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Des architectes français à l’assaut du Vietnam (3/3)

Mots clés : Architecte - Tourisme

Si vous projetez des vacances au Vietnam et que vous souhaitez vous offrir ce qui se fait de plus luxueux sur la péninsule indochinoise, vous séjournerez certainement dans un établissement dessiné par AW2, agence parisienne spécialisée dans l’hôtellerie « écolo-chic ».

Pour Reda Amalou – qui a grandi en Algérie et  effectué tout son parcours étudiant en Angleterre -,  s’exporter semble naturel. L’agence qu’il a fondée en 1997 réalise aujourd’hui plus des trois-quarts de son chiffre d’affaires au-delà des frontières françaises. Implantée au pied du quartier chinois de Paris, AW2 a fait de l’Asie du Sud-Est son principal terrain de jeu. Reda Amalou n’avait pas pointé la péninsule indochinoise sur un planisphère et élaboré un plan de bataille pour débarquer en mer de Chine. C’est le hasard des rencontres qui l’a amené sur les rives du Mekong.

Au début des années 90, en se rendant à Bali pour dessiner une villa, il croise un médecin français qui souhaite installer un hôpital au Vietnam et est à la recherche d’un architecte pour l’accompagner. Le montage financier du projet est incertain mais Reda Amalou sait qu’il ne se fera pas un nom sans prendre des risques. En 2003, l’hôpital Franco-Vietnamien d’Hô-chi-Minh Ville sort de terre.

 

 

Durant les quatre ans nécessaires à la conception et la construction du bâtiment hospitalier de 20 000 m², Reda Amalou aura le temps de faire de nouvelles rencontres.  Notamment avec deux Américains qui montent alors le fonds d’investissement IndoChina Capital et qui lui confient  le dessin de leur premier  resort  de luxe à Hội An, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Repéré par le prestigieux magazine de tourisme Conde Nast Traveler, le Nam Hai Resort fait entrer l’agence AW2 dans la cour des grands. « Quand, en 2003, nous avons commencé à dessiner ce resort de 45 villas, nous n’étions encore qu’une toute petite agence. Ce projet nous a permis de changer d’échelle», explique Stéphanie Ledoux architecte associée et co-gérante de l’agence depuis 2002.

Dans la foulée, AW2 et Indochina Capital enchainent sur un autre projet. Cette fois-ci, sur la plage sauvage de l’île de Con Dao – nouvelle destination touristique située au large d’Ho-Chi-Minh. Une fois de plus, l’ « éco-resort 5 étoiles », le Six Senses, se fait remarquer et une pluie de récompenses tombent sur ses 39 suites.  Classé parmi les 25 plus beaux pavillons du monde par le National Geographic Traveler, le Six Senses est également lauréat des Bloomberg Property Awards et des MIPIM Awards dans la catégorie hôtel. Les commentaires laissés par les visiteurs sur le site de réservation en ligne Booking confirment  qu’AW2 a su trouver la recette pour allier nature et luxe. 

 

 

En attendant d’avoir de nouvelles opportunités au Vietnam, avec ses deux références de complexes hôteliers en étendard, AW2 a pu débarquer au Cambodge, au Sri Lanka et aux Maldives. L’agence, spécialisée dans les resorts de luxe sur site naturel remarquable, regarde aujourd’hui du côté de la Malaisie et sait que le Myanmar – nouveau nom donné à la Birmanie – ne tardera pas à les intéresser.

L’agence parisienne réalise aujourd’hui près de 50% de son chiffre d’affaires en Asie. Alors, afin d’assurer les suivis de chantiers en Asie, sans multiplier les allers retours depuis Paris, AW2 a implanté une base à Hô-chi-Minh. Plutôt que d’installer une annexe de son agence, AW2 s’est établie en Asie en montant la branche architecture d’un bureau d’études vietnamien. Cette implantation dans le pays via une structure vietnamienne présente l’avantage, pour  l’agence parisienne, de ne pas avoir à s’associer, sur chacun de ses projets, à une agence d’architecture vietnamienne – seule habilitée à obtenir un permis de construire.

Mais aujourd’hui, l’Asie n’est plus le seul terrain de jeu AW2. Emmenée sous toutes les longitudes par des groupes hôteliers non pas français mais anglo-saxons, l’agence dessine maintenant des resorts en Afrique du nord, au Moyen-Orient et aux Caraïbes. Symbolisant le succès du savoir-faire architectural français à l’international, Reda Amalou est aujourd’hui le Vice-Président de l’Afex, Association des architectes français à l’export. Pour ce dernier, « plus que l’appartenance à la maison France, c’est l’idée de compétence rattachée au Vieux-continent qui est un atout dans les pays émergents».

 

L’hôtellerie, paradis pour architecte

 

A l’étranger Reda Amalou est à son aise. C’est à la France qu’il a dû s’acclimater. « Quand je suis revenu en France dans les années 90 – après des études en Angleterre et un poste à Londres-, l’architecture de qualité passait nécessairement par la commande publique. J’ai eu du mal à comprendre ça car en Angleterre, c’est la commande privée qui stimule l’architecture», se souvient Reda Amalou.

L’univers de la construction anglo-saxon aurait également l’avantage d’être moins conflictuel. « En France l’architecte doit jouer le chef d’orchestre avec les équipes techniques mandataires sans pour autant avoir de liens contractuels avec ces dernières. Alors, quand un mandataire traîne la patte, la situation est vite paralysante ». « La présence d’un acteur supplémentaire dans le schéma anglo-saxon, le « project manager », qui agit pour le compte du client et supervise toutes les équipes, change tout et rend le processus de construction plus fluide», remarque la seconde tête de l’agence, Stéphanie Ledoux. 

Mais c’est surtout le créneau de l’hôtellerie de luxe qui ravit Reda Amalou et Stéphanie Ledoux. 

Pour Stéphanie Ledoux, les groupes hôteliers offrent les meilleures conditions de travail qu’un architecte puisse espérer. « Quand le maître d’ouvrage est dans l’hôtellerie, il est plus facile de lui expliquer qu’il faut choisir ce matériau plutôt qu’un autre. Rechercher la qualité est, pour lui, primordial, et il est prêt à mettre le budget pour », explique Stéphanie Ledoux qui a pu travailler avec un budget de 30 millions de dollars pour concevoir la trentaine de suites du Six Senses de Con Dao.

«Travailler dans l’hôtellerie de luxe, nous offre la possibilité de pousser très loin notre réflexion, jusqu’à dessiner les poignées de porte », souligne, de son côté, Reda Amalou.

Pour résumer l’esprit « écolo-chic » des projets menés par AW2, ce dernier a une image : « Robinson Crusoé avec une coupe de champagne ».  Mais tous ces projets allant toujours plus loin dans l’association de la nature et du luxe ne feraient-ils pas tourner la tête ? Pour garder un contact avec la réalité, Reda Amalou et Stéphanie Ledoux mènent un projet de maisons passives en première accession à Marne-la-Vallée.

 

En savoir plus

Des architectes à l'assaut du Vietnam

Retrouvez les deux premiers épisodes de notre séries sur les architectes français au Vietnam.

Episode 1 : l’agence d’architecture DeSo

Episode 2 : l’agence d’architecture ADA

 

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