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Défaillances d'entreprises : le BTP touché de plein fouet
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Défaillances d'entreprises : le BTP touché de plein fouet

laurence francqueville |  le 01/03/2013  |  Maîtrise d'ouvrageParis

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En 2012, les défaillances d’entreprises sont à nouveau en hausse dans le bâtiment et le trou d’air dans l’activité depuis l’été n’arrange rien. Du côté des maîtres d’ouvrage, la vigilance est de mise.

Les entreprises du BTP avaient plutôt bien résisté depuis 2009, notamment grâce à l’argent public injecté dans l’économie et à la résistance de la consommation. Mais, depuis 2012, les problèmes de financement et la baisse de la demande de travaux font souffrir les entreprises. Du coup, les défaillances dans la construction sont reparties à la hausse après deux années relativement favorables : 1,26 % avec 15 759 cas, selon Altarès. L’accélération a été très nette au quatrième trimestre ( 10,8 %) comparé à un an plus tôt. Et, fait nouveau, 69 % des défaillances concernent des entreprises de plus de cinq ans, comme Clestra, Armatures de France ou Enibat.

Certes, le secteur est structurellement fragile et les prix bas pratiqués ne permettent pas aux entreprises de constituer des réserves suffisantes. Alors, quand l’activité cale et que la crise du crédit dure, c’est l’effet boule de neige. « 25 % des artisans ont connu de grosses difficultés de trésorerie au dernier trimestre sans trouver de réponse auprès des banques, explique Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb, pour des besoins qui souvent ne dépassent pas 10 000 euros. » Un chiffre confirmé par la Banque de France. L’alternative au manque de cash passe alors par l’allongement du paiement des fournisseurs (voir les éclairages ci-après)

Défaillances d'entreprises du bâtiment depuis 2007
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Des retards de livraison majeurs

Côté clients, tous ne sont pas mauvais payeurs heureusement. Mais nombreux sont ceux confrontés aux défaillances. Yves Laffoucrière, président de 3F, relève qu’au moins 300 logements n’ont pu être livrés en 2012. Pour Guy Portmann, président de France Terre, « il n’y a pas un chantier sans difficultés ». Les constructeurs de maisons individuelles trouvent sans doute des solutions plus rapidement : «  En quelques semaines, si l’administrateur ou du liquidateur atteste que l’entreprise concernée ne pourra pas terminer les travaux, nous pouvons activer la clause de compensation et relancer les travaux, note Patrick Vandromme, P-DG de Maisons France Confort. Mais sur de plus gros chantiers, c’est une autre affaire.

Sur un projet d’hôpital public dans l’ouest, le cabinet Valode et Pistre Architectes a pu limiter à six mois le retard en trouvant un repreneur pour le peintre qui avait déserté le chantier. « Sans cela, nous allions plutôt vers dix-huit mois de retard », estime Yannick Denis, associé. Car la réactivité du maître d’ouvrage est aléatoire. « Les retards de livraison peuvent atteindre douze à dix-huit mois, notamment si la collectivité relance un appel d’offres », précise le président de la cour administrative d’appel de Paris, Jacques Fournier de Laurière.

Peut-on prévenir ce type de difficultés ? La fédération du BTP du Haut-Rhin a installé une cellule d’accompagnement des entreprises, avec KPMG, un mandataire liquidateur et BTP Banque. Mais, plus globalement, la Capeb évoque la nécessité de travailler avec les banques, notamment pour l’obtention plus facile de crédits de faibles montants, le rachat de créances, voire le paiement direct quand le maître d’ouvrage est un particulier. Côté maîtrise d’ouvrage, certains accompagnent déjà les entreprises en versant des acomptes en cas de problèmes de trésorerie, en payant certaines fournitures ou en réglant rapidement en fin de travaux. La FFB évoque d’autres bonnes pratiques comme une moindre demande de garanties bancaires, la restitution de la retenue de garantie à la levée de réserves pour les gros marchés privés. Concernant le paiement du solde en marchés publics, la réécriture en cours du décret du 21 février 2002 pourrait être l’occasion de prévoir que le délai de paiement du solde définitif court dès la réception du décompte définitif de l’entreprise.

Sécuriser la commande

Face à la montée en puissance du risque de défaillance, les maîtres d’ouvrage cherchent à sécuriser leurs achats. « Nous sollicitons les liasses fiscales des sociétés sur trois ans, regardons leurs moyens humains et techniques et rencontrons les dirigeants », indique Jérôme Nicolas, responsable promotion de la coopérative HLM Habitation Familiale. Même démarche pour la foncière Gecina : « Mais nous ne privilégions pas forcément le moins-disant car il nous importe surtout que l’entreprise aille au bout du chantier », explique Olivier Haye, directeur architecture et construction. Choisir le mieux-disant signifie alors avoir une lecture qualitative du bilan. « Le critère prix dans les lots techniques doit être faiblement prévalant », avance Emmanuel de Séverac, directeur général délégué d’Oppidea, SEM de Toulouse Métropole.
D’autres sont tentés de recourir davantage à l’entreprise générale. « Elle est responsable du délai, qu’il y ait sous-traitant ou non, et du coût du projet. Le maître d’ouvrage est ainsi complètement sécurisé », plaide Jean-Pierre Sternheim, président de Rabot Dutilleul Construction. Le cabinet Valode et Pistre Architectes semble convaincu : « Le remplacement d’un façadier défaillant sur une opération de logements privés en entreprise générale n’a retardé le chantier que trois semaines. » Idem pour Anthony Béchu, de l’agence Archi AB : « Au-delà de 5 000 m², il faudrait systématiquement y avoir recours. » « Ce n’est pas forcément la solution, l’entreprise générale n’ayant pas forcément sous la main un remplaçant », tempère Philippe Cayol chez Nacarat. Le discours est aussi plus mesuré chez Gecina : « Nous privilégions l’entreprise générale quand le chantier à réaliser est en milieu urbain dense et complexe. Mais, si la situation perdure, cette formule pourrait effectivement devenir une façon de couvrir le risque de défaillance », juge Olivier Haye.

Eclairages

L'assureur-crédit - Frédéric Wissocq, responsable du secteur BTP chez Coface

Frédéric Wissocq, responsable du secteur BTP chez Coface.
PHOTO - 703552.HR.jpg - © © YVES FORESTIER/Coface

« Les victimes sont surtout des entreprises plus âgées »

« Le BTP continue de représenter environ un tiers des défaillances. Mais la typologie des entreprises sinistrées change. Les canards boiteux ont disparu et les victimes sont surtout des entreprises plus âgées, notamment de taille intermédiaire (ETI, 250 à 5 000 salariés) qui ont un profil de PME mais un endettement, notamment bancaire, à peine moindre que celui des grands groupes. Plusieurs raisons à cela : les marges dans le BTP se sont dégradées ces dernières années malgré une activité encore tonique et les trésoreries se sont beaucoup tendues, en raison des délais de paiement notamment. Le BTP est pris entre le marteau (les fournisseurs) et l’enclume (les clients) et les grands donneurs d’ordre sont les derniers à respecter la loi LME (loi de modernisation de l’économie). Ainsi, le resserrement du crédit bancaire et l’effondrement de l’activité dans le bâtiment, qui s’amplifie depuis l’été tant dans le neuf que dans la rénovation, arrivent au pire moment. Les TP sont aussi concernés, avec des impayés et des défaillances sur des sociétés anciennes qui cassent les prix pour ne pas laisser partir les affaires à la concurrence, des grandes entreprises en particulier. »

Le banquier - Marc Wolff, directeur général et directeur des engagements de BTP Banque

Marc Wolff, directeur général et directeur des engagements de BTP Banque.
PHOTO - 703553.HR.jpg - © © YVES DENOYELLE/ LE MONITEUR

"Les demandes de crédits de trésorerie explosent"

« Les PME du BTP ont jusque-là fait le dos rond pour faire travailler leurs équipes, en attendant des jours meilleurs en termes de marges. Mais leur rentabilité a en réalité été divisée par deux en quatre ans (voir ‘‘ Le Moniteur ’’ du 19 octobre 2012, p. 12). L’activité ne repartant pas, loin de là, elles sont très fragilisées d’autant que la détérioration des délais de paiement et le raccourcissement des délais fournisseurs leur sont très défavorables. En conséquence, les demandes de crédit de trésorerie explosent : 15 % au premier semestre 2012 comparé au premier semestre 2011 mais 22 % au second semestre. Notre portefeuille clients étant de bonne qualité et nos risques maîtrisés, nous avons pu, dans toute la mesure du possible, accompagner nos clients avec des réponses adaptées à leur situation. Relativement stables jusqu’en juin, les dépôts de bilan se sont accélérés ensuite et l’année 2012 se termine pour BTP Banque sur une hausse d’au moins 7 %. Les PME réalisant plus de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel sont les plus concernées avec 65 entreprises en 2012 contre 49 en 2011, alors que le nombre est assez stable pour les entreprises plus petites. »


Délais de paiement - Les entreprises prises en étau entre clients et fournisseurs

A combien de jours paie-t-on réellement dans le BTP ? 62,7 jours côté clients et 60 jours côté fournisseurs, selon l’Observatoire des délais de paiement. 82 à 89 jours pour les premiers selon BTP Banque ( 1 à 4 jours sur un an selon les segments d’activité) et 66,7 à 76,3 jours pour les seconds (- 2 à - 7,5 jours par rapport à 2011). Ce n’est donc pas une vue de l’esprit de dire que les constructeurs sont pris en étau entre clients et fournisseurs ! « Une faillite sur quatre est due à des retards de paiement. Et, dans 80 % des cas, la liquidation est prononcée », indique Thierry Million, responsable des études chez Altarès. Le gouvernement s’attaque manifestement au problème en s’engageant à ce que l’Etat paye à 20 jours d’ici à 2017 et en créant un groupe de travail pour le bâtiment qui remettra ses conclusions d’ici à fin avril. Quelques pistes sont évoquées : obliger le maître d’ouvrage privé à payer les travaux exécutés au mois le mois ; généraliser les avances et acomptes ; renforcer les contrôles et créer des sanctions administratives. La loi LME (loi de modernisation de l’économie) niant la spécificité du secteur, FFB et Capeb s’appliqueront à la faire préciser pour tordre le cou aux nombreuses mauvaises pratiques relevées par l’Observatoire des délais de paiement : règlement des acomptes à 60 jours, le 10 après la fin du mois d’exécution des travaux ; report du paiement au mois suivant pour les situations produites en retard ; contestations sans fondement réel ; imposition de formalités administratives injustifiées, etc. « Supprimer les délais cachés apporterait une vraie bouffée d’oxygène pour la trésorerie des entreprises », suggère Didier Ridoret, président de la FFB. En indiquant clairement, par exemple, qu’en marché privé, le délai de paiement court à compter de la réception de la facture (ou situation mensuelle) par le maître d’œuvre doit comprendre le délai de vérification.
Pour renforcer leur trésorerie, les entreprises pourront aussi obtenir des aides auprès de la Banque publique d’investissement. Et bénéficier, au moins pour les plus petites d’entre elles, de trois nouveaux dispositifs de préfinancement pour le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, le crédit d’impôt recherche et le prêt pour l’innovation.

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