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Des logements transfigurés par le métal

Marie-Douce Albert |  le 03/06/2011  |  ParisFrance entièreProduits et matérielsAcier

Extension-restructuration -

Au 105, boulevard Diderot à Paris (XIIe), un ingrat bâtiment en béton des années 1960 aux allures de forteresse a gagné en légèreté et en éclat. Restructuré et agrandi, il abrite désormais, derrière une double peau en tôle d’aluminium perforée, les 141 studettes d’un foyer de jeunes travailleurs.

Construit sur le domaine de la fondation Eugène-Napoléon, dans le XIIe arrondissement de Paris, l’immeuble du 105, boulevard Diderot faisait jusqu’alors figure d’élément disgracieux à côté de l’institution proprement dite, édifiée dans les années 1850, par l’architecte Jacques Hittorff. Il se dit que son plan-masse s’inspire d’une parure que l’impératrice Eugénie avait refusée, préférant que la somme soit allouée à la création d’un lieu d’accueil pour les orphelines... Mais, depuis les années 1960, cet immeuble, installé à l’extrémité ouest de l’ensemble partiellement inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH), n’offrait pas le plus élégant des voisinages. Sous son aspect de monolithe inaccessible, il abritait un foyer de jeunes filles. Orienté est-ouest il ne présentait guère qu’un pignon quasi-aveugle sur le boulevard Diderot et la parcelle était masquée par un long mur de clôture. Enfin, avec sa structure apparente de béton et ses murs de refends disposés tous les 2,50 m, l’édifice évoquait un casier à bouteilles.

En 2006, La Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) lançait donc un appel d’offres pour sa restructuration complète et son extension. Lauréate, l’architecte parisienne Suzel Brout, dont l’agence AASB a été créée en 1988, rappelle aujourd’hui les enjeux de sa mission : « Il fallait que le foyer de jeunes travailleurs, géré par l’Association logement jeunes travailleurs, continue de proposer le même nombre de lits, soit environ 150. Que le bâtiment retrouve une qualité et, qu’une fois transformé, il réponde aux critères de très haute performance énergétique (THPE) ; qu’il participe enfin à la vie du boulevard. Il était donc obligatoire de revoir son enveloppe et ses dimensions. » En effet, pour obtenir 141 studettes plus vastes que les anciennes chambres, le foyer devait gagner en volume. Une possibilité : l’épaissir en procédant à des extensions verticales sur les façades est et ouest. Mais Suzel Brout n’a pas souhaité multiplier les structures, ni étendre le bâtiment vers les parties historiques de la fondation. Grâce à une structure en acier, l’immeuble a donc gagné environ 5 m côté jardin, à l’ouest. De même, pour maintenir un équilibre dans la taille des studettes, la circulation centrale intérieure a été décalée de quelques mètres également, ce qui a obligé à tailler dans les murs de refends.

Extension plissée

Une nouvelle aile sur deux étages a ensuite été ajoutée au nord. « Nous voulions en effet que le bâtiment reste unitaire, mais aussi le plus compact possible pour préserver le jardin classé Espace vert intérieur protégé (Evip) », explique l’architecte. L’agence avait donc imaginé l’extension idéale, dans la droite continuité de l’immeuble d’origine, avant de la plisser pour la faire rentrer dans les strictes limites de la parcelle. « Nous sommes certainement contextuels, assure Suzel Brout, mais ce qui prime, c’est l’idée du programme et de l’usage. » Les vues des logements sont de la sorte redirigées soit vers l’espace vert à l’ouest, soit vers deux mini-jardins côté est.
L’immeuble a aujourd’hui perdu son allure de forteresse grâce, notamment, à son nouvel habillage réalisé en aluminium anodisé naturel qui lui fait gagner en légèreté. Il est aussi beaucoup mieux connecté au reste de la ville. Le rez-de-chaussée et ses espaces communs sont désormais ouverts sur le boulevard Diderot. Par ailleurs, des « fenêtres » ont été découpées dans le mur d’enceinte. Ainsi, grâce à une alternance de pleins et de vides, le jardin du foyer conserve une certaine intimité, même si des vues depuis la rue sont désormais possibles sur ses massifs de rhododendrons…

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« Aujourd’hui, la vie intérieure d’un bâtiment ne se dévoile plus obligatoirement en façade et l’on peut jouir d’une grande liberté de volumes. La Ville de Paris, comme le maître d’ouvrage, nous a laissé une grande latitude. L’architecte des Bâtiments de France aussi, qui estimait qu’à partir du moment où le bâtiment demeurait, il fallait en faire quelque chose de particulier. L’enveloppe en aluminium anodisé naturel dessine donc une nouvelle géométrie, traitée de manière unitaire de haut en bas, sans révéler le programme. »
Suzel brout, architecte

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : RIVP ; gestionnaire : ALJT. Maîtrise d’œuvre : AASB (Agence d’architecture Suzel Brout) ; Sibat, BET ; Neveux-Rouyer, paysagistes. Principales entreprises : Paris Ouest Construction (entreprise générale mandataire), Baudin-Châteauneuf (charpente métallique), Batex (enveloppe bardage). Sous-traitants : Gam Protection/Atelier David (menuiseries ext.), Fernandes (ravalement), Rubéroïd (étanchéité), Bédier (photovoltaïque), Andreu (plomberie, chauffage, ventilation), Télécoise (électricité, Intégral système, courants faibles), Altor (salles de bains préfabriquées), Am Site Bat (plâtrerie), Les chapistes parisiens (chapes acoustiques), Tichit (serrurerie), Da Rocha (menuiseries int.), Décor Barral (revêtements de sols), SNM (peinture), GTF (signalétique), HD Décors (espaces verts). Surface : 3 751 m 2 Shon. Coût : 11,20 millions d’euros HT.

Double peau Un manteau métallique perforé sur mesure

Pour faire du bâtiment d’origine et de ses extensions en façades et au sol un volume unique, l’agence Suzel Brout a choisi de l’envelopper intégralement dans un même manteau de métal perforé, sur lequel joue le soleil. Confectionné en aluminium anodisé naturel, cet habit est constitué d’une multitude de cassettes métalliques produites par la société Arval (une marque du groupe Arcelor Mittal), et mises en œuvre par l’entreprise Batex. Du « quasi-sur-mesure », comme l’explique le chargé d’affaires pour Arval Ile-de-France, Jean-Michel Boulestin : « Pour cette réalisation, nous sommes partis d’un de nos produits standards, les cassettes ST, dont nous avons adapté les perforations - des trous carrés de 4 x 4 cm [les pleins, eux sont de 5 x 5 cm, NDLR] - pour répondre au dessin de Suzel Brout. » Mais c’est surtout un nouveau système constructif qu’a dû élaborer Arval pour cet ouvrage atypique, ceci afin d’assurer la tenue mécanique de la vêture : une telle façade peut se déformer sous l’effet du vent et la peau métallique, qui enveloppe les balcons, doit être assez résistante pour jouer le rôle de garde-corps. Les cassettes, parfois de grande taille, sont donc complétées par des goujons qui renforcent la solidité de leur emboîtement. Cette seconde peau, d’un gris très lumineux, fait également office de brise-soleil pour les logements. En dessous, l’épiderme du bâtiment est très coloré. Côté ouest, celui de l’extension, il est revêtu de panneaux Trespa (à base de résines thermodurcissables renforcées de fibres de bois) qui ont le mérite d’être très résistants. Sur la façade est d’origine, il s’agit d’un enduit sur le béton.

Extension Une structure métallique greffée sur le béton

Choix plutôt inhabituel - et même très rare lorsqu’il s’agit de bâtiments d’habitation - , l’extension de l’existant d’environ 5 m sur la façade ouest a été réalisée en structure acier. Même si les contraintes en termes de sécurité incendie sont élevées, ce système constructif présente en effet de multiples avantages. Légère, cette greffe a nécessité des fondations moins importantes qu’un ouvrage en béton. « Par ailleurs, une telle structure est plus flexible et, à l’avenir, une modification sur cette partie du bâtiment sera plus aisée », fait valoir Suzel Brout. Surtout, le procédé permet un chantier en filière sèche, donc sans nuisances et extrêmement rapide. L’entreprise Baudin-Châteauneuf a ainsi procédé au montage en trois ou quatre mois. « Nous avons passé auparavant une dizaine de mois en études, précise Jérôme Leloup, chargé d’affaires au sein de l’entreprise. Mais ça n’est pas très étonnant car tout doit être calculé au préalable. Quand on arrive sur le chantier, c’est comme un Meccano, avec peu de latitude : tout doit être assemblé comme les plans l’indiquent. »

Agencement extérieur Des usages différenciés dans une seule pièce

Dans un établissement où les chambres comptaient auparavant 11 m², le projet a permis de réaliser 141 studettes de 16 m² minimum (les appartements handicapés qui n’existaient pas auparavant mesurent 20 m²). Malgré ce gain de surface, les logements restent de petite taille et doivent de plus, pour répondre aux normes de financement de ce type de programme, comporter obligatoirement une kitchenette et une salle de bains avec lavabo, douche et WC. « Il fallait faire en sorte de dilater l’espace, observe Suzel Brout. L’idée était donc de gagner le maximum de lumière dès l’entrée pour donner la sensation que la studette est grande. Ensuite, nous avons séparé les usages, afin que les habitants n’aient pas l’impression de dormir dans leur cuisine. » L’aménagement parvient ainsi à créer le sentiment qu’il y a deux pièces dans un même petit espace. Sur la face ouest du bâtiment, la création de l’extension métallique a généré des décrochés dans les chambres. Ainsi, le lit n’est pas visible depuis l’entrée et le coin cuisine. Côté est, dans la partie existante du bâtiment, un tel décalage ne pouvait pas être réalisé. C’est donc le bloc sanitaire compact, disposé au centre, qui fait office d’articulation entre les deux espaces de vie.

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