Environnement

Déchets radioactifs : l’ASN demande des garanties sur les déchets bitumineux

Mots clés : Chaussée

L’Autorité de sûreté nucléaire estime que le dossier de Cigéo, projet controversé d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse), a bien avancé, mais formule une réserve concernant les boues radioactives conditionnées dans du bitume et très inflammables. Elles représentent environ 18% de l’ensemble des déchets qui seront stockés par Cigéo.

Le projet Cigéo, d’un coût estimé à 25 milliards d’euros, vise à enfouir à 500 m sous terre les déchets radioactifs de haute activité ou moyenne activité à vie longue, de l’ordre de centaines de milliers d’années.

Dans son avis définitif publié lundi 15 janvier, l’Autorité de sûreté nucléaire estime que le dossier du projet a bien avancé : « L’ASN estime que le projet Cigéo a atteint dans son ensemble une maturité technique satisfaisante au stade du dossier d’options de sûreté ». Mais le gendarme du nucléaire formule aussi une « réserve » concernant les déchets bitumineux. Ces boues radioactives qui ont été conditionnées dans du bitume représentent environ 18% de l’ensemble des déchets qui seront stockés par Cigéo et sont très inflammables.

« Sur ce point, l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) doit revoir sa copie. Si ce sujet n’est pas traité de manière satisfaisante, le stockage de ces déchets ne sera pas autorisé par l’ASN », indique le président de cette dernière, Pierre-Franck Chevet, dans un entretien au journal Le Monde.

L’IRSN, bras technique de l’ASN, avait soulevé le problème en demandant à l’Andra, qui gère ce projet, d’étudier deux options pour y remédier: la possibilité d’un prétraitement de ces déchets pour neutraliser leur inflammabilité avant leur enfouissement ou un changement dans la conception de leur stockage. Dans son avis définitif, l’ASN demande que la première solution soit privilégiée mais que la seconde piste soit aussi étudiée. Elle réclame également « des compléments en vue de la demande d’autorisation de création que l’Andra prévoit de déposer en 2019 ». Ces compléments portent sur la justification de l’architecture de stockage, le dimensionnement de l’installation pour résister aux aléas naturels, sa surveillance et la gestion des situations post-accidentelles.

 

« Moins mauvaise » solution

 

L’Andra prévoit de soumettre sa demande d’autorisation de création de Cigéo en 2019 avant un démarrage de la phase pilote prévu vers 2025. « Le dossier est très bien avancé. Il est tout à fait possible de tenir le calendrier », juge Pierre-Franck Chevet. L’Andra a jugé pour sa part que l’avis de l’ASN était « positif » et lui donnait une feuille de route en vue du dépôt du dossier l’an prochain. « Nous ne prétendons pas aujourd’hui avoir fourni l’ensemble des réponses aux questions posées par l’IRSN et l’ASN », a souligné Soraya Thabet, directrice sûreté, environnement et stratégie filières de l’Andra. « Nous avons soumis des dossiers le plus complets possible, exprès pour qu’ils nous posent les questions qu’ils avaient à nous poser », a-t-elle ajouté.

Le projet Cigéo est régulièrement contesté devant la justice et sur le terrain par des militants opposés à son développement mais le gouvernement soutient le choix d’un enfouissement en site géologique profond. Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot avait estimé en novembre dernier que « cette solution n’est pas entièrement satisfaisante, mais disons que c’est la moins mauvaise ». « Je pense qu’il n’y a pas malheureusement de solution miracle à un problème aussi complexe », avait-il dit au Sénat.

Des associations de défense de l’environnement s’opposent en revanche au projet d’enfouissement, estimant notamment qu’il est impossible de prévoir la tenue des couches d’argile à très long terme ou encore de garantir que les générations futures auront conscience de la dangerosité du site. « Les +réserves+ émises par l’ASN, portant sur la conception même de l’installation de stockage, ne pourront être levées: autant renoncer dès maintenant à un projet dangereux, impossible à financer et imposé par la force », a réagi le Réseau sortir du nucléaire. « Quel projet industriel au monde peut prétendre au démarrage avec autant de tares identifiées, connues et reconnues ? », a demandé dans un communiqué Burestop, la coordination d’associations lorraines opposées au projet Cigéo, estimant que « l’ASN joue un jeu dangereux en concluant que l’Andra produit un bon dossier ».

Issus des installations nucléaires et du traitement de combustibles nucléaires français, les déchets devant être stockés représentent 3% du volume total des résidus radioactifs, mais ils concentrent à eux seuls 99% de la radioactivité. Le projet prévoit que leur stockage soit réversible pendant au moins cent ans, pour le cas où de meilleures solutions émergent à l’avenir.

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