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Déchets de chantier Tri et valorisation : des filières à développer
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Déchets de chantier Tri et valorisation : des filières à développer

JULIEN BEIDELER |  le 08/02/2007  |  ImmobilierArchitectureRéalisationsTechniqueChantiers

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De nombreuses filières de stockage et de valorisation des déchets de chantier ont vu le jour. Le maillage des installations reste un point faible dans un domaine où les déchets sont produits de manière très dispersée, en quantités restreintes et d’une durée limitée.

La gestion des déchets du BTP est l’un de ces sujets dont la nécessité reconnue de tous se heurte à une implacable logique économique. Depuis la loi du 13 juillet 1992 relative à leur élimination, l’arsenal législatif s’est considérablement étoffé et enrichi. Cette loi a notamment renforcé la nécessité de tri puisque depuis 2002, seuls les déchets « ultimes » doivent aller dans les centres de stockage. Les autres doivent être réemployés, réutilisés, recyclés (valorisation matière), incinérés (valorisation énergétique) (1)…

Cinq ans plus tard, les décharges et dépôts sauvages ont-ils disparu ? Le brûlage sur chantier n’a-t-il plus cours ? Pas exactement. « Même si les choses s’améliorent, la situation de la gestion des déchets de chantier en France est hétérogène, confirme-t-on à la Fédération française du bâtiment (FFB). Des disparités existent, tant en termes de classes de déchets que de maillage des centres d’enfouissement technique et de valorisation. » A la différence de ceux des ménages ou de l’industrie, les déchets du bâtiment sont extrêmement dispersés, produits en quantités restreintes pendant une durée limitée. Ils nécessitent donc un fort maillage d’exutoires gérés localement. La circulaire du 15 février 2000 avait d’ailleurs jugé l’échelle départementale pertinente en recommandant la mise en place de plans départementaux de gestion des déchets du bâtiment. Ces plans, non obligatoires, devaient mobiliser tous les acteurs concernés – élus, maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, entrepreneurs – pour s’assurer que chaque département disposait des possibilités de traitement ad hoc des déchets de chantier. Là encore, les résultats sont hétérogènes. Certains départements ont des démarches exemplaires. D’autres font de la résistance, les élus locaux se retranchant derrière les règlements d’urbanisme pour limiter les ouvertures de centre d’enfouissement technique. L’avis défavorable d’un élu sur un projet le condamne presque automatiquement. C’est d’ailleurs l’une des difficultés majeures rencontrées par les exploitants selon une analyse technico-économique de 26 installations de regroupement, de tri et de valorisation de déchets de BTP réalisée par l’Ademe et Beture Environnement. Des exploitants qui se plaignent également de la concurrence déloyale des plates-formes non conformes en termes de législation ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) ou des décharges sauvages.

Pour autant, le panorama n’est pas si sombre. De nombreuses plates-formes ont été créées à l’initiative des organisations professionnelles ou des entreprises elles-mêmes, soutenues par l’Ademe.

Valoriser la valorisation. Les négociants, notamment PointP, proposent des centres de reprise des déchets du bâtiment. « Le transport est une donnée-clé du problème, rappelle Nicolas des Jamonières, du Syndicat national des entreprises de démolition. Qu’est-ce qui fera la différence entre deux plates-formes de stockage sinon leur proximité ? » Jacques Rabotin, gérant de Valoridec à Carcassonne, constate que « l’équilibre financier pour rendre une filière de valorisation attrayante par rapport à un centre d’enfouissement est très délicat à trouver. Je pense que les leviers d’économie les plus efficaces concernent le transport, la collecte et le regroupement des déchets. Pour certains d’entre eux, il y a encore trop d’intermédiaires. »

En proposant un produit recyclé, le Varem (une terre chaulée) à 5 euros/t, Devarem, dans le Nord, optimise les trajets des camions de ses clients. « Notre idée est de supprimer les camions roulant à vide, explique Marie-Hélène Cluzel, responsable R&D de la société. Ils arrivent chargés de déchets et repartent avec notre maté­riau de remblai recyclé. Ce qui rend notre plate-forme de valorisation économiquement attractive, malgré des coûts de suivi de production de plus en plus importants. »

Attention à l’excès de méfiance. Si de nombreuses plates-formes autorisent l’amenée de déchets en mélange, charge à elles de trouver ensuite des filières de valorisation. Pour les déchets inertes, la préservation des ressources naturelles est dans tous les esprits. « De plus en plus fréquemment, les CCTP autorisent l’emploi de matériaux recyclés comme le béton concassé, constate la FFB. Avec une sensibilité d’autant plus grande dans les zones où les granulats d’origine naturelle se font rares. » « Mais il faut sans cesse montrer patte blanche, déplore Jacques Rabotin. Les clients et maîtres d’ouvrage en demandent beaucoup plus à un matériau recyclé qu’à un autre. Certes, la traçabilité est essentielle mais attention à ne pas sombrer dans l’excès de méfiance. »

Déchet industriel banal, classé non inerte et non dangereux lorsqu’il n’est pas traité, le bois suit diverses filières de valorisation. « La majorité de notre bois part vers des usines de fabrication de panneaux de particules, explique Alain Le Moign’, chef de secteur carrières et environnement chez Picheta. Mais avec le regain d’intérêt pour le bois comme énergie de chauffage, la valorisation énergétique monte en puissance. » Principal écueil : comment différencier un bois traité d’un bois qui ne l’est pas ? « Nous devons effectuer un contrôle visuel car nous n’avons pas de moyens scientifiques simples à notre disposition », admet Alain Le Moign’. « Il est difficile de fixer un tarif différencié bois propre/bois sale, complète Jacques Rabotin. C’est pourquoi nous pratiquons un tarif moyen, tenant compte d’une partie de bois pollué non valorisable. » Du côté des déchets de second œuvre, les filières se structurent, en limitant les déchets à la source – c’est le cas notamment dans la peinture – ou en les regroupant pour recyclage. Ainsi en est-il de la filière « PVC Recyclage », qui recense quatre-vingts plates-formes en France dédiées aux tuyauteries, menuiseries et autres gouttières en PVC. Objectif annoncé : le recyclage en 2010 de 50 % de déchets de PVC.

Une préoccupation : le plâtre. Le cas du plâtre préoccupe les professionnels. Comme le bois, il n’est ni inerte, ni dangereux et relève de la classe 2. Voire de la classe 3 lorsqu’une alvéole spécifique lui est dédiée. « En même temps que les volumes augmentent, les solutions en centre d’enfouissement s’amenuisent, indique-t-on à la FFB. A ce titre, la révision de certains plans départementaux est à entreprendre d’urgence. » En écho à ces inquiétudes, le Snip (Syndicat national des industries du plâtre) organise actuellement une filière de collecte et de recyclage des déchets de plâtre. « Finalement, le seul déchet qui ne pose aucun problème, c’est la ferraille, sourit Nicolas des Jamonières. Avec l’envolée des cours des métaux, elle aurait même tendance à être recyclée très vite. »

Création de plate-forme de valorisation : l’exemple de la société Valoridec

En Languedoc-Roussillon, il porte la bonne parole en matière de déchets de chantier. Jacques Rabotin, spécialiste en ingénierie environnementale, a aidé à la création de quatre plates-formes de regroupement, tri et valorisation de déchets du BTP en Languedoc-Roussillon (Avignon, Narbonne, Montpellier, La Palme), notamment en préparant les dossiers ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement). « Constatant un manque à Carcassonne, j’ai décidé de me lancer ! » Ainsi naît en 2002 la société Valoridec, qui compte deux plates-formes destinées aux déchets de classe 3. « L’Ademe a participé à la création de Valoridec à hauteur de 30 % des investissements de départ. Pour acheter le matériel de criblage et de concassage. » Peu à peu, Jacques Rabotin se diversifie, propose la location et l’enlèvement de bennes, accepte les déchets en mélange, exploite une alvéole réservée à l’amiante-ciment, une autre dédiée au plâtre… Lorsqu’il décide de recycler le béton concassé, il propose un granulat 0/80. « C’était une erreur. Les carrières regorgent de 0/80. » Il réduit donc la granulométrie de son matériau pour proposer un 0/6 destiné au calage de tuyaux, et un 0/20 et 0/31,5 en remblai de tranchée. L’option est payante, les clients sont au rendez-vous. Au même titre que trois autres plates-formes de la région, Valoridec vise désormais l’obtention des certifications ISO 9001 et ISO 14001. « Un outil supplémentaire de suivi de la qualité et un bon moyen de rassurer les clients », conclut Jacques Rabotin.

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Vers une valorisation énergétique du bois

Lorsqu’elle ouvre ses portes en 2003, la plate-forme Eco-Bois de Nanterre, de l’entreprise Picheta, offre la possibilité aux artisans, entreprises de BTP et services communaux d’évacuer leurs déchets de bois issus de démolition, excepté ceux traités par des produits déclarés dangereux au sens des directives européennes. Le bois y est broyé, transformé en plaquettes et transporté en train vers les usines italiennes de l’industriel Saïb, où elles sont transformées en panneaux agglomérés. « Malheureusement, en 2004, nous avons dû faire face à une hausse de 40 % du coût du transport vers l’Italie. Ce qui mettait à mal notre principale filière de valorisation », se rappelle Alain Le Moign’, chef de secteur carrières et environnement chez Picheta. « Dans les six mois qui ont suivi, nous avons cherché et trouvé d’autres débouchés en fabrication de panneaux de particules et, plus récemment, en valorisation énergétique. »

En effet, Picheta commence à envoyer son bois pour utilisation dans une chaufferie à La Chapelle-d’Arblay (Seine-Maritime). « Avec le regain d’intérêt pour le bois comme énergie de chauffage, la valorisation énergétique a de l’avenir. A ceci près que seuls les bois de bonne qualité sont acceptés, ceux de classe A. Et ils ne représentent pas encore la majorité des tonnages que nous traitons. D’une manière générale, le bois montre que l’équilibre est fragile lorsque l’on est tributaire d’une filière dont on ne maîtrise pas le matériau valorisé. »

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Paratonnerres, têtes d’incendie, tubes fluorescents : affaires de spécialistes

Les déchets dangereux ou déchets industriels spéciaux dans le bâtiment ne se limitent pas à l’amiante ou au bois traité. Les paratonnerres et têtes d’incendie sont également des déchets dangereux ; plus précisément, des déchets de très faibles activités (TFA), car ils contiennent une faible source radioactive (10 Bq/g). Le processus à suivre pour leur élimination est l’affaire de spécialistes. D’abord, il s’agit de caractériser et quantifier le radio-isotope utilisé (kripton, americium, radium), puis de démonter les sources et de les conditionner conformément aux exigences de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) où ils sont envoyés pour stockage.

Certaines sources lumineuses sont aussi classées « déchets dangereux ». En effet, les lampes à décharge d’éclairage (tubes fluorescents, lampes à économie d’énergie…) contiennent des vapeurs de mercure et une poudre électroluminescente, différente selon le fabricant, qui se compose de terres rares et de métaux lourds toxiques pour le milieu naturel. Leur traitement est encore l’affaire de spécialistes mais la valorisation est complète. Philips, par exemple, réutilise mercure, verre, culots métalliques et poudres de toutes marques.

Promouvoir les matériaux recyclés

«Notre principale tâche consiste à faire reconnaître la qualité de nos produits recyclés », expose Marie-Hélène Cluzel, responsable R&D de la société Devarem. La plate-forme Devarem (déblais valorisés remblais) s’étend sur 10 hectares à Houplin-Ancoisne dans la banlieue lilloise. Elle recycle les déblais de terrassement, les bétons de démolitions, les matériaux inertes de déchetterie… « Nous avons développé un process innovant breveté de traitement à la chaux de ces déblais pour en faire un matériau recyclé de qualité industrielle que nous avons baptisé le Varem. » Des études ont été menées avec le Cete Nord-Picardie et le centre d’expérimentation routière pour démontrer la qualité du produit recyclé et valider ses applications possibles. « Au départ, il faut expliquer que le Varem n’est pas un sous-produit et encourager les maîtres d’ouvrage à autoriser son usage dans les cahier des charges techniques (CCTP). Au moins en variante. »

Et pour donner une pertinence économique au matériau, Devarem joue la carte des économies de transport. « Les camions qui arrivent chargés de déchets peuvent repartir chargés de produit recyclé ou à l’inverse, nous livrons le Varem avant d’évacuer les déblais. Nous estimons que le taux de remplissage des camions est de 50 %. Cette solution permet de compenser des coûts de suivi de production de plus en plus importants. » Depuis 2000, date de création de la plate-forme, 3 millions de tonnes ont été recyclées. Et les volumes traités annuellement continuent de croître.

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L’EXPERT Nicolas des Jamonières, Directeur régional de l’entre­prise Charier, responsable communication du Syndicat national des entreprises de démolition (Sned).

« La maîtrise d’ouvrage doit s’impliquer »

En déconstruction, la gestion des déchets de chantier est prépondérante. Aujourd’hui, il n’est plus question de démolir un bâtiment sans procéder à un curage préalable. Il peut s’agir d’un curage « de démolition », qui consiste à ôter un maximum de produits de second œuvre pour obtenir des gravats propres, ou d’un curage « de réhabilitation », qui consiste à rendre le bâtiment à l’état du gros œuvre. Pour les déchets courants, les filières d’élimination et de valorisation fonctionnent bien : béton, bois, plastiques, transformateur pyralène et amiante ne posent pas de difficultés. Pour les autres déchets, notamment certains déchets dangereux, se pose la question des volumes, souvent limités, et des filières de traitement, parfois très restrictives.

Les démarches à entreprendre pour le retrait de têtes de détection d’incendie, de paratonnerres et même de tubes néon sont contraignantes. C’est pourquoi, la gestion des déchets de chantier dépend beaucoup de l’implication du maître d’ouvrage. Il peut choisir de s’impliquer, par exemple en plaçant la construction sous le sceau de la HQE (haute qualité environnementale).

En déconstruction, le diagnostic préalable est un garde-fou qui oblige au traitement et au suivi des déchets. C’est grâce à la mise en place de ce diagnostic qu’aujourd’hui le traitement des déchets amiantés est réalisé de façon sûre.

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47 millions de tonnes de déchets du bâtiment %%GALLERIE_PHOTO:0%% %%GALLERIE_PHOTO:0%% %%GALLERIE_PHOTO:0%% * Source : rapport 2006 « L’environnement en France », chiffres de l’Institut français de l’environnement d’après le ministère de l’Equipement, service économie, statistiques et prospective, et direction des routes. (1) Pour en savoir plus : www.dechets-chantier.ffbatiment.fr.

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