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Décès d’Henri Gaudin
L'architecte Henri Gaudin (1933-2021) devant l'Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon en 2000. - © Philippe Merle/AFP
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Décès d’Henri Gaudin

JACQUES-FRANCK DEGIOANNI |  le 08/03/2021  |  CultureFrance Prix de l'Equerre d'argent

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Prix de l'Equerre d'argent
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L’architecte est décédé le 5 mars à l’âge de 87 ans. On lui doit notamment le stade Charléty (Paris XIIIe), ainsi que le réaménagement du musée Guimet (Paris XVIe)…

Peu connu du grand public et cultivant la discrétion, Henri Gaudin faisait partie du tout-petit cénacle d’architectes distingués à deux reprises par l’Equerre d’argent du Moniteur/AMC. Une première fois en 1986 pour des logements sociaux à Évry (Essonne), une seconde fois pour le stade Charléty (Paris XIIIe) en 1994, conçu en collaboration avec son fils et confrère Bruno Gaudin.

Grandi à La Rochelle et diplômé de l’école des Beaux-Arts (Paris, 1965), il est remarqué, à l’orée des années 1980 pour son écriture architecturale dansante et volontiers fragmentée. On lui doit de nombreux logements, notamment à Paris et en Île-de-France (Maurepas, Évry, Arcueil), mais aussi de grands équipements : Centre d’archives de Paris (Paris XIXe, 1989), extension de l'hôtel de ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis, 1989), Maison du sport français (siège du Comité national olympique et sportif français) à Paris XIIIe (1992), Pôle scientifique Saint-Leu à Amiens (Somme, 1993), Grand Théâtre de Lorient (Morbihan, 2003), Médiathèque de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime, 2003), Conservatoire national de Strasbourg (Bas-Rhin, 2005), Cité de la musique et de la danse à Soissons (Aisne, 2015).

En 2001, sa rénovation virtuose du musée national des Arts asiatiques-Guimet (MNAAG, Paris XVIe) - également en collaboration avec son fils Bruno - est unanimement saluée par la critique architecturale. « Cette réhabilitation qui avait permis au musée de rouvrir en janvier 2001, vient de fêter son vingtième anniversaire, relève le MNAAG dans un communiqué de presse. Elle offrit au musée une muséographie où les liaisons et les enchaînements avaient été pensés les plus logiques possibles sur le plan scientifique mais aussi esthétique.»

Enseignant à l’école d’architecture de Versailles, Grande médaille d'or de l'Académie d'architecture (1994), Henri Gaudin s’offrira le luxe - une première! - de refuser, en 1989, le Grand Prix national de l'architecture qui lui était attribué en même temps qu'à André Wogenscky, et dont les choix doctrinaux étaient éloignés des siens.

Enfin, homme de plume et de dessin, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « La Cabane et le labyrinthe » (éditions Mardaga, 1984), « Seuil et d’ailleurs » (éditions du Demi-Cercle, 1992) et « Considérations sur l’espace » (éditions du Rocher, 2003).

Commentaires

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Kada'an

09/03/2021 19h:07

J'avais adressé cette lettre à Henri Gaudin en 2015 après avoir visité son ultime oeuvre: La Cité de la Musique et de la Danse de Soissons.-----------------Paris, Avril 2015Cher Henri Gaudin,J’ai passé ce dernier samedi de Pâques à Soissons.J’avais prévenu Monsieur Da Silva, le directeur de la Cité de la Musique et de la Danse, de mon passage. Très aimablement, il a bien voulu ouvrir les quelques pièces qui n’étaient pas accessibles malgré les auditions de pas mal d’adolescents programmées ce jour-là.J’aime prendre mon temps lorsque je découvre une œuvre d’architecte. Je commence par faire un tour complet de l’extérieur, assez longtemps, puis j’entre pour une première visite générale.Ensuite, je pars déjeuner tranquillement. Dans le cas présent, un bon repas, accompagné d’un bourgogne délicieux (Soissons n’est pas si éloignée des vignes divines).Puis je reviens, pour bien regarder, détailler toutes mes premières impressions, mâchées tout au long du déjeuner.J’ai achevé l’après-midi par la découverte de la basilique, entièrement reconstruite entre 1918 et 1938 , après sa totale destruction durant la première guerre. Le résultat est, je crois très beau, proche de l’originelle, bâtie peut-être par quelques maîtres Rémois.Revenons vers ton œuvre. Il n’y a pas d’architecture sans pensée. Il faut toujours le redire. Ici, inutile. Tout est à sa place. Posé, fixé, unifié.La très belle plaquette, donnée par Monsieur Da Silva, s’ouvre par un texte magnifique où il est dit « œuvre ultime ». Ce n’est certainement pas très facile d’écrire cela…Mais je comprends l’objet de cette assertion : rassembler, condenser le positionnement d’une vie d’architecte, dire la raison d’être de l’architecture.Lorsque l’on entre (dans mon cas par l’arrière, je veux dire par l’accès « secondaire »), on est immédiatement saisi et figé. Le « V » des poutres au ciel, la lumière, la verticalité gothique, la nef du vaisseau, les parois encaissés, le sol si terrien, la lumière en pluie silencieuse.Cette intériorité est vraiment magistrale et magique.La salle de 500 places est très belle et très intelligente, avec ce plain-pied parfait pour faire rouler le piano à queue directement depuis la rue. Les conques en bois sont restées silencieuses faute de concert, mais il paraît que l’acoustique est très bonne. Les fauteuils sont beaux, les couleurs beige gris sont un bel écrin pour le roux brillant des violons. L’amphi était plein de parents admiratifs devant leurs enfants jouant chacun à leur tour sur un piano !La salle d’orgue mystérieuse, avec son dedans-dehors placé aux avant-postes. Ce volume, qui se détache progressivement quand on approche doucement devant la façade principale, donne le « la » de l’ensemble de la composition.J’ai ensuite visité tous les espaces des étages, jusqu’aux passerelles suspendues sous les voûtes navales en bois, peintes comme des carènes brutes et douces. C’est aussi beau que les voûtes de l’église de Bagsvaerd du grand Utzon.(Seule la verrière orientée vers l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes bloque un peu trop la vue à cause de montants trop épais et trop rapprochés. Mais cette discrétion filtrée a aussi son intérêt.)Les façades sont symphoniques, avec ces rythmes de zinc, de briques, de béton brut, d’enduit et de verre. L’unité existe car tout s’enchaîne, se chevauche, avec une vraie élégance.Le détail brique-béton brut de la façade Est est digne de ceux de Zumthor : ça se frôle, ça se caresse, ça dit beaucoup sur les matières domptées à la baguette.Tu as souvent parlé, et surtout écrit, sur le pli, l’enchâssement, le recoin qui font la ville et ses complexités. À Soissons, tout est tenu dans un rectangle parfait et net. C’est donc bien l’architecture qui domine et non le tracé urbain. L’implosion en est d’autant plus forte : le bâtiment agit comme un aimant puissant, pour l’espace urbain et pour les hommes.Le mouvement centripète-centrifuge est total. Comme dans le cas d’une cathédrale gothique, capable d’accueillir et de protéger, mais en élevant les yeux et l’âme vers ces ailleurs qu’aucun rationalisme ne permettra jamais d’approcher tout à fait.Cette journée, comme pour chaque rare occasion de découvrir une œuvre, était un bonheur.En reprenant la route, j’ai repensé à cette soirée de juillet 1994. Nous étions conviés à la table du ministre Bosson pour fêter le Pritzker de Portzamparc, avec lui, toi, Devillers, Wilmotte, …Après le dîner, déjà plantureux, nous étions allés boire quelques verres à la Closerie. Atmosphère amicale et joyeuse. Tu m’avais déposé place de la Bastille en fin de nuit.Je sais l’histoire malheureuse de l’ambassade de France à Berlin…En sortant de la Cité de Soissons, je me disais que, finalement, l’écume des choses s’évapore. Que la marque d’un architecte, lorsqu’il est exceptionnel, s’imprime toujours durablement, quelque soit le nombre d’édifices ou les lieux où il a bâti. Les autres accumulent, empilent…et ratent bien souvent leur sortie…Je t’assure, cher Henri Gaudin, de mon respect, amical et sinçère.Michel Bourdeau

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