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« Des décisions concrètes doivent être prises rapidement pour relancer la construction», Michel Gostoli (EGF-BTP)
Michel Gostoli, président d'EGF.BTP - © ERIC LEGOUHY/LE MONITEUR

« Des décisions concrètes doivent être prises rapidement pour relancer la construction», Michel Gostoli (EGF-BTP)

Propos recueillis par Laurence Francqueville |  le 25/06/2014  |  France entièreEtat

Alors que se tient le 26 juin l’assemblée générale d’EGF-BTP, Michel Gostoli, son président, par ailleurs P-DG d’Eiffage Construction, répond à nos questions et réagit au plan de relance de la construction présenté par Sylvia Pinel.

A mi-année, et à la veille de l’assemblée générale d’EGF-BTP, comment vos entreprises ressentent le marché de la construction et plus particulièrement celui de l’habitation ?

Michel Gostoli : Il y a encore un peu de matière même si les décisions tardent. C’est la première fois qu’on ressent aussi fort un trou d’air dans l’activité car une opération de logements prend du temps à monter et ne se remplace pas instantanément par autre chose. Si dans six mois, on voit effectivement que la construction de logements sociaux cale aussi, ça va faire très mal. La situation du secteur de la construction se dégrade à vitesse grand V. Je ne suis pourtant pas du genre à dramatiser mais si ça continue à ce rythme, dans un an les dégâts en termes d’emploi  seront considérables. C’est  pourquoi  je voulais pousser un coup de gueule.Ca suffit ! Stop au défilé des commissions ! Des décisions concrètes doivent absolument être prises rapidement. C’est d’ailleurs ce que j’ai exprimé auprès de Sylvia Pinel, ministre du Logement, qui a bien voulu nous recevoir.

Quel genre de décisions ?

M. G : J’ai plusieurs propositions en tête. La première d’entre elles doit viser à produire du logement moins cher, et favoriser la mise sur le marché du foncier, qui en est la matière première. Sur ce point, malgré la loi votée en 2012, rien ne s’est passé concrètement.  On pourrait par exemple faire en sorte que partout en France, sur toutes les opérations impliquant un foncier public, l’avis des Domaines se base sur le prix des 5 ou 10 dernières transactions, auquel on appliquerait une décote de 30% quelque soit l’objet de l’opération. Avec, en plus, s’il s’agit de logements sociaux, la possibilité de pratiquer un bail emphytéotique ou d’appliquer une décote encore plus importante pouvant aller jusqu’à la gratuité. Je note que dans les annonces faites par Madame Pinel plusieurs mesures  vont dans le bon sens : mobilisation des préfets pour débloquer 5 projets de construction par région, mise en place d’une commission nationale de l’aménagement qui assurera  un pilotage de la mobilisation du foncier. La présidence de Thierry Repentin me rassure puisqu’il connaît parfaitement les contraintes de nos métiers.

 

Dans ce contexte, quel doit être selon vous le rôle de l’élu ?

M. G : Outre un rôle dans la fluidification du foncier, il doit veiller à ce que les projets correspondent à des partenariats gagnant-gagnant. Cela existe ! Des maires cèdent des terrains à des prix raisonnables pour réaliser des logements qui seront vendus à des prix raisonnables dans des fourchettes fixées par eux. Nous proposons aux élus des outils comme le contrat de partenaire opérateur (CPO). Prenons le cas d’un terrain identifié mais non aménagé? : une phase d’études permet d’élaborer un projet urbanistique et de définir, en lien avec le propriétaire du terrain et la ville, une valorisation foncière, éventuellement une modification des documents d’urbanisme pour aboutir au lancement des permis d’aménager et de construire. La particularité du CPO est de tenir des délais courts, la phase d’études ne devant pas dépasser six mois. Nous en avons signé par le passé avec RFF. Il faut relancer la dynamique car il est plus intéressant et moins complexe pour les parties prenantes qu’une ZAC ou une concession d’aménagement.

 La loi Alur est-elle en mesure d’apporter des réponses sur le sujet du prix ?


M. G : Cette loi, qui nécessite, je le rappelle, plus de 100 décrets d’application, est assurément mal comprise. Je préfère les décisions annoncées hier comme les dérogations aux documents d’urbanisme, la réduction des obligations en matière de parkings et la révision des études d’impact.

Quels sont les autres arguments sur lesquels vous vous battez pour faire baisser les prix.


M. G : Il faudrait faire comme de nombreux autres pays étrangers : baisser le taux de TVA  et ce pour tous les logements. Passerde 20 à 10% ça change la donne pour l’acquéreur ! Pour l’Etat aussi. Comment le ministère des Finances peut-il ne pas vouloir d’un impôt à faible taux mais à assiette large, c’est le principe même d’un bon impôt. Sans parler des bénéfices induits par l’activité économique sur l’emploi et les transferts sociaux. Le taux de TVA ramené à 10% en logement locatif intermédiaire est une mesure qui n’intéresse que  quelques milliers de logements et c’est bien modeste par rapport à ce qui pourrait être fait ! Le bail réel immobilier qui dissocie le foncier de la construction devrait être très rapidement mis en place pour soutenir la demande car c’est une idée prometteuse, il ne faut pas le limiter mais le généraliser.

Croyez-vous qu’il soit possible de faire revenir les investisseurs institutionnels dans le secteur du logement ?

M. G : Pourquoi les « zinzins », comme on les appelle, ne viennent pas dans le logement ? Parce que les prix de l’immobilier ne leur assurent pas un rendement suffisant ! De manière générale, c’est très logique : plus les prix sont élevés moins il y a de personnes pour acheter. Il faut arrêter de dire que quand le programme est bien placé, le bien se vend facilement et à n’importe quel prix.

Et concernant les travaux publics, quel est votre sentiment sur l'activité ?


M. G : Il faut activer très rapidement le plan de relance autoroutier dont on parle depuis presque 18 mois. Pourquoi tergiverse-t-on alors que l’on peut investir 3,5 à 4 milliards d’euros dans le réseau de manière complètement indolore pour le budget de l’Etat.

Comment voyez-vous évoluer les partenariats public-privé (PPP) et de manière plus générale les contrats globaux?


M. G :Contrairement à ce que l’on peut lire dans la presse, l’outil PPP est d’une grande efficacité et une vraie réussite. Dans un contexte de pénurie de fonds publics, Les PPP permettent notamment aux collectivités locales -en mal de subventions de  l’Etat-de ne pas différer, voire abandonner, des projets importants pour leur développement. Il faut toutefois s’attacher à y avoir recours pour le bon produit et dans de bonnes conditions. Au delà des PPP et  plus globalement, on voit de plus en plus de collectivités nous solliciter pour des opérations d’aménagement. La conception-construction, que nous défendons, se développe notamment chez les bailleurs sociaux qui se félicitent de son usage, que ce soit en termes de délais ou de tenue des budgets.

Réduire les coûts a aussi des conséquences dans les choix de fonctionnement des entreprises, on l’a vu avec la problématique du détachement des travailleurs. N’est-ce pas un gros risque pour l’avenir de la profession?


M. G :Si l’on veut préserver l’emploi et la formation, nous devons justement travailler à construire moins cher. Cette problématique du détachement est encore plus présente dans d’autres pays. Mais je crois fondamentalement que nous allons vers davantage d’harmonisation  et de sérieux dans l’application des règles européennes afin de permettre une circulation des travailleurs plus cohérente et équilibrée.  Nous conserverons nos bons compagnons, nous emploierons peut être aussi de bons personnels originaires d’autres pays européens comme nous l’avons toujours fait. Nos entreprises, si elles ont conservé un vrai savoir-faire, seront très compétitives et pourront valoriser leurs atouts sur un marché plus large. Cela ne les exemptent pas de devoir faire des efforts pour offrir à leurs clients les produits qu’ils attendent : baisser les prix sans pour autant arrêter de former des jeunes, de travailler à l’intelligence de nos projets. C’est notre force !. Arrêtons de nous plaindre et questionnons-nous sur ce qu’on peut faire pour que ça aille mieux.

Les entreprises générales vont lancer un outil de mesure de performance du bâtiment baptisé  « signature ». Est-ce un concept marketing, un nouveau label ?


M. G : Rien de tout cela. Nous sommes en train de déposer la marque de cet outil dont l’objet est simple : parallèlement au pacte social et environnemental dont nous faisons les porte-voix, nous voulons offrir à nos clients une démarche de qualité globale comprenant 12 indicateurs mesurant objectivement l’impact environnemental du bâti (ACV et indicateur biodiversité) et la performance d’usage (définis par le maître d’ouvrage). Ils peuvent ainsi être vérifiés au moment de la livraison de l’ouvrage. Une façon pour les entreprises générales de « signer » leur engagement à construire des bâtiments vertueux.

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