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Déchets Valoriser les filières de recyclage
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Déchets Valoriser les filières de recyclage

Olivier baumann et isabelle Duffaure-Gallais |  le 13/03/2009  |  SantéImmobilierEntreprisesArchitectureRéalisations

Avec 343 millions de tonnes par an, les chantiers de BTP constituent le premier producteur de déchets. Pourtant, les installations de valorisation sont peu nombreuses et les filières de recyclage peinent à s’organiser. Le cadre réglementaire devrait accélérer les mutations nécessaires.

Lois Grenelle et directive-cadre européenne sur les déchets de 2008 : de nouvelles obligations réglementaires devraient s’imposer aux professionnels de la construction dans les années à venir (voir encadré). La loi Grenelle 1, désormais adoptée en première lecture par les parlementaires, donne un objectif général de réduction de 15 % des déchets mis en décharge ou incinérés à l’horizon 2012. Elle cible le BTP via trois mesures particulières. Les diagnostics déchets avant démolition sont rendus obligatoires (voir encadré p. 52), ainsi que les schémas départementaux de gestion des déchets du BTP. Introduits par la circulaire du 15 février 2000, ces derniers seront élaborés par les conseils généraux en concertation avec l’ensemble des acteurs. Ils dressent l’inventaire des déchets produits sur le territoire et des installations de traitement avant d’énoncer leurs priorités : créations d’installations nouvelles, objectifs de valorisation matière… « Mais attention, les plans départementaux, même rendus obligatoires, ne sont pas opposables aux documents d’urbanisme comme les PLU et les POS », précise Clotilde Terrible, directrice du service environnement et développement durable de la FNTP. L’échéance proposée par la loi Grenelle 2 pour établir ces plans est le 31 décembre 2012.

L’Europe n’est pas en reste avec sa directive-cadre sur les déchets adoptée le 20 octobre dernier et en cours de transposition. Elle distingue, notamment, les sous-produits des déchets et introduit la notion de fin du statut de déchet après valorisation ou recyclage. Surtout, elle fixe aux états membres un objectif ambitieux : porter d’ici à 2020 à 70 % le taux de valorisation matière (réemploi, recyclage, remblayage) des déchets non dangereux de construction et de démolition.

Organiser les filières de recyclage

« Les obstacles à l’implantation de nouvelles installations de regroupement, de tri et de recyclage sont trop nombreux (voir encadré p. 53), explique Laurent Château, de la direction Déchets & sols de l’Ademe. Par ailleurs, elles ne sont pas toujours compétitives par rapport à la mise en décharge. Les mentalités doivent changer, tant dans les entreprises en matière de tri en amont que chez les maîtres d’ouvrage pour l’utilisation de matériaux recyclés. » Les filières de recyclage sont également encore insuffisantes, en aval de la collecte, pour assurer des débouchés aux déchets recyclés. Mais la situation varie en fonction des matériaux.

Les déchets inertes (béton, déblais), qui représentent le plus gros tonnage, sont aussi ceux qui trouvent le plus facilement des débouchés. Réutilisés aux deux tiers, ils sont principalement mis en remblais ou en sous-couches routières. Avantage de ces produits recyclés, notamment en Ile-de-France : ils sont disponibles à proximité des villes, souvent moins chers que les granulats issus d’alluvions et de carrières, et permettent le double fret (apport de déchets à la plate-forme et achat de granulats). Côté plâtre, alors que les filières françaises peinent à s’organiser (voir encadré), « celles de certains pays européens, comme le Danemark, recyclent déjà jusqu’à 60 % des déchets », observait Jean-Yves Burgy, représentant des Industries du plâtre, lors d’un colloque organisé à la FFB en novembre dernier.

Les bois de déconstruction présentent des situations contrastées. Les bois traités, considérés comme des déchets industriels dangereux (DID), ont du mal à trouver preneurs, à part comme combustibles de cimenteries. Les bois non traités, qui regroupent les bois bruts et les bois faiblement adjuvantés (peinture en surface, contreplaqué, panneaux de particules), sont plus faciles à recycler. « Il faut privilégier le réemploi, note Pierre Vigneau, ingénieur à la délégation régionale Languedoc-Roussillon de l’Ademe, par exemple sous forme de palettes, ou au moins la valorisation matière comme les panneaux de particules pour les bois faiblement adjuvantés. » Alors que cette dernière filière est en diminution, la valorisation thermique prend de l’ampleur, avec le développement des chaufferies bois. En revanche, les « faiblement adjuvantés » se voient souvent refoulés car les chaudières et les filtres de fumées ne sont pas adaptés.

Parmi les filières de recyclage plus récentes, on compte PVC recyclage, mis en place en 2000 par les producteurs de produits de construction en PVC (fenêtres, tuyaux). Pour la collecte, l’organisation s’appuie sur les plates-formes de regroupement existantes. La quantité traitée est passée de 2 000 tonnes en 2005 à 20 000 tonnes en 2008.

Enfin, les derniers nés des opérateurs du recyclage sont les écoorganismes chargés de collecter les écocontributions et d’organiser le recyclage des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques), comme Eco-Systèmes qui se charge des équipements de chauffage, climatisation, ballons d’eau chaude et outillage ou Récylum, spécialisé dans les lampes. Dans tous les cas, les filières dépendent des moyens de collecte que constituent les plates-formes de regroupement et de tri. Des petites structures encore mal organisées qui voient d’un bon œil la création d’un syndicat des recycleurs au sein de la FFB, qui leur donnera plus de poids dans un marché grandissant.

Les mesures du Grenelleet de la directive-cadre européenne

Le Grenelle de l’environnement vise une réduction globale de 15 % des déchets mis en décharge ou incinéré à l’horizon 2012. En complément, il propose trois mesures propres au BTP :

– les diagnostics déchets préalables aux chantiers de démolition sont rendus obligatoires ;

– les plans de gestion des déchets du BTP, sous maîtrise d’ouvrage des conseils généraux, sont également rendus obligatoires ;

– un instrument économique affecté encourageant la prévention de la production de déchets et leur recyclage sera déployé.

La directive-cadre européenne 2008/98/CE fixe un objectif principal :

– d’ici à 2020, le réemploi, le recyclage et les autres formules de valorisation matière des déchets non dangereux de construction et de démolition, à l’exclusion des matériaux géologiques naturels, devront atteindre un minimum de 70 % en poids.

Le diagnostic déchets, préalable nécessaire à la déconstruction

Le diagnostic d’évaluation des déchets préalablement à une démolition devrait être rendu obligatoire par la loi Grenelle 2 à partir de 1 000 m2 Shon. En qualifiant et en quantifiant les déchets qui seront générés par la démolition, ce diagnostic est doublement avantageux pour le maître d’ouvrage. Sous réserve que des bordereaux de suivi soient établis, celui-ci possède une meilleure connaissance du devenir des déchets, puisque ceux-ci sont évalués avant même d’être produits. Important pour un maître d’ouvrage, qui reste responsable de ses déchets jusqu’à leur élimination. Autre avantage, en connaissant les quantités de déchets qu’il va générer, l’entrepreneur peut trouver lui-même les filières de revalorisation, notamment pour les inertes et la ferraille. Un gain financier qu’il peut répercuter sous la forme d’une moins-value sur son marché. En préparant la bonne traçabilité des déchets, ce diagnostic consacre la déconstruction, forme moderne de la démolition dont certains bureaux d’études se sont déjà fait une spécialité.

CHIFFRES

97 % de déchets inertes (terre, gravats, pierres, béton et tuiles) dans les déchets générés par le BTP(Ifen 2004)

415 plates-formes de regroupement et de tri (dont 67 ont aussi une activité de recyclage de déchets inertes). 223 plates-formes ont une activité de recyclage pure (chiffres Ademe)

48 millions de tonnes la quantité de déchets du bâtiment (Ifen 2004)

295 millions de tonnes la quantité de déchets des travaux publics (chiffre Ifen 2004)

EN SAVOIR PLUS

Guide pratique : « Prévention et gestion des déchets de chantiers du bâtiment », Ademe-Le Moniteur, à paraître courant avril 2009.

http://www.ademe.fr Publication de juillet 2008 sur une stratégie de développement du recyclage en France, Ademe.

http://www.dechets-chantier.ffbatiment.fr. Pour identifier les centres de valorisation à proximité de son chantier.

Recyclage des déchets de plâtre : peut mieux faire

En France, l’enfouissement des déchets de plâtre est la solution la plus fréquente. Les usines intégrant des déchets de plâtre issus des chantiers dans leur process sont, en effet, encore trop peu nombreuses (entre cinq et dix unités). Si des expérimentations de tri et de collecte sélective sur les chantiers sont mises en place (Placo à Chambéry recycle jusqu’à 1 000 tonnes par mois), la filière est encore peu développée. Les tolérances sur la variation de qualité de la matière première dans le process de fabrication des produits de plâtre étant très faibles, pour le moment, seuls les déchets de carreaux et de plaques de plâtre « purs » sont recyclés. Les déchets de plâtre liés à des morceaux de béton ou de briques, comme les enduits, ne sont pas recyclés et finissent leur vie dans des centres de stockage de classe II, ou de classe III lorsque le plâtre ne subsiste qu’en petite quantité. Le cycle de vie des produits à base de plâtre doit donc être reconsidéré techniquement et économiquement par les industriels afin de prévoir la fin de vie de leurs produits dès leur conception.

Le casse-tête des plates-formes de gestion des déchets

415 plates-formes de regroupement et de tri, dont 67 ont également une activité de recyclage d’inertes, et 223 plates-formes de recyclage « pur » sont recensées (chiffres Ademe). Bien que non négligeables, ces quantités sont insuffisantes. Inégalement répartis sur le territoire, les nœuds du maillage ne sont pas assez serrés. On estime que chaque chantier doit pouvoir disposer d’au moins une plate-forme de regroupement, de tri ou de recyclage dans un rayon de 40 km. Or, le mode de production des déchets du BTP est complexe : les chantiers sont, par définition, limités dans le temps : gisements mouvants, ils génèrent des déchets très pondéreux, produits parfois en petites quantités. Justifier l’implantation d’une plateforme prend donc parfois l’allure d’un véritable casse-tête, d’autant que le syndrome Nimby (Not in my backyard) joue à plein, de nombreuses collectivités voyant d’un mauvais œil l’implantation de structures considérées comme des nuisances. Au cœur des enjeux des schémas départementaux de gestion des déchets du BTP, rendus prochainement obligatoires par le Grenelle, les installations de valorisation ont un rôle de tout premier plan à jouer dans la lutte contre les décharges sauvages, encore trop nombreuses sur le territoire.

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