamment le Green Deal mis en place depuis deux ans. D’ici à 2018, il sera interdit aux propriétaires de louer leurs biens si ceux-ci n’ont pas au moins le niveau E des EPC.

1,5 milliard de livres

Mais l’originalité de ce plan réside dans le lien de cause à effet qu’il établit entre précarité énergétique, santé publique et financement de cette dernière. Selon le National Health Service (NHS), le système de santé publique du Royaume-Uni, le coût des «?logements-passoires thermiques?» se monte à 1,5 milliard de livres sterling par an (plus de 2 milliards d’euros). «?Le lien entre mauvaise santé et précarité énergétique est indéniable?», estimait ainsi Ed Davey, le ministre de l’Energie et du Changement climatique (DECC), le 4 mars, lors d’Ecobuild, le salon londonien sur le bâtiment durable. «?De l’asthme à la bronchite, de l’exacerbation des problèmes de santé mentale à l’augmentation des maladies respiratoires graves, une maison froide peut être la cause de beaucoup de problèmes de santé.?» Toujours selon la NHS, 9?300 Britanniques sont morts prématurément durant l’hiver 2012-2013 en raison de ce problème de précarité énergétique. De plus, ces maisons mal isolées coûtent 1?000 livres sterling de plus par an sur la facture énergétique par rapport à un habitat classique. Autant d’argent qui pourrait être dépensé autrement. En clair, lutter contre la précarité énergétique, c’est bon pour l’environnement, la santé mais c’est aussi excellent pour le bâtiment, la consommation et les finances du pays.

Mise en œuvre nationale

C’est pourquoi le ministère de l’Energie, en collaboration avec celui de la Santé, a décidé d’entamer un processus de généralisation au pays des programmes expérimentaux menés en Angleterre qui s’appuient sur les médecins généralistes. Ces derniers sont chargés d’identifier les personnes dont les problèmes de santé sont dus à la précarité énergétique et de prescrire ensuite des mesures d’efficacité énergétique. En pratique, ils délivrent à leur patient un certificat qui permettra d’obtenir une aide auprès d’un fonds pour financer la rénovation du logement. Selon l’expérimentation menée à Sunderland (nord de l’Angleterre), les visites des locataires chez le médecin ont baissé d’un tiers après les travaux et leur facture énergétique de 30 livres par mois. Originaux, mais pas si fous que ça, ces Anglais?!

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