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Des bactéries dopées pour surveiller l'eau

Guillaume Bouvy avec Julie Nicolas |  le 22/12/2017  |  Rhône

Testés sur un ancien site industriel, les biocapteurs informent en temps réel sur l'état de la nappe phréatique.

Utiliser des bactéries naturellement présentes dans la nappe phréatique pour suivre la dépollution en temps réel, tel est le procédé mis en place par Enoveo à Quincieux (Rhône), à 30 km au nord de Lyon. Cette société spécialisée dans le traitement de sites et sols pollués teste depuis deux ans ses bio capteurs sur l'ancien site de l'entreprise JEC. D'une surface totale de 11 000 m², celui-ci comporte des zones fortement polluées par l'activité de la société, qui utilisait un traitement de surface à base de solvants chlorés et de produits dégraissants. En liquidation judiciaire, le fabricant de mobilier métallique a définitivement fermé le site en 2004, sans pouvoir assumer les coûts liés à la dépollution.

Quelques années plus tard, une pollution persistante a été constatée : « Le perchloro éthylène (PCE) et le trichloro-éthylène (TCE) présents dans le sol avaient migré, contaminant ainsi les captages d'alimentation en eau potable situés en aval », explique Olivier Sibourg, l'un des quatre associés et fondateurs d'Enoveo. Après une série d'arrêtés préfectoraux imposant de nouvelles prescriptions de dépollution, l'Etat a pris le relais à travers l'Ademe, qui endosse ainsi le rôle de maître d'ouvrage des opérations sur le site. Financé par l'agence, le projet « RemWatch » - pour « Remediation Watching » - d'Enoveo consiste à implanter des biocapteurs pour mesurer la progression de la dépollution de la nappe phréatique, dont le toit est situé à 10 m de profondeur. « Nous couvrons ici une surface de 500 m² avec trois appareils, mais ce ratio dépend du site et des polluants à traiter », précise Olivier Sibourg.

« Dopage » de bactéries électro-actives. Les capteurs utilisent des bactéries naturellement présentes dans la nappe phréatique. Les opérations commencent par un prélèvement d'eau dans la nappe, à partir duquel sont sélectionnées les bactéries électro-actives. Ces dernières sont enrichies en laboratoire, où elles sont « bio-stimulées » avec de l'huile de soja. Les micro-organismes ainsi produits sont ensuite installés sur des capteurs avant d'être implantés dans la nappe phréatique.

Le projet d'Enoveo utilise des bactéries électro-actives pour suivre le processus de biodégradation.

Là, les bactéries calibrées à l'huile de soja vont pouvoir « digérer » des substrats organiques et émettre un signal électrique représentatif de leur activité. Un signal élevé témoigne d'un mécanisme de biodégradation actif et efficace.

A contrario, un signal faible indique un risque d'essoufflement du traitement. Une intervention est alors nécessaire pour relancer les processus microbiens. « Les bactéries installées sur nos capteurs reflètent ce qui se passe dans le sous-sol à une échelle plus importante. Grâce à l'huile, les bactéries naturellement présentes dans la nappe disposent de l'énergie suffisante pour dégrader les polluants », explique Olivier Sibourg.

Cette technologie est avant tout utile pour mesurer l'efficacité de la dépollution, grâce à la captation des signaux électriques et à leur interprétation. En l'occurrence, le signal électrique généré par les biocapteurs est traité par un boîtier d'acquisition avant d'être transmis via GSM à une plate-forme Internet. « La forme de la courbe témoigne de la quantité d'huile de soja disponible, et alerte lorsqu'il est nécessaire d'aller alimenter les bactéries », poursuit le responsable. Cette expérimentation à l'échelle 1 a permis à Enoveo de commercialiser sa solution, qui peut aussi être utilisée pour la surveillance des nappes phréatiques, des stations d'épuration ou des bassins d'orage. Le projet RemWatch se terminera en juin 2018.

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