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Décès de l'architecte Michel Kagan
L'architecte Michel Kagan, en 2002 - © © Olivier Le Gurun et Jane Malaquias

Décès de l'architecte Michel Kagan

Service architecture |  le 29/12/2009  |  France entièreConcoursArchitectureParisInternational

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Michel Kagan, né en 1953 à Paris, est décédé au soir du 27 décembre 2009. Extraits d'un entretien avec l'architecte et enseignant au sujet de la transmission en architecture, publié en 2002 aux Editions du Moniteur.

Né en 1953 à Paris, Michel W. Kagan obtient son diplôme d'architecte en 1979 à UP7 (Paris-Tolbiac). Il enseigne d'abord aux Etats-Unis, à l'université Columbia de New York, ainsi qu'au Canada, dans les écoles d'architecture de Toronto et Montréal, et également à Syracuse. Puis il réalise des ensembles de logements sociaux (une cité d'artistes en 1992, une résidence pour étudiants en 2001 et 70 logements PLI en 1999 à Paris), des immeubles de bureaux, ainsi que des équipements (bâtiment universitaire en 1999 à Cergy-Pontoise, groupe scolaire en 2001 à Noisy-le-Grand). Il enseigne également à l'école d'architecture de Paris-Belleville et siège au conseil d'administration de la Fondation Le Corbusier. En 2006-2007, Michel Kagan préside le Corps des architectes-conseils de l'Etat. C'est l'actuelle présidente de ce corps, l'architecte Suzel Brout, qui annonce "avec une grande tristesse" son décès. Les obsèques auront lieu le jeudi 31 décembre 2009 à 11h30 au cimetière Montmartre, rue Rachel à Paris.

Panorama de ses réalisations sur www.kagan-architectures.com

Les hommages de Jacques Ripault (architecte), de Patrick Colombier (président du Syndicat de l'architecture) et d' amis du Québec

L'hommage de l'association Pierre-Riboulet :

L'association Pierre-Riboulet est très triste d'apprendre la disparition de Michel Kagan, le 27 décembre dernier. Il nous avait honorés de sa participation enthousiaste lors de notre deuxième colloque sur la critique architecturale, le 24 octobre 2007. Il nous avait parlé de son "maître anglo-américain Kenneth Frampton" avec lequel il avait travaillé sur la lecture critique de l'architecture moderne et contemporaine. Ses références à la philosophie de Barthes, de Kant, de Hegel nous avaient montré qu'il cherchait l'élargissement de son point de vue, au-delà de son propre champ disciplinaire. Il s'était enflammé sur les projets en cours autour de l'architecture de Le Corbusier. Sa réflexion et son travail, depuis plusieurs années maintenant, comme professeur à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville sur la question des tours métropolitaines, notamment, avaient été évoqués au travers de ses prises de position sur les tours contemporaines. Nous garderons un grand souvenir de la qualité de sa réflexion et de la confiance qu'il nous avait accordée lors de ce colloque, et assurons ses proches de notre sympathie. Il nous manquera, comme à bien d'autres, pour ce qu'il était comme pour ce qu'il a réalisé.

Une réaction ? Ecrivez-nous à courrier.moniteur@groupemoniteur.fr

Extraits d'un entretien avec Michel W. Kagan

Propos recueillis par Françoise Arnold et Daniel Cling, extraits de l'ouvrage "Transmettre en architecture. De l'héritage de Le Corbusier à l'enseignement de Henri Ciriani", paru en 2002 aux Editions du Moniteur (248 pages).

Page 113
Pourquoi des espaces blancs ?
C'est une question qui revient souvent. Le blanc reçoit la lumière et la réfléchit, les ombres vivent avec le blanc. La couleur est une notion subtile, sa réceptivité à la lumière naturelle varie même selon les régions du monde, son maniement est difficile. J'aime les matériaux naturels qui "rustiquent" l'apparence des édifices et leur donnent une valeur architectonique. Cela étant, au début de ma pratique de l'architecture, j'ai préféré m'en tenir au blanc, pour me concentrer sur la conception spatiale, que je n'étais pas sûr de maîtriser avec la couleur. C'était une sorte de facilité que je m'accordais. On peut orienter l'espace en colorant un pan de mur, pousser une teinte à l'extrême, jusqu'au bleu intense, au jaune pur, etc. Aujourd'hui, j'utilise la couleur et la matière, contrairement ce que l'on retient de mon travail. Je suis d'ailleurs, à l'origine, plutôt peintre. J'ai beaucoup peint à partir de mes quatorze/quinze ans et, lorsque j'ai rencontré Ciriani, il m'a fallu choisir entre être peintre ou architecte. Ce choix a été assez délicat parce que, pour moi, la peinture était en même temps une plastique et une matière, je travaillais beaucoup au couteau et à l'encre de Chine. Avec le travail de l'architecture, j'ai abandonné pour un temps la matérialité de la couleur pour le noir et le blanc, pour la valeur du trait qui traduit mieux la pensée. Cet intérêt pour le trait m'a conduit vers les architectures blanches parce qu'on y lit en direct les figures de la géométrie.

Pages 117-118
L'architecture : à la fois contenant et contenu ?
Exactement. Et pour réaliser un espace et son enveloppe, il faut dessiner des coupes. Je ne commence jamais par dessiner des façades. Cela vient toujours après. C'est d'abord la coupe qui préside à la conception de l'architecture, à la manière dont elle va se mettre en place. D'ailleurs, dans un concours, c'est la chose la plus difficile à communiquer parce que c'est le dessin le pus abstrait, le plus difficile à faire partager. Il ne s'agit pas d'un problème de graphisme, ou de "rendu", mais toujours d'un travail de représentation qui passe par la coupe et le plan, la perspective, la maquette. Je fais confiance au trait, parfois trop, au détriment du "rendu", ce qui me cause de grosses difficultés au moment des concours. Quand Alvaro Siza montre son travail, il montre toujours ses croquis au trait et rien d'autre. Après, une fois le bâtiment réalisé, chacun peut voir ses plans d'exécution et comprendre comment Siza est passé du croquis au plan réel. En France, on en est resté à une vision "Beaux-Arts", où il faut "rendre", impressionner par la qualité graphique des images, celles-ci représentant une vision publicitaire de l'architecture. Cette représentation de la représentation m'exaspère. Elle provient toujours du manque de culture du projet. Elle est aussi un moyen d'identification dans le cadre de concours anonymes. Il faut toujours en montrer plus pour ne jamais montrer le plus important, il faut se concentrer sur cette extériorité graphique des bâtiments, plutôt que d'essayer de parler de ce qu'ils sont en eux-mêmes. C'est très difficile de montrer l'espace en plan et en coupe. Heureusement, la maquette à très grande échelle permet de manière plus large de montrer et de faire ressentir l'espace proposé, contenant et contenu confondus.

Pages 128-129
Comment avez-vous élaboré votre pédagogie ?
Au départ, je suis entré dans un moule. Je n'ai pas inventé in extenso de pédagogie durant mes premières années d'enseignement. J'étais au début un simple assistant, je ne suis pas devenu professeur du jour au lendemain, tout cela s'est construit progressivement. J'ai enseigné le projet sur des logements sociaux dans un "perimeter block" au contact de Kenneth Frampton et d'autres. La question de la pédagogie s'est posée petit à petit. J'ai, par exemple, pris conscience de l'effet réducteur que peuvent avoir certains propos sur un groupe. La pédagogie se construit également en fonction de l'architecte que l'on est. Je ne me présente pas à mes étudiants en tant que professeur, je me présente toujours en tant qu'architecte, même si ma pédagogie est extrêmement didactique. Néanmoins, je ne me permettrais pas de donner, comme certains, un sujet de concours sur lequel je travaille, c'est une question d'éthique. Les intentions pédagogiques s'élaborent aussi à partir des questions que l'on se pose soi-même, à partir de la formation que l'on a reçue ou pas, que l'on aurait aimé avoir, de ce qui nous manque en particulier.
J'ai repris certains exercices célèbres, comme celui des "neufs carrés" pratiqué par John Hejduk, à Cooper Union. Il consiste à prendre des éléments de l'architecture, notamment des poteaux, des parois et une surface carrée, puis à réaliser des permutations entre ces éléments. Ce type d'exercice entraîne l'étudiant à manipuler les formes élémentaires. Il ne s'agit pas d'apprendre les cent types de fenêtres, les cent types de portes possibles. Il s'agit de mettre en place tout de suite, dès la première année, une capacité à concevoir un espace avec des éléments simples d'architecture. Cet exercice-là m'a beaucoup plu et je l'ai réinterprété en y ajoutant des figures abstraites : triangle, carré, cercle, formes libres. Je l'associe à l'apprentissage du dessin, qui consiste à représenter les vingt ou vingt-cinq types d'axonométrie possibles. L'étudiant découvre qu'il dessine vingt-cinq fois la même chose de manière variée et que l'axonométrie frontale, l'axonométrie renversée, éclatée, mise en couleur, suscitent des regards très différents. La sensibilité de l'étudiant par rapport à la lecture de son dessin révèle la façon dont il se forme. Un dessin différent apporte un nouveau regard sur le projet. Cet exercice représente le début des premières acquisitions.
J'aime aussi proposer un autre exercice que j'appelle le projet "minimal-maximal". C'est un projet de maison minimum où les étudiants élaborent leur propre "Modulor", pour qu'ils prennent conscience de la dimension de leur corps par rapport à une architecture. Je ne me souviens que trop de mes premières années d'étudiant, où l'on me faisait dessiner des cabines de bateau ou des caravanes ! J'en ai tiré la certitude qu'on acquiert des connaissances que lorsque l'on est concerné par ce que l'on projette.
Je fais également travailler les étudiants en confrontation à l'histoire. Je leur demande de concevoir un projet dans un site significatif, comme par exemple celui du Weissenhof, ou de Pessac. Cela donne lieu à un voyage. Dans mes premières années d'études, l'histoire m'a semblé un peu mise de côté dans l'enseignement, soit parce que je n'arrivais pas vraiment à m'y intéresser, soit par manque de temps. On ne nous parlait jamais de la ville récente, celle du XXe siècle. C'est pourquoi j'essaie d'ancrer certains projets d'architecture en confrontation directe avec cette histoire moderne. Ce mode d'acquisition des connaissances devient un plaisir essentiel pour les étudiants. Je développe cette réflexion à partir d'une décomposition élémentaire de l'architecture, pour ne pas produire de référence formelle et permettre aux formes de venir d'elles-mêmes à travers une compréhension de l'espace.

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