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Décès de Clément Fayat, monstre sacré du BTP
Clément Fayat, fondateur du Groupe Fayat, est décédé dans sa 90e année. - © Hervé Boutet

Décès de Clément Fayat, monstre sacré du BTP

Jean-Phillipe Defawe (Bureau de Nantes du Moniteur) |  le 04/07/2022  |  GirondeBordeauxFayat

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Une page vient de se tourner dans l’histoire du BTP avec la disparition, dans sa 90e année, de Clément Fayat, entrepreneur autodidacte, fondateur du Groupe Fayat, devenu le premier groupe français indépendant de la construction et un leader mondial en matériel routier.

Travailleur infatigable, admiré tout autant que redouté, cet autodidacte assumé a construit pierre après pierre l’empire que l’on connaît, avant d’en confier, il y a quelques années, la direction à ses deux fils, Jean-Claude et Laurent.

Aujourd’hui, l’empire Fayat est présent sur les cinq continents dans 170 pays et les 21 666 collaborateurs du groupe ont réalisé en 2021 un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euros.

Apprenti à 15 ans

Clément Fayat est né le 24 janvier 1932 dans une famille modeste. Il aimait rappeler qu’il a souvent eu à partager pommes et châtaignes avec les cochons élevés par ses parents. Il recevra de son père, Paul Fayat, maçon auprès de qui il acquiert ses premières compétences, une éducation rigoureuse mettant à l’honneur la valeur du travail et sa qualité d’exécution.

Désireux de gagner au plus vite son autonomie, il quitte très tôt l’école, devenant dès l’âge de 15 ans apprenti sur le chantier du barrage hydroélectrique de Chastang (Corrèze) construit sur la Dordogne.

Depuis Libourne, en périphérie de Bordeaux, où il rencontre son épouse Germaine, il va entreprendre de bâtir le groupe qui porte son nom. C’est tout naturellement par l’activité de travaux publics que démarre l’aventure du groupe Fayat en 1957, lorsque Clément Fayat acquiert sa première tractopelle et crée, avec l’entreprise Vincent qui l’emploie alors, la Société Nouvelle de Terrassement (SNT). Il n’a que 25 ans, mais déjà une solide expérience professionnelle de dix années.

Constructeur et industriel

Aujourd’hui Fayat compte sept grands métiers : travaux publics, fondations, bâtiment, métal, énergie services, chaudronnerie et matériel routier. Une double activité d’industrie et de construction – incluant la promotion immobilière et des opérations réalisées en partenariat public-privé – sur la base de laquelle il a bâti l’équilibre et la pérennité de son empire.

Le premier rachat opéré par cet entrepreneur visionnaire sera celui de son employeur Vincent (travaux publics), premier jalon fondateur de l’activité de construction du groupe. L’ouverture à l’industrie se fera par le biais de l’acquisition de la filiale Le Réservoir (chaudronnerie) en 1969. Une nouvelle étape de diversification est franchie en 1977, avec le rachat de Castel & Fromaget (métal), dont il fera dès 1985 le fabriquant de charpente métallique le plus moderne de France. Et qui, ayant participé au chantier de l’hôtel de luxe inauguré en Arabie Saoudite en 1980, posera la première pierre de l’élargissement à l’international du groupe.

L’activité matériel routier, aujourd’hui principale source du chiffre d’affaires de Fayat à l’export, apparaît en 1987, avec le rachat de l’entreprise française Ermont, et 1988, avec celui de l’entreprise italienne Marini, toutes deux conceptrices et productrices d’usines d’enrobés. Un nouveau cap est indéniablement franchi en 1994, avec le rachat du groupe francilien Genest : l’opération signe le doublement de la taille du groupe, tout en l’enrichissant d’une activité, l’électricité industrielle. L’activité de fondations spéciales fait, cette même année, son entrée dans le groupe (Sefi et Franki).

Un groupe international

Manufacture de la Mode à Paris, viaduc des Trois Bassins à La Réunion, campus des métiers à Nice, centre aquatique de Valenciennes, Arena de Narbonne, gestion intelligente des carrefours à Biarritz, pilotage du Pôle d’échanges multimodal de Rennes… les réalisations Fayat en France ne se comptent plus.

Actuellement, acteur incontournable sur le gigantesque projet du Grand Paris, Fayat est également à l’origine de la réalisation de la Canopée des Halles et du musée du quai Branly, ainsi que du Terminal 2E de l’aéroport international Roissy-Charles-de-Gaulle. Sur la scène internationale, on peut rappeler le célèbre barrage de Tabellout en Algérie ou encore le tunnel du Fréjus entre France et Italie. A titre d’exemple, un impressionnant ballet parfaitement orchestré de quelque 136 compacteurs conçus au sein du groupe a participé à la construction de l’aéroport international d’Istanbul. Le groupe compte 24 sites de production de matériels routiers répartis à travers le monde, en Europe, Asie et aux Amériques – Etats-Unis, Brésil, Chine, Inde, Turquie, Allemagne, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, France –, dotés de départements Recherche et Développement à la pointe des technologies et des enjeux digitaux et écoresponsables de demain.

Avec les rachats de Bec Frères en 2002, Bomag en 2004 et Razel en 2008, Clément Fayat ajoute à son groupe l’apport d’expertises nouvelle : en terrassement et génie civil ainsi qu’en bâtiment pour le premier ; en ajoutant des filiales sur les cinq continents pour la marque allemande leader mondial en conception et production de machines routières ; et avec une ouverture sur le continent africain grâce au troisième.

D’autres acquisitions suivront : Cari (bâtiment) en 2010, Terex (acquisition de lignes de production aux Etats-Unis et d’activités de matériel routier au Brésil) en 2013, Dynapac (renforcement de la position stratégique sur le marché mondial du matériel routier) en 2017, Fouchard (génie climatique) et Bardon (bâtiment) en 2019, et, enfin, Dulevo (solutions de balayage) et NXO (solutions d’intégration et gestion de flux digitaux d’entreprises) en 2021.

Ainsi, après s’être imposé, à moins de quarante ans, jusqu’aux frontières de la Chine, l’entrepreneur qui a démarré avec un simple tractopelle, est devenu, l’aube du XXIe siècle le premier groupe indépendant français de la construction et un leader mondial du matériel routier.

Un homme de la terre et des vignes

Bien qu’à la tête d’un empire présent sur les cinq continents, Clément Fayat est resté très attaché à ses origines terriennes. « La terre reste collée à mes sabots » disait-il volontiers. C’est également par amour de la terre qu’il acquiert, dès 1969, un vignoble de prestige, le Château La Dominique (Saint-Emilion Grand cru classé) : un choix audacieux qui ne manquera pas de surprendre en ces terres viticoles de renom, mais dont il n’aura de cesse de se féliciter.

Aujourd’hui également propriétaire de Château Clément-Pichon (Haut-Médoc Cru bourgeois supérieur) et Château Fayat (Pomerol), il a structuré l’activité viti-vinicole du groupe au sein des Vignobles Clément Fayat, régulièrement salués par la critique spécialisée internationale, et dont l’activité œnotouristique ne cesse de s’étoffer.

Clément Fayat saura allier le BTP et la vigne en confiant par exemple la réalisation de ses chais à des architectes de renom comme Jean Nouvel.

Une Fondation pour parachever son œuvre

Promu au grade de Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur en 2012, année de ses 80 ans, des mains d’Alain Juppé, alors maire de Bordeaux, Clément Fayat a adossé son admirable ascension à un ADN immuable : le respect des trois valeurs que sont l’audace, bien sûr, l’engagement, plus encore, et aussi l’autonomie, celle qu’il a toujours su donner à ses entreprises, avec lesquelles il travaillait en confiance.

En 2020, Clément Fayat s’associait à ses deux fils, Jean-Claude et Laurent, pour annoncer la création d’une Fondation à son nom. Fidèle aux valeurs portées par le groupe et ses dirigeants depuis plus de soixante ans, la Fondation Clément Fayat, Fondation actionnaire reconnue d’utilité publique, entend contribuer à pérenniser le groupe et à préserver son indépendance, tout en participant du sens donné aux actions quotidiennes de ses collaborateurs. Elle s’est donnée trois missions : lutter contre les maladies neurodégénératives en participant à la recherche médicale, former des personnes les plus démunies et réhabiliter et rénover des monuments historiques.

Trois missions qui tenaient à cœur à cet entrepreneur visionnaire qui rêvait d’inspirer les générations à venir et qui a su passer le flambeau. « Un nouvel horizon s’ouvre devant nous, je le sens. Et j’ai confiance, car deux hommes portent dans leurs gènes ces valeurs et cette volonté de réussir. C’est l’heure des grands projets. De l’histoire qui continue. Et des développements innovants », déclarait Clément Fayat peu avant de se retirer des affaires pour les confier à ses deux fils. Voilà qui résumait le très bel aboutissement de ce que fut l’essentiel de sa vie.

Commentaires

Décès de Clément Fayat, monstre sacré du BTP

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William

04/07/2022 20h:47

Très sincères condoléances et grand respect a tout ces gens qui réussissent en partant de rien notre génération a commencé à travailler à 14 ans chapeau Mr reposer en paix

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